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La Sorbonne Abu Dhabi cherche sa vitesse de croisière

Erwin Canard
Publié le
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Sorbonne Paris Abu Dhabi
Le projet, entièrement financé par les Émirats, ne coûte rien à l'établissement français alors que ce dernier perçoit 15% des droits d'inscription des étudiants. // ©  Sorbonne University Abu Dhabi

Cible de nombreuses critiques lors de sa création, il y a près de dix ans, la Sorbonne Abu Dhabi est désormais installée dans le paysage universitaire, même si des controverses demeurent. Le point sur ce campus français emblématique, à l’occasion de la conférence EducPros sur l’international le 20 novembre 2015.

C'est peu dire qu'elle ne faisait pas l'unanimité. Lorsqu'en 2006, l'université Paris 4 Paris-Sorbonne et les Émirats arabes unis ont signé le contrat pour la mise en place de l'université Paris-Sorbonne à Abu Dhabi (PSUAD), ce nouveau campus a essuyé de nombreuses critiques. "Bricolage indigne de la Sorbonne", "université de cocagne" ou encore "mission bling-bling" furent quelques-unes des expressions alors employées.

Depuis près de dix ans, pourtant, la Sorbonne Abu Dhabi se développe. "Je me réjouis que, malgré toutes les attaques dont PSUAD a fait l'objet, elle vit et prospère, relève Jean-Robert Pitte, le fondateur de PSUAD. Je lui souhaite de grandir encore et de jouer toujours mieux la carte de la culture francophone dans le Golfe."

L'objectif officiel pour Paris-Sorbonne était d'exporter, pour la première fois, le modèle universitaire français dans une région du monde où fleurissent de nombreuses universités anglaises et nord-américaines.

Un accord financier avantageux

D'aucuns y ont seulement vu une manière de renflouer les caisses et ont accusé Paris 4 d'avoir "vendu" le nom de la Sorbonne. Le projet, entièrement financé par les Émirats, ne coûte rien à l'établissement français alors que ce dernier perçoit 15% des droits d'inscription des étudiants.

Ces frais s'élèvent à environ à 15.000 euros par an en licence, et, en moyenne, à 19.000 euros par an en master. "Être rémunérés sur la base du nombre d'étudiants nous inscrit dans une obligation de résultats qui nous empêche de nous endormir sur nos lauriers !" répond Barthélémy Jobert, président de Paris-Sorbonne.

Être rémunérés sur la base du nombre d'étudiants nous inscrit dans une obligation de résultats qui nous empêche de nous endormir sur nos lauriers !" (B. Jobert)

un projet qui a fortement évolué

Depuis sa création, PSUAD a connu de nombreuses évolutions. Elle a déménagé, en 2009, dans un campus ultramoderne avec bibliothèque, centre sportif, résidence, hôpital... Le nombre d'étudiants a augmenté : 150 en 2006, ils sont 850 cette année, un chiffre qui reste toutefois loin des 1800 étudiants nécessaires pour parvenir à l'équilibre économique. Celui-ci ne devrait pas être atteint en 2018-2020, objectif pourtant initialement annoncé.

"On se fixe 2025 pour y arriver, annonce Éric Fouache, vice-chancelier de PSUAD. On avait été un peu optimiste. On a connu des augmentations d'effectifs allant de 4 à 14% par an alors qu'il aurait fallu atteindre 25%." Aujourd'hui, l'État des EAU finance encore la moitié du fonctionnement de l'établissement et financera jusqu'à l'équilibre économique.

Mais la grande évolution de PSUAD demeure au niveau des enseignements. Au départ créée pour enseigner les humanités et la littérature, l'université a depuis élargi les disciplines enseignées pour booster son attractivité. En 2008, un partenariat a été signé avec l'université Paris-Descartes pour y exporter des enseignements de droit notamment, et, en 2012, un autre avec l'UPMC pour l'enseignement des sciences.

"Les EAU sont un pays à forte croissance, qui crée des industries et qui a donc des besoins que nous tentons de satisfaire, justifie Éric Fouache. On réfléchit d'ailleurs à monter de nouveaux programmes, notamment en médecine et en technologie."

450 enseignants français en mission chaque année

Les enseignements, en français en licence et en anglais en master, sont donnés à 90% par des enseignants des universités françaises qui viennent en mission. "J'ai accepté car mon département est impliqué à PSUAD, mais certains refusent par principe d'y aller, explique Pascal Boldini, enseignant de Statistiques et informatique au département de sociologie de Paris 4 et membre du Snesup, parti pour la première fois en mission à PSUAD cette année. Je ne cache pas que la dimension financière entre également en jeu..."

