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La filière officine part à la reconquête de son attrait perdu

Martin Rhodes
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Le métier de pharmacien en officine traverse une crise des vocations.
Le métier de pharmacien en officine traverse une crise des vocations. // ©  plainpicture-masko
Le nombre d’aspirants pharmaciens en officine est en chute libre. Pour enrayer cette baisse des vocations, à la fois liée aux modalités de formation et à l’exercice de la profession, le gouvernement s’apprête à réformer le troisième cycle des études pharmaceutiques.

Des données chiffrées pour mesurer un désamour… Au cours de l’année universitaire 2006–2007, près de 60 % des étudiants en pharmacie ont opté pour la spécialité officine en cinquième année. En 2016–2017, cette même spécialité n’a été choisie (en quatrième année, après réforme) que par 35 % du numerus clausus de pharmacie.

Filière la plus demandée il y a une dizaine d’années, l’officine attire désormais quasiment autant d’étudiants que l’industrie et l’internat. Une baisse durable et très nette – malgré des variations d’une année sur l’autre, et d’une faculté à l’autre –, qui appelle le constat suivant : le métier de pharmacien en officine traverse une véritable crise des vocations.

Formation en convalescence

Les raisons de cette déperdition sont notamment à chercher du côté des modalités de formation, dès la deuxième année d’études et donc bien avant le choix de spécialité. Afin de valoriser la filière officine, le premier stage – qui se fait obligatoirement en officine – est mieux encadré depuis la rentrée 2018.

"Auparavant, un certain nombre de stagiaires ne faisaient rien d’autre que déballer des cartons ou inventorier des médicaments dans l’arrière-boutique. Des missions peu valorisantes, qui pouvaient décourager ceux qui se rêvaient pharmacien en officine", explique Antoine Soula, vice-président en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEPF (Association nationale des étudiants en pharmacie de France).

Il ajoute : "Désormais, les missions à réaliser sont précisément inscrites dans un carnet de bord consultable par l’étudiant et son maître de stage. Elles consistent à observer, et si possible à assister le pharmacien dans son travail quotidien".

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L’ANEPF et l’Ordre national des pharmaciens constatent également que le montant des gratifications de stage est généralement beaucoup moins élevé en officine. En sixième année, par exemple, cette rétribution s’élève à 543 euros net par mois en officine, contre l’équivalent d’un SMIC en industrie, et au moins 1.392 euros en internat. Une inégalité de traitement qui n’est pas sans conséquence sur les choix d’orientation, et auquel le principal syndicat étudiant souhaite à tout prix mettre fin.

Selon nos informations, la réforme en cours du troisième cycle des études pharmaceutiques devrait octroyer le statut d’interne (ou équivalent, et donc la gratification correspondant) aux étudiants en pharmacie officinale. L’un des principaux objectifs de cette réforme très attendue est justement de rebooster l’attractivité de l’officine. L’arrêté commun portant modification du premier et deuxième cycles des études pharmaceutiques devrait être publié dans les jours qui viennent. Celui du troisième cycle devrait être connu avant la fin de l’année.

L’industrie en grande forme

"L’attrait des autres filières, et notamment de la filière industrie, est également l’une des causes de la nette diminution du nombre d’inscriptions en officine", décrypte Bernard Muller, le président de la Conférence des doyens de pharmacie. Il ajoute : "L’industrie pharmaceutique française est synonyme de forte employabilité [et ce dans divers secteurs], de salaires confortables, de perspectives d’évolution professionnelle, de management, d’entrepreneuriat et de carrières internationales".

À l’inverse, la filière officine pâtit d’un contexte économique à la fois compliqué et peu rassurant, avec de nombreux regroupements et fermetures d’officines (193 en 2017) dans toute la France, et ce depuis plusieurs années.

Plusieurs facultés de pharmacie constatent, depuis un ou deux ans, un très léger regain d’intérêt pour la filière officine. Un ralentissement de la baisse du nombre d’inscrits qui, selon les doyens et l’Ordre, serait notamment la conséquence directe des nouvelles missions des pharmaciens. Parmi celles-ci, la vaccination (expérimentée cette année dans quatre régions) et "l’éducation thérapeutique du patient", toutes deux déjà intégrées à la formation.

"Cela contribue à redorer l’image de la profession, assure Christian Barth, membre du bureau des pharmaciens titulaires d’officine à l’Ordre. Elles rapprochent le pharmacien du patient, tout en mettant l’accent sur son rôle de professionnel de santé, au détriment de celui de commerçant." Reste à savoir si l’ensemble de ces mesures suffiront à stabiliser, voire à inverser la courbe de l’attractivité de la filière officine.


Martin Rhodes | Publié le

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