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Bruno Sire (président de Toulouse 1) : "Avec l’école d’économie de Toulouse, nous sommes en train de créer le modèle d’établissement du XXIe siècle !"

Sophie Blitman
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Bruno Sire - UNIVERSITE TOULOUSE
Bruno Sire - UNIVERSITE TOULOUSE
Pas de sélection à l’entrée et une évaluation entièrement en contrôle continu. Partie intégrante de l’université Toulouse 1 Capitole, l’école d’économie de Toulouse – TSE (Toulouse Schools of Economics) se veut un établissement d’un nouveau genre, exigeant mais ouvert à tous. Alors qu’après deux années de classes préparatoires intégrées, la première promotion d’étudiants fera sa rentrée en septembre 2011, Bruno Sire , président de l’université Toulouse 1 Capitole , revient sur le fonctionnement et les objectifs de l’établissement.

L’école d’économie de Toulouse existe depuis 2007. Comment, d’établissement de recherche, TSE est-elle devenue une grande école ?

Au départ, nous avons créé le Réseau thématique de recherche avancée (RTRA) TSE qui regroupe trois laboratoires et deux institutions, l’EHESS et Toulouse 1 Capitole. Celui-ci a pris le statut de fondation de coopération scientifique (FCS), dans le but de financer les laboratoires de recherche et, de fait, cette fondation Jean-Jacques Laffont a levé plus de 70 millions d’euros en trois ans. L’argent collecté est placé, et la fondation vit des intérêts du capital, d’un montant de 2,5 à 3 millions d’euros par an, ce qui permet d’avoir un financement vraiment pérenne.

"Il était dommage d’avoir des compétences extraordinaires en recherche sans avoir de formations d’excellence en économie"

Ainsi, TSE était jusque là une école de pensée, tournée vers la recherche exclusivement. Mais il était dommage d’avoir des compétences extraordinaires en recherche sans avoir de formations d’excellence en économie. C’est pourquoi nous avons décidé il y a deux ans de créer une école à part entière, qui puisse être un lieu à la fois de production et de transfert de savoirs. Les élèves ont commencé leur cursus en 2009 et après deux années de classes préparatoires, la première promotion de l’école proprement dite va faire sa rentrée en septembre 2011.

Comment fonctionne cette école ?

Comme toutes les grandes écoles françaises : avec deux années préparatoires, trois ans d’école puis un programme doctoral. Cependant, nous avons la fausse modestie de croire que nous sommes en train de créer le modèle d’établissement du XXIe siècle !

Avec la sélection pratiquée en classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE), tout notre système est aujourd’hui fondé sur la réussite des jeunes en première et terminale. Or, cette prédétermination au cœur de l’adolescence laisse trop de gens de côté. Nous, nous voulons donner une deuxième chance aux jeunes en ne les sélectionnant pas à l’entrée après une inscription sur Admission-postbac. Néanmoins, nous pratiquons une forme de "sélection active", dans la mesure où nous prévenons les futurs étudiants des attentes fortes de l’école.

En effet, avec 25 à 30 heures de cours par semaine, auxquelles s’ajoutent des colles les vendredis soir et samedis matin, le rythme est le même que celui d’une prépa classique. Outre l’économie, les étudiants choisissent une autre discipline : gestion, droit, mathématiques, informatique ou langue. Enfin, l’encadrement est plus important qu’en licence, puisqu’il n’y a pas plus de 20 étudiants par TD, et pas plus de 100 en amphi.

"Tout est fondé sur le contrôle continu, et la sélection à la fin des deux ans se fait sur dossier"

Vous réfutez également le principe des concours en fin de prépa.

A l’issue des deux années préparatoires, tout se joue habituellement en trois jours au moment du concours, ce qui représente une charge de stress énorme à laquelle tous les jeunes ne résistent pas. Il faut arrêter le massacre de notre jeunesse ! Ainsi, à TSE au contraire, tout est fondé sur le contrôle continu, et la sélection à la fin des deux ans se fait sur dossier.

