Ingénieurs pédagogiques : précieux soutiens pour les enseignants pendant la crise sanitaire

Louise Claereboudt
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Ingénieurs pédagogiques : précieux soutiens pour les enseignants pendant la crise sanitaire
Les ingénieurs pédagogiques ont pris une importance primordiale depuis le début de la crise sanitaire. // ©  Sergey Bogdanov
Alors que les cours à distance se sont imposés dans les universités et grandes écoles en raison des périodes de confinement, les ingénieurs pédagogiques ont dû faire face à une augmentation considérable des demandes d’accompagnement des enseignants, parfois déroutés. Problèmes techniques, isolement des étudiants et modalités d’évaluation… Leur rôle reste plus que crucial dans ce contexte de bouleversement des pratiques dans l’enseignement supérieur.

Impliqués dans la formation initiale depuis une dizaine d’années, les ingénieurs pédagogiques n’ont jamais eu autant de lumière sur leur métier que depuis le début de la crise sanitaire. Et pour cause, si les universités et grandes écoles ont mis en place des programmes pour valoriser l’enseignement à distance, force est de constater qu’il ne constitue pas encore la norme. Alors quand le premier confinement a été décrété en mars dernier, cela a été le branle-bas de combat dans de nombreux établissements. "Tout le monde avait la tête dans le guidon", se souvient Claire Flandrin, 48 ans, ingénieure pédagogique à la faculté des sciences de l’université de Nantes.

Il a fallu mettre sur pied de nouveaux outils de visioconférence, accompagner les enseignants dans la transformation de leurs cours, répondre aux problèmes techniques, innover pour maintenir les examens à distance, mais aussi lutter contre l’isolement des étudiants. Pour mener à bien ces missions complexes, les ingénieurs pédagogiques ont été en première ligne. "On a dû trouver des solutions d'urgence", raconte Alexis Gartion, ingénieur pédagogique à l’UFR droit, économie et gestion de l’université d’Angers depuis septembre 2018.

On a dû trouver des solutions d'urgence (A. Gartion, université d’Angers)

"On a fait des adaptations dans certains cours comme en ‘internet des objets’, où les élèves ont besoin de manipuler, explique de son côté Pierre Robert, 39 ans, chargé, depuis plus de cinq ans, de l’ingénierie pédagogique pour la quinzaine de campus d’Epitech. Quand c’était possible, on les a fait passer sur des simulateurs ou on leur a envoyé du matériel. Parfois, il a fallu changer le projet de quelques étudiants pour qu’ils puissent être entièrement faits virtuellement." Outre ces problèmes logistiques, le plus difficile à gérer a été selon lui le suivi des étudiants.

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"Un métier humain"

Si l’ingénieur de formation assure que l’équipe pédagogique de l'école d’informatique n'a été que peu affecté par la pandémie, grâce à sa connaissance de l’e-learning et sa pédagogie par projets, cela n’a pas été aussi simple pour les universités. "A la sortie du premier confinement, certains professeurs ont eu l’impression d’avoir eu à bricoler avec des outils peu professionnels", rapporte Claire Flandrin.

Avec le recul, elle confie : "Nous, les ingénieurs pédagogiques, on avait l’impression d’avoir donné beaucoup d’énergie et de pas avoir forcément répondu aux attentes des enseignants, c’était un peu dur à entendre." Après avoir échangé avec eux, l’ancienne conseillère en formation continue s’est efforcée de trouver des solutions. "Après cela, on a été encore plus présents sur le terrain en proposant des webinaires ou en envoyant des tutoriels sur des points très précis." Le deuxième confinement a ainsi été vécu plus sereinement. "Certains ont découvert du plaisir à enseigner de cette manière".

A la sortie du premier confinement, certains professeurs ont eu l’impression d’avoir eu à bricoler avec des outils peu professionnels (C. Flandrin, université de Nantes)

Au Lab’UA, le laboratoire d’ingénierie pédagogique de l’université d’Angers, Alexis Gartion propose des formations aux enseignants. L’occasion de leur apprendre à développer de nouvelles activités en ligne, des QCM par exemple. "Certains se sentent dépassés. Notre rôle est de les rendre plus autonomes, analyse le jeune homme de 29 ans, diplômé d’un master en scénarisation multimédia. Il y a peut-être une évolution du métier qu’on soupçonnait peu, c’est ce côté très humain, ce rôle de rassurer les enseignants." En novembre, le Lab’UA, qui compte 16 ingénieurs pédagogiques, a été sur-sollicité et a recueilli 600 demandes d’accompagnement.

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Vers une hybridation des enseignements ?

Si les étudiants commencent à revenir dans les salles de classe, depuis début janvier selon les souhaits du gouvernement, les confinements successifs auront permis d’insuffler un vent de renouveau dans l’enseignement supérieur. "A partir du moment où il y a une crise, ça accélère les transformations", estime Claire Flandrin qui a participé au déploiement, dès 2014, de l’approche programme à l’université nantaise. Convaincue que le métier d’ingénieur pédagogique est "en constante évolution", elle prône l’hybridation des pratiques entre le distanciel et le présentiel.

Ça fait dix ans qu’il y a une petite guerre entre le distanciel et le présentiel (P. Robert, Epitech)

"Ça fait dix ans qu’il y a une petite guerre entre le distanciel et le présentiel, ajoute Pierre Robert, qui a été, un temps, professeur de mathématiques en collège et lycée. Certains disent que le distanciel a beaucoup d'avantage, comme pouvoir travailler à son rythme plutôt qu'au rythme du prof. J’en fais partie. D’autres disent que rien ne remplace le contact humain. Jusqu’à l’année dernière, beaucoup d’écoles faisaient 100% de présentiel, mais le confinement est arrivé et tout le monde a dû s’adapter. Il y a un équilibre à trouver."


Louise Claereboudt | Publié le

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