Comment l'Australie attire les étudiants étrangers

Guillaume Mollaret, envoyé spécial à Melbourne et Sydney
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Bibliothèque universitaire de l'University of New South Wales à Sydney, Australie © Guillaume Mollaret
Bibliothèque universitaire de l'University of New South Wales à Sydney, Australie © Guillaume Mollaret
Malgré un coût de la vie et des frais de scolarité très élevés, l'Australie continue d'attirer les étudiants étrangers, qui représentent une ressource indispensable pour les universités. Décryptage des stratégies mises en œuvre par l'île-continent.

Les études en Australie sont les plus chères du monde. Selon une étude HSBC rendue publique durant l'été 2013, le coût moyen d'une année universitaire pour un étudiant étranger sur ce continent s'élève à 28.775€, dont 18.956€ pour les seuls frais de scolarité – le reste représentant le coût annuel de la vie quotidienne. Des montants deux fois plus élevés que ceux demandés aux autochtones.

En outre, "ces coûts ne sont qu'une moyenne. En fait, chaque matière a un prix. Et le coût de la scolarité dépend des matières que l'on choisit. Dès lors, cela peut varier de plusieurs milliers de dollars", annonce Simon Tran-Phuc, étudiant vietnamien de troisième année en commerce international à l'University de Melbourne, l'une des huit universités publiques de la ville. Cet étudiant de 21 ans débourse ainsi 30.000 dollars australiens (20.000€) pour son année d'études, mais affirme que certains étudiants étrangers en médecine paient quelque 27.000€.

Ces frais de scolarité, auxquels s'ajoute une vie chère, ne découragent pas pour autant les étudiants étrangers qui continuent de voir en l'Australie une opportunité d'améliorer leurs connaissances générales et leur anglais. Ainsi, le pays compte 230.000 étudiants étrangers – dont environ 1.500 français – sur environ un million d'étudiants.

Pour l'État, les revenus engendrés par les étudiants représentent un total considérable : 10 milliards d'euros, faisant de l'éducation "une véritable industrie qui est la quatrième valeur à l'export derrière le fer, le charbon et l'or", ajoute Ric Wells, l'ambassadeur d'Australie en France. Un récent rapport public prévoit même que ces revenus atteindront 12,75 milliards d'euros en 2020.

Pour l'État australien, les revenus engendrés par les étudiants représentent un total considérable : 10 milliards d'euros

Lobbying des universités auprès des étudiants étrangers

À l'échelle locale, les frais de scolarité sont une source de revenu incontournable dans le business model des universités. Ainsi, ceux versés par les étudiants étrangers atteignent 216 millions d'euros, soit 17,8% des revenus à Monash University, autre campus de Melbourne, classé meilleur établissement d'Océanie par le New York Times.

"Les classements mondiaux sont pour nous très importants pour attirer des étudiants étrangers", confirme Judith Heron, chargée des relations internationales à l'University of Melbourne, établissement classé au 28e rang mondial par Times Higher Education. Dans ces universités, où la sélection s'opère non seulement par le porte-monnaie mais également par les notes à l'issue de l'équivalent du bac – tout le monde ne peut accéder à l'établissement souhaité –, le lobbying passe par Twitter et Facebook où des messages particuliers sont adressés aux étudiants étrangers.

"Nous participons par ailleurs activement à des salons internationaux", avance Jaime Jobson, responsable des relations internationales de Monash University. Dans son service, on parle chinois, malais, vietnamien, espagnol, et même français quand bien même l'université n'accueille qu'une douzaine d'étudiants hexagonaux.

Hall d'entrée de la RMIT University à Melbourne, Australie © Guillaume Mollaret

Accompagnement individualisé

En outre, les universités australiennes mettent en avant l'accompagnement, de la part d'étudiants ou anciens étudiants, dont bénéficie chacun, local ou étranger, à son arrivée sur le campus. Ainsi, des stages de préparation aux entretiens d'embauche sont proposés par les universités, qu'il s'agisse de chercher un job étudiant ou une véritable insertion professionnelle.

"Les diplômés ont accès gratuitement à nos services jusqu'à dix-huit mois après leur diplôme, détaille Eva Chan, chef du service carrière et développement à l'University of New South Wales (UNSW) de Sydney. Six personnes travaillent à temps plein pour aider étudiants et anciens étudiants à préparer CV, lettre de motivation et entretien d'embauche. Les rendez-vous sont pris en ligne et durent chacun vingt minutes. Des bénévoles assurent également cette préparation."

Côté étudiant, on apprécie cette impulsion donnée par l'université. "Les études ici coûtent cher mais l'argent est transformé en un réel service", soutient Julien Hamilius, étudiant en cinquième année au centre Arts et Métiers de Bordeaux, qui a payé son année universitaire 29.000€. Dans son cas, c'est un diplômé de l'UNSW âgé de 70 ans qui l'a aidé à "comprendre les rouages du système universitaire et de l'emploi local".

Ici, l'engagement associatif est une valeur cardinale, notamment quand il s'agit de se mettre au service des étudiants étrangers : un autre aspect que les universités australiennes s'attachent à mettre en avant pour attirer des jeunes toujours plus nombreux à investir l'Australie pour tout ou une partie de leurs études.

Le système universitaire australien et ses particularités
Publiques dans leur ensemble
, à l'exception de Bond University qui est privée, certaines universités australiennes possèdent des campus à l'étranger qui leur servent de tête de pont. Monash University est présente en Afrique du Sud et en Malaisie, la RMIT University de Melbourne compte deux campus au Vietnam et un à Barcelone.

Par ailleurs, les universités sont amenées à être concurrentes entre elles. Si RMIT possède une solide culture en architecture et design, que University of Melbourne est réputée pour les sciences humaines et la médecine, et Monash pour sa dominante industrielle, toutes ces établissements se disputent les étudiants en commerce international. C'est pourquoi ils valorisent la qualité de leur accueil. "Nous insistons sur l'importance du bénévolat auprès d'autres étudiants, et du reste, les entreprises australiennes sont également sensibles à l'étude des CV quand il s'agit d'embaucher un diplômé", explique Sally Brooks, du service développement de l'emploi à RMIT University.

Dernière particularité, celle du paiement des études par les étudiants australiens : ceux-ci ne s'acquittent en effet pas des frais de scolarité à la rentrée des classes. Le remboursement de l'université est effectué par une saisie sur salaire, une fois un certain niveau de revenu atteint par le diplômé.

Guillaume Mollaret, envoyé spécial à Melbourne et Sydney | Publié le