Les critères pour entrer en troisième année : ne pas avoir redoublé l’une des deux premières, et avoir obtenu, selon les disciplines, au moins une ou deux mentions sur les quatre semestres – sauf pour les étudiants inscrits en économie-mathématiques et économie-droit, deux parcours particulièrement exigeants, pour lesquels il suffit de ne pas avoir redoublé.

Dans quelle mesure le modèle de votre école d’économie s’apparente-t-il à celui des collèges de droit ?

La logique est un peu comparable, mais les collèges de droit n’ont pas cette notion de grande école. En outre, les collèges proposent un renforcement de certaines disciplines. Chez nous à l’université de Toulouse 1 Capitole, en économie, il n’y aura plus que TSE : la faculté d’économie va se fondre dans l’école d’économie.

Parallèlement, nous créons une licence "économie et société" au sein de la faculté d’administration et de communication : plus orientée vers la sociologie, elle préparera aux concours d’entrée dans l’administration, et pourra accueillir les étudiants qui n’intègreront pas l’école en troisième année. Les autres pouvant se diriger, selon leur parcours, vers l’IAE (Institut d’administration des entreprises, NDLR), une L3 de droit, de mathématiques, d’informatique ou de langue.

Remplacer la faculté d’économie par cette école a un coût, notamment en raison de l’encadrement des étudiants. Comment financez-vous TSE ?

Le budget représente environ 1,5 fois celui de la faculté d’économie. Grâce au plan Licence , nous avons eu des financements de la part du ministère. Cependant, d’une manière générale, nos dotations n’étant pas à la hauteur de nos ambitions, nous espérions – et espérons toujours, dans le cadre des négociations de notre prochain contrat quinquennal – un accompagnement supplémentaire.

Par ailleurs, la fondation Jean-Jacques Laffont est au cœur du développement de l’école. Elle nous a notamment permis de recruter des enseignants.

"Nous voulons montrer que l’élitisme républicain a du sens et que l’université, cela peut être le meilleur de l’enseignement supérieur !"

Nous voulons montrer que l’élitisme républicain a du sens et que l’université, cela peut être le meilleur de l’enseignement supérieur ! Les étudiants, eux, paient les mêmes droits d’inscription que pour une licence classique : notre système se veut indépendant du milieu socio-économique dans lequel vivent les jeunes. Nous voulons montrer que l’élitisme républicain a du sens et que l’université, cela peut être le meilleur de l’enseignement supérieur !


Si elle cultive des liens avec les entreprises, l’école d’économie est également très orientée vers la recherche.

Effectivement, notre programme doctoral est pleinement intégré à l’école et, originalité de TSE, commence en master 2 : ainsi, les étudiants qui le souhaitent sont formés à la recherche dès la cinquième année. D’autre part, un diplôme européen d’économie quantitative appliquée (DEEQA) est délivré au bout de deux ans de programme doctoral, soit à bac +6, en réseau avec huit universités européennes.

Notre objectif est de former des économistes de haut niveau capables de formaliser des problèmes économiques, et tournés vers l’international : exclusivement en anglais, le programme doctoral accueille en effet de nombreux étudiants étrangers.

L’école d’économie de Toulouse – TSE est-elle reconnue par la Conférence des grandes écoles (CGE) ?

Pas encore, mais c’est notre projet. Dans la mesure où nous sommes une école d’économie assez matheuse, centrée sur les questions d’ingénierie économique, nous voudrions être reconnus par la Commission des titres d’ingénieur (CTI). Avec comme argument l’expérience de l’ENSAE ParisTech (Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique, NDLR), qui a délivré un titre d’ingénieur .

Les effectifs attendus de TSE
1re année : environ 700 étudiants
2e année : entre 500 et 600 étudiants
3e année : des promotions de 200 à 250 étudiants

Plus d'informations sur le site de L'Etudiant .


Sophie Blitman | Publié le

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