CUPGE : la filière alternative aux prépas classiques a le vent en poupe

Christine Piedalu
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CUPGE : la filière alternative aux prépas classiques a le vent en poupe
Les CUPGE, Une filière exigeante qui concurrence les prépas classiques. // ©  DEEPOL by plainpicture
Les CUPGE (cycles universitaires préparatoires aux grandes écoles) rivalisent avec les classes préparatoires classiques. Elles proposent des parcours en deux ou trois ans à l’université qui intéressent les écoles par la richesse et la diversité des profils de leurs étudiants.

Le modèle de la prépa est loin de s’éteindre… il s’étend même depuis plusieurs années au sein des universités. En effet, une vingtaine d’universités proposent des cycles universitaires préparatoires aux grandes écoles (CUPGE), avec 27 formations enregistrées sur Parcoursup.

Ces cursus renforcés de licence en deux ou en trois ans, sont majoritairement scientifiques – à dominante physique, mathématique, mais aussi chimie et informatique, complétés par de l’anglais, du français – afin de préparer aux écoles d’ingénieurs. Quelques programmes existent aussi en gestion, droit et lettres et préparent aux écoles de commerce, IEP, ou écoles de journalisme.

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Diversifier les profils des grandes écoles

"Les écoles recrutent de plus en plus des étudiants aux profils variés et les filières universitaires apportent une richesse, une diversité de profils", assure Bénédicte de Bonneval, responsable du CUPGE L2 à l’université Toulouse 3-Paul Sabatier. Ces cursus sélectifs s’adressent à d’excellents étudiants, très motivés, prêts à un gros investissement, au sein de promotions d’une trentaine à une quarantaine de places.

L'université toulousaine – qui propose un enseignement en maths, physique, chimie, informatique – est celle qui en ouvre le plus, avec 126 places. Avec 95 places, le CUPGE de l’Institut Catholique de Lille est l’un des rares avec l’université du Mans (30 places) à préparer aux écoles de commerce.

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Des cursus renforcés pour préparer les concours aux grandes écoles

Ces formations diffèrent d’un établissement à l’autre. A Cergy-Paris Université, le cursus renforcé en trois ans débute par deux parcours possibles, en maths-physique et en physique-chimie. La quarantaine d’étudiants suit quatre à cinq heures hebdomadaires de plus qu’en licence classique, soit 25 heures par semaine. "En trois ans, ils réalisent ce que les CPGE font en deux ans et obtiennent la licence. Or, pour la plupart des très grandes écoles d’ingénieurs, l’intégration via les concours universitaires se déroule en fin de L3", explique Claire Pinettes, responsable du CUPGE de Cergy-Paris Université.

La grande majorité des universités prépare aux concours en deux ans. Au premier semestre, les étudiants du CUPGE de l’université de Toulouse 3 reçoivent le même enseignement que leurs camarades de L1, au second ils se retrouvent dans une promotion à part et sont une trentaine en TD. "Ils ont 25 à 30 heures de cours par semaine, des contrôles continus hebdomadaires sur deux à trois matières et en fin d’année des préparations à l’oral", détaille Bénédicte de Bonneval. Le CUPGE de Lyon 1-Claude Bernard prépare sur deux années des étudiants en maths, physique et mécanique, avec des disciplines transverses, des devoirs surveillés et six oraux chaque semestre.

Les étudiants se présentent ensuite aux concours réservés aux universitaires. Le concours PASS’ingénieur L2 et L3 est généralement sur dossier et épreuves orales. En fin de licence 3, il est aussi possible de présenter le concours GEI-UNIV qui regroupe des écoles comme l’X, Télécom Paris, Mines ParisTech, Mines Saint-Etienne ou Mines Nancy, ISAE-SUPAERO, etc. ; le concours de CentraleSupelec ou de CASTing Ecoles Centrale.

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Intégrer des écoles internes aux universités

Mais ces prépas universitaires permettent aussi d’intégrer les écoles internes aux universités. Le CUPGE de l’université Rennes 1 peut remplacer les deux ans post)bac pour entrer à l’Ecole supérieure d’ingénieurs de Rennes (ESIR). L’université de Paris-Diderot propose une admission de droit à son école… Par ailleurs, des universités tissent des partenariats avec des écoles qui permettent l’entrée sur dossier et entretien en fonction du niveau.

La filière donne du lustre à l’université. "Ces cursus à exigence renforcée captent des étudiants avec des 17 de moyenne qui ne seraient peut-être pas venus sans cela", relève Bénédicte de Bonneval. A l’inverse, ils attirent des jeunes d’origine modeste qui n'auraient pas oser faire une classe prépa.

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Intégrer une grande école ou poursuivre à l’université

L’université du Mans a ouvert un cycle en trois ans préparatoire aux écoles de commerce en 2018 pour attirer ces bons profils. Ils suivent la licence en éco-gestion, des cours supplémentaires de mathématiques, en langues, culture générale… réalisent un stage en entreprise en L3. "Ce sont des signaux de qualité, pour entrer ensuite dans les meilleurs masters ou en école de commerce", affirme Jean-Pascal Gayant, qui dirige le CUPGE.

Ces formations ne conduisent pas forcément aux écoles. De 40% à 50% des étudiants du CUPGE de Toulouse 3 restent en L3 puis en master "en grande partie par choix", souligne Bénédicte de Bonneval. A Cergy-Paris Université, entre deux et cinq (sur 35–40) suivent la voie universitaire.

"La filière combine la liberté de la faculté et la préparation aux concours", résume Frank Wagner, responsable du CUPGE L1 de Lyon 1. Une liberté qui a un prix. Assurer davantage d’heures et un encadrement personnalisé coûte cher, un challenge difficile pour les universités.


Christine Piedalu | Publié le