Christian Grapin (Tremplin) : « 80% des personnes handicapées ont un niveau de qualification inferieur au bac »

Propos recueillis par Sandrine Chesnel
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L’association Tremplin a organisé le 22 octobre une journée « Rencontre Tremplin », sorte de "job-dating" entre jeunes en situation de handicap et recruteurs. L’occasion pour Christian Grapin, son directeur, de revenir sur le fonctionnement de cette association d'entreprises qui fête ses 20 ans en 2012.


Pourquoi les entreprises ne parviennent-elles pas à embaucher davantage de jeunes diplômés en situation de handicap ?


Les préjugés et les discriminations dont sont victimes les personnes en situation de handicap n’expliquent qu’une partie de ce déficit, le manque de qualification des jeunes handicapés est aussi en cause. D’après l’INSEE, 80% des personnes handicapées ont un niveau de qualification inferieur au bac : c’est ce qui explique en partie un taux de chômage du double de celui de la population générale. Car les personnes handicapées sont comme les personnes valides : moins elles sont qualifiées, plus elles risquent le chômage. Beaucoup de jeunes en situation de handicap sont orientés vers des SEGPA ou vers l’enseignement professionnel, alors qu’ils ont le niveau pour faire des études supérieures – nous avons dans notre association des jeunes qui avaient un BEP et qui, parce qu’ils ont été accompagnés, ont finalement obtenu leur bac et fait des études supérieures.


Qu’est-ce que Tremplin propose à ces jeunes ?

Pour tenter de régler ce problème du manque de qualification des personnes en situation de handicap, il faut traiter la question le plus en amont possible : d’où la nécessité d’une action sur les jeunes, ce qui est l’objet de notre association. Il y a 126 000 jeunes scolarisés dans le primaire, mais ils ne sont plus que 75 000 dans le secondaire et 12 000 seulement dans l’enseignement supérieur. L’idée est de les pousser à aller le plus loin possible dans les études, sans autocensure.

"Sur 12 000 étudiants handicapés, 10 500 sont inscrits à l’université"

Concrètement, c’est le jeune qui doit prendre contact avec l’association via notre site internet, le téléphone, le SMS. Il doit ensuite nous rencontrer : nous ne sommes pas des envoyeurs de CV. Nous devons le connaître, pour bien l’accompagner dans le développement de son projet professionnel. C’est ensemble que nous allons définir de quelle aide il a besoin : doit-il rencontrer un professionnel pour parler métier, trouver un stage pour mesurer l’intérêt pour un secteur professionnel, décrocher un contrat en alternance pour préparer un diplôme ? 

Après validation du projet, celui-ci est présenté par Tremplin aux entreprises, lors des réunions organisées chaque mois à leur attention. Sont présents, les responsables RH ou les chargés de missions handicap. Nous présentons son projet, mais nous expliquons aussi quelles sont les solutions à mettre en place dans l’entreprise pour accueillir le jeune, aménagements, limites, aspects d’ergonomie.
Ainsi nous devenons le référent du jeune auprès de l’entreprise. C’est rassurant pour l’entreprise qui peut nous contacter si elle a une question, nous sommes garants du sérieux de la démarche du jeune.


Quelles relations avez-vous avec les établissements d’enseignement supérieur ?

Nous avons assez peu de relations avec les écoles, mais il peut arriver qu’elles nous adressent des étudiants, et d’ailleurs elles ne doivent pas hésiter à le faire. Nous sommes davantage en contact régulier avec les chargés d’accueil handicap dans les universités. Et pour cause : sur 12 000 étudiants handicapés, 10 500 sont inscrits à l’université.




Pour en savoir plus :
www.inshea.fr
www.tremplin-handicap.fr

Une "boîte à outils" pour accompagner les jeunes handicapés

Univers’emploi
est une étude européenne pilotée par l’INS-HEA (Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés), dont l’association Tremplin a été le partenaire opérationnel.

Pendant une année universitaire, Tremplin, trois universités (Strasbourg, Montpellier 1, Nanterre) et les entreprises partenaires du projet ont travaillé au développement d’une « boite à outils » destinée à aider les universités et les entreprises à mieux accompagner les jeunes en situation de handicap vers l’emploi. Parmi les supports utilisables tout au long d’une année d’accompagnement, une charte d’engagement signée par les 3 parties - université, jeune, référent-, un guide d’évaluation de la situation scolaire et sociale du jeune, et un guide d’accompagnement destiné au référent professionnel.

Tous ces outils ont été testés par des étudiants issus de toute l’Europe. A l’issue de cette phase de tests « grandeur nature », il a été décidé de les compléter par la mise en place de groupes d’échanges entre jeunes et référents, et d’instaurer des entretiens d’évaluation finale pour les trois acteurs (université, jeune, entreprise).

Les universités qui souhaitent découvrir ces outils peuvent s’adresser directement à l’INS-HEA.


Propos recueillis par Sandrine Chesnel | Publié le

Vos commentaires (1)

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OSWALD Jocelyne.

Votre article est bien intéressant. Pourquoi y a-t'il si peu de jeunes parcourant des études supérieures ? Parce que le monde universitaire n'est pas encore bien prêt à les accueillir. Je peux en parler avec quiconque le souhaiterait. Ma fille, handicapée moteur de naissance, après 2 Master2, se trouve en 3ème année de thèse à l'ENS Lyon. C'est un parcours du combattant au quotidien. Un exemple récent : par exemple, pour son travail de thèse, elle doit partir en train à Paris avec moi qui l'accompagnerai (elle ne peut pas voyager seule, elle a besoin d'accompagnement). Son billet de train coûte 168 euros, le mien à 1/2 tarif revient à 84 euros (avantage SNCF pour les accompagnants des personnes à mobilité réduite). Depuis le 21 février, on attend toujours une réponse pour la prise en charge de mon billet accompagnant.... Il n'y a pas d'action sociale pour les personnes handicapées au sein de l'ENS.... Cela fait 4 ans qu'elle s'y trouve!! Quand elle se rend à la cantine, je dois ou mon mari (heureusement qu'il y travaille, il est pourtant directeur de recherche au CNRS) devons lui porter son plateau. Je reste à votre disposition.

OSWALD Jocelyne.

Pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté pour le passage : " Quand elle se rend à la cantine, je dois ou mon mari (heureusement qu'il y travaille, il est pourtant directeur de recherche au CNRS) devons lui porter son plateau. " la présence de mon mari n'a jamais été un avantage pour ma fille, bien au contraire, les personnes dirigeantes se moquent bien de sa situation, de ses difficultés, voire même d'elle. On n'a pas le droit d'être handicapés si on veut suivre une filière normale!!!!