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Réforme de la recherche  : des grandes ambitions, des incertitudes et beaucoup d’inquiétude

Marie-Alix Maes
Publié le
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Réforme de la recherche  : des grandes ambitions, des incertitudes et beaucoup d’inquiétude
Dans l'attente du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche, 5 milliards d'euros supplémentaires ont été alloués à la recherche publique. // ©  totojang1977/Adobe Stock
Le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche était attendu pour le printemps. Mis en pause en raison de la crise du coronavirus, ce projet a l’ambition de réinvestir massivement dans la recherche française.

L’annonce a été faite en pleine crise du coronavirus. Le 19 mars, lors d’une visite à l’institut Pasteur en compagnie de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Emmanuel Macron a annoncé cinq milliards d’euros supplémentaires sur dix ans pour financer la recherche publique. Au total, selon le MESRI, ce sont 25 milliards d’euros qui seront investis sur la prochaine décennie.

Cette nouvelle intervient alors que le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), était attendu pour le printemps. En préparation depuis un an, la LPPR devait définir la trajectoire budgétaire de la recherche française pour enrayer son décrochage, lié à des sous-investissements chroniques depuis une trentaine d’années. La promesse : porter l’effort de recherche à 3% du PIB (contre 2,21% du PIB en 2017).

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Faire le point au sortir de la crise sanitaire

L’heure n’est donc plus à l’examen des grands projets de loi. "Le travail de transformation se poursuivra, assure cependant le cabinet de Frédérique Vidal. Au sortir de la crise sanitaire, nous ferons le point avec pour objectif d’identifier le vecteur juridique adapté pour mettre en œuvre ces transformations dans les meilleurs délais. Cela prendra vraisemblablement la forme d’une loi de programmation, en plus des lois de finances annuelles."

Le premier enjeu de la LPPR est de remettre les sciences au cœur de la société. (…) Il nous faut donc redonner à la recherche les moyens pour progresser.

Pour le ministère, le premier enjeu de la LPPR est de remettre les sciences au cœur de la société. "Dans le contexte actuel, où l’on fait face à la pandémie du coronavirus ou à l’urgence climatique, nous avons besoin de paroles scientifiques, explique-t-il. Il nous faut donc redonner à la recherche les moyens pour progresser." Sur les cinq milliards d’euros supplémentaires annoncés, un milliard sera d’ailleurs consacré à la recherche dans le secteur de la santé globale et du vivant.

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L’ambition est ensuite de revaloriser les carrières dans la recherche. D’une part pour empêcher la fuite des cerveaux vers des pays proposant des conditions de recherche plus attractives, de l’autre pour faire émerger une nouvelle génération de scientifiques.

Des salaires revalorisés et de nouvelles carrières

Plusieurs annonces concrètes ont déjà été faites sur ce point, notamment la revalorisation des salaires des jeunes chercheurs. Par ailleurs, le gouvernement souhaite créer davantage de voies de recrutement pour les jeunes chercheurs avec de nouveaux types de contrats offrant "plus de souplesse".

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L’objectif : éviter qu’ils ne partent à l’étranger faute de débouchés convenables en France. Bien qu’on ne sache encore quelle sera la forme de contrat choisie, cette volonté engendre beaucoup d’inquiétude chez certains chercheurs. "La remise en cause du statut d’enseignant-chercheur (système de "tenure track", "CDI de chantier" n’ayant de CDI que le nom, etc.) précariserait encore davantage les personnels, pour qui la perspective d’obtenir un poste de titulaire s’amenuise dramatiquement", alertent 800 d’entre eux dans une tribune parue dans Le Monde.

Donner plus de moyens à la recherche

Les autres objectifs de la LPPR sont de réabonder les capacités de financement des programmes et projets de recherche, en débloquant davantage de fonds pour l’Agence nationale de la recherche (ANR). Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé qu’à partir de 2027, ce sera un milliard d’euros supplémentaire qui sera consacré chaque année à des projets de recherche financés par l’ANR.

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Le développement de la recherche par projets ne fait pas non plus l’unanimité : "Il faut une augmentation conséquente des financements récurrents aux laboratoires pour permettre aux équipes d’inscrire leurs recherches dans un temps long, pas des petits tournois financiers où s’affrontent équipes et établissements, sous un arbitrage venu d’en haut", estime la coordination des facs et labos en lutte.

Enfin, le MESRI souhaite encourager la recherche partenariale afin de "consolider le modèle d’innovation française et démultiplier l’impact de la recherche". Là encore, ça coince. Une partie des chercheurs demande la suppression du Crédit impôt recherche dénonçant "une contribution à la recherche scientifique jamais démontrée".

De son côté, le ministère tente de rassurer en insistant sur ses bonnes intentions et dit regretter que tant de "fausses nouvelles" circulent au sujet de la LPPR. "Après tant d’années de promesses creuses, on comprend qu’il y ait de la défiance, reconnaît-on dans l’entourage de la ministre. Mais nous répondons qu’il faut nous faire confiance. Ne pas investir dans la recherche, ce serait ne pas investir dans l’avenir."


Marie-Alix Maes | Publié le

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