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Université d'Orléans : un établissement en bonne santé ?

Elsa Sabado
Publié le - Mis à jour le
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Université d'Orléans : un établissement en bonne santé ?
L'université d'Orléans au cœur d'une polémique budgétaire entre le président et ses opposants. // ©  Berti HANNA/REA
L'université d'Orléans affiche de beaux résultats financiers à l'issue de son exercice de 2019. Derrière ces chiffres rutilants, les opposants au président dénoncent un établissement à l'arrêt.

Un résultat de 13,3 millions d'euros, une trésorerie à 33 millions, un fonds de roulement de 46 jours… Le compte financier de l'université d'Orléans adopté en Conseil d'Administration le vendredi 13 mars dernier affiche des sommes rondelettes. "J'ai agi en responsabilité, j'ai restauré les chiffres qu'il fallait restaurer", affirme sobrement Ary Bruand, président de l'université. "On a même été un petit peu plus vite que ce qui était souhaité", concède-t-il.

Une université en déficit depuis le passage au RCE

C'est qu'Orléans revient de loin. D'abord, en 2012, le passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE) révèle que les comptes de l'université présentent un déficit de 2 millions d'euros, au lieu des 12 millions d'excédent escomptés. "Malgré cela, la gestion a continué à dériver pendant les années de présidence de Youssoufi Touré", expose Ary Bruand, président actuel de l'université. Lorsqu'il arrive aux manettes de l'université en 2016, il commande un audit de l'inspection générale administrative de l'Education nationale et de la recherche (IGAENR).

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La note de cet "audit flash" estime que le niveau du fonds de roulement pour correspondre aux normes fixées par le ministère et le rectorat doit s'élever à 8 millions d'euros. Avec un fonds de roulement à – 5 millions d'euros, le différentiel est de 13 millions d'euros. L'audit plus poussé, rendu fin 2016, ne sera jamais révélé au public.

Un plan de retour à l'équilibre qui passe mal

Le président adopte dès le début 2017 un plan de retour à l'équilibre. "J'ai refusé la mise sous tutelle et des 'années blanches' en termes de recrutement, car je pensais qu'il valait mieux travailler secteur par secteur. Nous avons privilégié la formation à la recherche, et embauché des contractuels plutôt que des titulaires, de manière transitoire", explique Ary Bruand.

"J'ai fait le sale boulot en essayant de garder un coin de ciel bleu, et tout le monde me retombe sur le coin de la figure", rage le candidat à sa propre succession.

C'est peu dire. Alors que les élections universitaires, initialement prévues pour le 7 avril, sont reportées en raison de l’épidémie de coronavirus, d'autres membres de la communauté universitaire fulminent. "Ces fonds disponibles énormes sont liés à l'asphyxie de l'établissement. Le président a agi comme un Chicago Boy, le plan d'austérité a été si dur, si dogmatique, qu'on est exsangue", dénonce Alexis Boche, élu de la FSU au conseil d'administration.

J'ai fait le sale boulot en essayant de garder un coin de ciel bleu, et tout le monde me retombe sur le coin de la figure. (A. Bruand)

Le syndicaliste parle d'une "faillite organisationnelle grave" auquel son dernier tract lie le taux élevé de redoublement enregistré cette année en L1. Il a augmenté de 79%, avec un pic de +135% en sciences et techniques.

Car, si les financements sont gelés, le nombre d'étudiants inscrits à l'université, lui, ne faiblit pas, s'élevant à 19.285 étudiants cette année contre 17.000 en 2016. "Le plan de remise à l'équilibre, de 2017 à 2021, prévoyait le gel de 41 postes : 20 enseignants et 20 administratifs. Le budget de fonctionnement du COST, la principale UFR de l'université d'Orléans, a été réduite d'un tiers. Cela s'est traduit par des transformations de TD en CM, par des cours en visioconférence, de gros problèmes d'emploi du temps", renchérit Marielle Brame, élue de l'UNEF.

"Des postures syndicales", répond le président de l'université, récusant ces chiffres.

Le plan d'austérité a été si dur, si dogmatique, qu'on est exsangue. (A. Boche)

Une université à l'arrêt ?

Corinne Leveleux, qui se présente sur une liste adverse aux élections universitaires, abonde : "On a arrêté l'activité. On n'investit plus, on ne remplace plus les postes vacants. Moi-même, je suis si surchargée de travail avec les corrections des élèves que je n'arrive plus à dégager du temps pour mes recherches, j'écris moins d'articles. L'université a une telle réputation que nous ne parvenons pas à pourvoir des postes de catégorie A".

L'adversaire d'Ary Bruand l'accuse d'avoir majoré les difficultés financières de 2016 pour justifier un plan d'austérité. "Comment expliquer sinon le fait que nous n'ayons pas été mis sous tutelle, que l'amélioration des comptes ait été si substantielle en 2017, qu'Orléans soit aujourd'hui la première fac en termes d'autofinancement, de trésorerie, de résultat net… ?", scande la juriste.

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"On a joué le bon petit soldat budgétaire, mais ce n'est pas le bon positionnement à avoir vis-à-vis du ministère. Cette politique témoigne d'une absence de vision et de stratégie en termes de pilotage", conclut-elle.

"Mes adversaires fantasment ma politique de l'emploi. Ils font des rapprochements faciles, mais excessifs. Sur les éléments de dégradation liés aux contraintes qui pèsent sur l'université, qu'est-ce qui vient de Bruand, et qu'est-ce qui vient de la politique générale ?", balaye le président.

Car tous les acteurs de la communauté tombent d'accord sur un point : la sous-dotation de l'université. Un problème lié aux caractéristiques propres à l'établissement, non valorisées par les clés de répartition ministérielles : sa taille moyenne, ses six antennes en département, l'absence d'UFR de médecine… et la date à laquelle elle est passée aux RCE, dans la "dernière vague". "Notre dotation est trop faible", se désole Ary Bruand.

Une plainte contre Youssoufi Touré, l'ancien président de l'université d'Orléans

L'homme qui a occupé le siège de président entre 2009 et 2016 passera devant la justice le 23 mai prochain, pour non-respect des règles de marché public et favoritisme. L'université a porté plainte contre lui après l'audit de l'IGEANR, qui n'a pas été rendu public notamment parce qu'il contiendrait des informations personnelles sur M. Touré, selon les dires de son successeur.

Après sa démission du poste de recteur en Guyane, à cause de sa gestion passée de l'université d'Orléans, Youssoufi Touré en a réintégré les effectifs. Si la gestion globale de l'université – en sus de la mise en place d'un système clientéliste qui lui est reproché – est critiquée, elle ne suffit pourtant pas à expliquer entièrement la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui l'université d'Orléans.

Correctif
Après la publication de cet article, la direction de l'université d'Orléans a attiré notre attention sur une erreur : l'augmentation du taux de redoublement en L1, dont nous indiquions qu'il était de 79% s'élève en réalité à 13,6%.

Cette erreur n'est ni de notre fait, ni même d'une mauvaise lecture des syndicalistes qui ont diffusé ce chiffre, mais d'un problème technique rencontré par le bureau des statistiques de l'université, qui a donné lieu à une première remontée – fausse – des chiffres au ministère, puis d'une seconde remontée, avec des chiffres justes cette fois-ci.


Elsa Sabado | Publié le - Mis à jour le

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