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Centrale en Inde : la manne Mahindra

Delphine Dauvergne
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Les étudiants de Mahindra Ecole Centrale en travaux pratiques.
Les étudiants de Mahindra Ecole Centrale en travaux pratiques. // ©  Delphine Dauvergne

À la rentrée 2014, Centrale Paris a ouvert une école d'ingénieurs à Hyderabad, en Inde, grâce au financement exclusif de la multinationale Mahindra. En s’offrant un savoir-faire à la française pour former les ingénieurs indiens de demain, cette nouvelle école constitue ainsi un investissement à long terme.

Mahindra École centrale, c'est “la garantie pour les parents indiens que leurs enfants ­auront un emploi”, se félicite Christopher Cripps, directeur des relations internationales de la grande école d'ingénieurs. Entièrement financé par l'un des plus importants industriels indiens – Mahindra –, ce nouvel établissement promet aux élèves indiens une formation estampillée “Centrale” en s'appuyant sur la pédagogie de projets et les stages. L'objectif est que les jeunes diplômés indiens puissent être opérationnels dès l'entrée dans l'entreprise.

En Inde, 80% des formations d'ingénieurs sont financées par des entreprises privées. “Nous envisagions au début de nous associer avec des partenaires publics mais ils nous ont encouragés à aller vers le privé”, raconte Hervé Biausser, directeur de Centrale-Supélec.

Le projet est pratiquement livré “clés en main”. La multinationale Mahindra, présente notamment dans l'aéronautique, l'énergie, la défense, l'automobile, a mis à disposition de l'école un campus de 51 hectares qu'elle possédait à Hyderabad. L'École centrale Paris facture tous ses frais à la firme : enseignement, gouvernance, déplacements...

Un investissement de 80 millions d'euros

Pour la première année, qui comprend un semestre de projet et un semestre opérationnel pour une même promotion, Mahindra a versé environ 600.000 € à Centrale Paris. Elle a aussi mis sur pied une filiale à but non lucratif, entièrement dédiée au financement de l'école : MEI (Mahindra Education Institute). C'est cette filiale qui perçoit les frais de scolarité (environ 5.000 € par an).  “Jusque-là, Mahindra nous laisse toute latitude pour la gestion de l'école, même si elle est représentée dans le comité exécutif”, constate Christopher Cripps.

Jusque-là, Mahindra nous laisse toute latitude pour la gestion de l'école.
(Christopher Cripps)

L'ensemble de l'investissement de Mahindra dans l'école avoisine déjà les 80 millions d'euros, notamment pour l'infrastructure. “Cet investissement ne vise pas la réalisation de bénéfices financiers”, affirme Vineet Nayyar, vice-président de Tech Mahindra. Le groupe se défend aussi de vouloir former des ingénieurs pour son seul compte. “Si les diplômés ne nous rejoignent pas, nous serons satisfaits d'avoir contribué au développement du pays”, argumente ce responsable.

Toutefois, aucun dispositif de bourses n'est prévu pour permettre aux étudiants défavorisés d'intégrer l'école. “Pour ne pas perdre trop d'argent, d'autres activités seront développées, comme la formation continue”, assure Hervé Biausser. L'industriel envisage de “créer d'autres campus de ce type ailleurs, à Jaipur par exemple, car les besoins sont énormes, mais il faut d'abord voir si cette expérimentation est couronnée de succès”, tempère Vineet Nayyar.

Créer d'autres campus

Toutefois, pour Centrale, s'allier avec un seul partenaire privé peut être risqué. Plusieurs entreprises françaises ont ainsi été sollicitées pour s'associer au projet sous la forme d'un partenariat. “Nous étudions la possibilité d'accueillir des stagiaires ou d'envoyer certains de nos ingénieurs dans cette école pour des enseignements ponctuels”, explique Charles-Étienne Verdier, directeur d'un centre technique de Renault-Nissan.

Malgré le passif avec Mahindra – un partenariat raté avec la Logan –, ce concurrent français ne part pas avec des a priori. Même son de cloche chez Safran, qui n'écarte pas un partenariat avec Mahindra. “Une telle perspective nous oblige à réfléchir, notamment à la confidentialité des projets. Cela doit passer nécessairement par des accords qui peuvent la garantir”, précise Walid Benzarti, directeur chargé de l'innovation, de la recherche et de la technologie chez Thalès. “Se contenter d'un seul partenaire industriel financier peut être un risque pour l'école, cela peut faire hésiter à nouer d'autres collaborations.”

Pourtant, Hervé Biausser, le directeur de Centrale, ne s'en inquiète pas : “La présence de Mahindra pour moi n'est pas un frein, mais un symbole de réussite.”

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Delphine Dauvergne | Publié le

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