Hybridation des formations : les innovations pédagogiques récompensées par un PIA

Isabelle Fagotat
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Hybridation des formations : les innovations pédagogiques récompensées par un PIA
L'hybridation des enseignements force les établissements à développer des solutions innovantes. // ©  MyriamB/Adobe Stock
Face à la crise sanitaire, les établissements d’enseignement supérieur misent sur le développement de la formation en ligne. Pour soutenir les initiatives les plus innovantes, l’Agence nationale de recherche (ANR) a lancé un appel à projets cet été. Les 15 lauréats bénéficieront de subventions pour développer leurs solutions dans le cadre du programme d’investissements d’avenir (PIA).

Plateforme collaborative, open campus, développement de modules numériques… Les lauréats de l’appel à projets de l’ANR sur l’hybridation des formations ont été sélectionnés pour les solutions qu’ils apportent dans le contexte d’épidémie de Covid-19 et les problématiques qu’elle engendre : confinement, quarantaine, fermeture des frontières…

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Proposer des solutions pédagogiques innovantes

Grâce à l’enseignement à distance, l’objectif de ces formations hybrides est de permettre aux étudiants de poursuivre leurs cursus et aux équipes enseignantes de continuer à travailler.

Pour sélectionner les 15 lauréats (sur 69 candidats), le jury s’est fondé sur l’aspect innovant des solutions proposées et sur le potentiel de diffusion et de reproduction des dispositifs. "Nous avons porté une attention particulière à la valorisation du contenu, à sa scénarisation, au caractère novateur des solutions, à l’accompagnement des équipes enseignantes…", précise Catherine Goutte, vice-présidente du jury et présidente du directoire de Ponts formation conseil.

Mettre en place des formations hybrides implique en effet des réflexions à plusieurs niveaux : elles doivent répondre au mieux aux besoins des étudiants mais aussi des enseignants.

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Trouver l’équilibre entre présentiel et distanciel

Rares sont les formations qui peuvent être entièrement digitalisées. Certains contenus s’y prêtent plus que d’autres. Et la possibilité de pouvoir échanger avec un professeur reste essentielle pour l’étudiant.

Pour répondre à ces enjeux, le projet Hybrid'Une de l’Université de Nantes, qui figure parmi les lauréats, s’inspire d’une solution développée par deux professeures en psychologie. "Comme elles devaient répéter le même cours magistral, elles l’ont proposé sous forme de capsule vidéo et consacrent la partie en présentiel à des temps de questions/réponses avec les étudiants", explique Arnaud Guével, vice-président Formation et ressources éducatives libres à l’Université de Nantes.

D’autres lauréats comme les écoles d’ingénieurs de chimie de la Fédération Gay-Lussac ont pour leur part réfléchi à des solutions permettant d’hybrider les TP (travaux pratiques). "Certains peuvent être réalisés à domicile avec des matériaux standards, d’autres sont observables à distance, d’autres peuvent être commandables et observables à distance", résume Laurent Prat, directeur de l’Ensiacet de Toulouse, porteur du projet au nom de la Fédération Gay-Lussac.

"Certains dossiers sont très novateurs sur les questions de manipulation de machines, de comptabilisation et de traitement de données à distance. C’est une très grande avancée en matière de virtualisation des travaux pratiques et des travaux dirigés", analyse Catherine Goutte.

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Capter l’attention à distance

Pour qu’un enseignement soit acquis, il faut s’assurer que l’étudiant l’a bien intégré. Or, lorsqu’il est seul face à son ordinateur et qu’il travaille en autonomie, il peut facilement décrocher.

"Une question clé en matière de pédagogie est d’appréhender le niveau de granularité nécessaire pour que le dispositif soit efficace. L’objectif n’est pas de mettre en ligne des milliers de kilos octets de données qui ne seront pas utilisées mais de trouver la formule adéquate en se posant par exemple comme question : faut-il développer un module de 40 heures ou 40 modules d’une heure ?", estime Laurent Prat.

Pour cela, les écoles d’ingénieurs de la Fédération vont ajuster leurs solutions pendant les 18 mois de développement du projet, en fonction des résultats d’analyses des taux d’usages et retours des utilisateurs qui vont leur permettre de cartographier les comportements. "In fine, nous évaluerons si les compétences ont été acquises en comparant avec les résultats des années précédentes", précise le porteur de projet.

Pour capter l’attention de l’étudiant, il faut l’impliquer, miser sur l’interactivité et scénariser les contenus pour les rendre attractifs. "Lorsqu’un cours est proposé, par exemple sous forme de capsule vidéo, il est complété par un quizz, qui permet à l’étudiant de vérifier s’il a retenu l’information. Par ailleurs, les ressources sont disponibles en ligne pendant une période limitée (par exemple 15 jours) pour s’assurer que les étudiants restent dans le bon rythme d’apprentissage", souligne Aurore Deledalle, vice-présidente déléguée à la transformation pédagogique de l’Université de Nantes.

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Accompagner les enseignants

Les changements de pratique peuvent engendrer crainte, difficulté ou réticence au sein des équipes enseignantes. Pour les aider, les porteurs de projets ont travaillé sur différents points : accompagnement, tutorat, correction entre pairs… "Nous avons mis en place des formations sur le logiciel Zoom, sur la plateforme Noodle, sur les façons d’articuler cours en présentiel et en distanciel", résume Aurore Deledalle.

Porté par l’université Claude Bernard Lyon 1, le projet THEME (Transition vers l’hybridation en Miage) propose quant à lui la création d’un certificat de digital teacher extensible sur l’ensemble du territoire. Les projets se sont en effet aussi attachés à développer des solutions potentiellement accessibles au niveau national, en open source, sur la plateforme FUN (France université numérique) notamment.


Isabelle Fagotat | Publié le

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Isabelle Fagotat.

Bonjour L'objet de l'article n'est pas de parler de tous les établissements ni d'évoquer l'aspect financier mais de mettre en avant les innovations pédagogiques en matière d'hybridation des formations récompensées par le PIA. Bien sûr, chaque établissement développe des solutions depuis le début de la crise sans attendre de subventions publiques. D'autres articles ont été écrits sur ces sujets : https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/crise-sanitaire-les-etablissements-se-preparent-a-de-multiples-changements.html https://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/enseignement-hybride-les-grandes-ecoles-investissent-dans-le-numerique.html

ARnaud Leroux.

L'article ne semble par faire référence à ce que tous les établissements sont touchés par le covid et ses conséquences et nécessités sur la scolarité. Seuls 15 sont aidés (dont des établissements non publics). D'ailleurs, cet appel opportunément repeint en "covid" était dans le tuyau en lien avec l'appel "nouveaux cursus à l'université" qu'il complète. Ainsi donc, la grande majorité des établissement va faire des choses pareilles que dans cet article, mais sans aide. Même dans un des établissements cités dans l'article, des dispositifs innovants sont mis en place, mais les mêmes dispositifs sont mis en place dans plein de composantes de l'établissements qui ne bénéficieront pas de cette aide (par exemple 36 heures eq. TD pour mettre à distance un cours). Les AAP du ministère sont des opérations servant non pas à financer les opérations de base, mais à trouver et financer des personnes-relais locales qui voudront absolument que les transformations se fassent, car elles s'y sont engagées. Loin de moi le refus de ces transformations, mais je souligne que l'image d'une transformation aidée est très largement surperficielle. Pour la grande majorité des E/EC, ce que nous faisons, c'est avec notre temps, sans bonus horaire pour ça, et avec des ressources financières que nous avons trouvées ailleurs.