La rémunération des "missionnaires" a suscité la polémique au départ : 400 euros par jour pour un maître de conférences, 500 euros pour un professeur des universités. "Un montant tout à fait proportionnel à ce qu'il se passe ailleurs, il ne faut pas faire de fantasmes", tempère Éric Fouache. L'éloignement familial, la densité des enseignements et, pour les enseignants de master, la traduction des cours en anglais, tendent à justifier ces émoluments.

"Durant ma mission, j'enseigne trois ou quatre heures par jour sauf le vendredi, et sept heures le samedi : c'est très intensif, raconte Pascal Boldini. Mais pour un enseignant français de base comme moi, les conditions sont assez luxueuses : on voyage en classe affaires, on est dans un grand hôtel, on va à l'université en navette..." Les enseignants proposent les mêmes cours que dans leur université d'attache, à la différence près qu'ils doivent réaliser en dix jours ce qu'ils effectuent généralement en un semestre.

Les enseignants proposent les mêmes cours que dans leur université d'attache, mais doivent réaliser en dix jours ce qu'ils effectuent généralement en un semestre.

De petits effectifs

Autre différence : si les enseignants ont plusieurs dizaines d'étudiants devant eux en France, ils sont bien moins nombreux à PSUAD. "J'ai une quinzaine d'étudiants à Abu Dhabi", indique Delphine Gramond, maître de conférences en géographie physique à Paris 4 et "missionnaire" depuis 2006. De petites filières dont le coût a parfois obligé PSUAD à remodeler son offre en supprimant ou liant des cursus.

"L'avantage est que l'on a beaucoup plus de suivi, poursuit Delphine Gramond. Ça améliore forcément les résultats." Le taux de réussite à PSUAD est en effet exceptionnel : 85% à Abu Dhabi, 50% à Paris 4. Un chiffre qui a poussé les détracteurs du projet à parler d'évaluation "laxiste". "Ce sont des choses qui se disent, admet Pascal Boldini. C'est certain que les exigences sont plus faibles, on est obligé de s'adapter... Toutefois, je n'ai pas vu à Abu Dhabi un moins bon niveau que celui qu'il peut y avoir à Paris."

Objectif doctorat

Pour Pascal Boldini, "un processus parfaitement réussi induirait que des étudiants poursuivent leurs études à Paris ou en thèse, signe d'une intégration et d'un certain niveau". Or, actuellement, seuls quatre à cinq étudiants de la Sorbonne Abu-Dhabi viennent en France chaque année, tandis que les étudiants ne peuvent s'inscrire en thèse à PSUAD.

"On souhaite développer le niveau doctorat et la recherche sur place", assure Barthélémy Jobert qui, d'un point de vue général, se montre satisfait : "Les communautés universitaires de Paris-Sorbonne et de René-Descartes sont favorables au projet. PSUAD a, dans la région, une très forte image de marque due à ses liens avec les 'maisons mères' parisiennes et à la qualité de son enseignement. Elle est perçue comme un établissement d'élite." Autant de preuves, selon le chancelier, de la crédibilité de l’établissement. 

La Sorbonne Abu-Dhabi en chiffres

850 étudiants (60% des étudiants venant de familles vivant et travaillant aux EAU, 15% Émiriens, 10% Français et le reste se répartissant entre 77 nationalités) : 450 étudiants en licence et 400 en master

- 40 enseignants permanents majoritairement Français, mais aussi Libanais, Syriens, Italiens, Américains, Grecs.

- 450 professeurs "missionnaires", des professeurs des institutions partenaires venant pour des missions de 10 jours par an.

- 25% des étudiants de licence sont boursiers. Ces bourses sont financées à 25% par un groupe d'entreprises partenaires, "Les amis de la Sorbonne" (Total, BNP Paribas, le groupe Chalhoub, Amundi, Société Générale, Safran, l'École Al Najah d'Abu Dhabi) et à 75% sur le budget propre de l'établissement.

Conférence EducPros du 20 novembre 2015 sur l'international

La conférence EducPros du 20 novembre 2015 sur l'international a pour thème "Le marché mondial de l'éducation se compte en milliards d'euros. Comment se positionner ?"

Le programme

Erwin Canard | Publié le

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MARIEME DIOP.

Messieurs, ' Son Excellence Mohammad Fadel Khalaf, présentement ambassadeur de l'Etat du Koweit en République de Cuba qui souhaite se voir accorder l'opportunité d'enseigner à l'université de Sorbonne Abu Dhabi après la soutenance de son Doctorat en Sciences politiques en 2017 à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar en République du Sénégal. Son Excellence est spécialiste des relations internationale, polyglotte, et peut enseigner aussi bien en Français qu'en Italien. je vous serais reconnaissante de me donner une adresse électronique où vous acheminer son curriculum vitae détaillé Je vous remercie pour l'attention que vous concéderez à mon message. Mme Diop Assistante de l'Ambassadeur du Koweit à Dakar au Sénégal Ancienne Assistante de S.E Mohammad Fadel Khalaf Ambassadeur à Cuba

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