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Christopher Cripps : "En France, nous offrons des formations de grande qualité à moindre coût"

Sarah Masson
Publié le
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Mahindra Ecole Centrale
CentraleSupélec a ouvert une antenne en Inde, Mahindra École centrale, à Hyderabad en 2014. // ©  Delphine Dauvergne

Comment construire sa stratégie internationale pour les dix ans qui viennent ? Directeur des affaires internationales de Paris Sciences et Lettres depuis octobre 2015, Christopher Cripps, qui a occupé cette fonction pendant huit ans à Centrale Paris, donne des éléments de réponses, en amont de la conférence EducPros du 10 décembre sur les tendances de l'ESR en 2025. 

Christopher Cripps, directeur des affaires internationales de Paris Sciences et Lettres.Comment développer sa stratégie à l'international ?

En préambule, je dirais que la meilleure stratégie, c'est d'en avoir une ! Elle doit correspondre à la réalité de son établissement. Il faut également cibler ses objectifs : Quels étudiants étrangers vise-t-on ? Quels axes développer en matière de recherche ? Enfin, il faut prendre le pouls des entreprises qui embauchent vos diplômés : quels sont leurs besoins, en termes de jeunes diplômés formés à l'international ? Construire sa stratégie internationale, c'est avant tout analyser son environnement, macro et micro.

Mais, aujourd'hui, tout le monde choisit de se développer à l'international. Comment se démarquer ?

Il y a plusieurs façons d'être visible. D'abord, les classements internationaux. Bien sûr, tout le monde ne peut pas figurer dans le classement de Shanghai. Au-delà des institutions, il existe des classements par discipline. C'est un moyen pour les jeunes de connaître la formation. Les classements nationaux sont également importants. Être le 2e, 3e ou 6e établissement en France est significatif pour les partenaires étrangers.

Une autre façon de se rendre visible est d'occuper l'espace : participer régulièrement aux manifestations internationales, aux colloques de recherche, aux grands forums... Il faut alors être proactif non seulement pour obtenir un stand, mais aussi (et surtout) pour figurer sur les programmes des conférences. Il est nécessaire d'établir un solide plan de communication pour mettre en avant ses programmes et ses activités dans la presse française et internationale.

Par ailleurs, la priorité est de tisser des partenariats avec des institutions aussi prestigieuses que possible, tout en restant réaliste sur le positionnement de son propre établissement. Travailler essentiellement avec les établissements que nous considérons comme nos égaux (et inversement) et ceux qui sont compatibles avec notre stratégie. La qualité d'une institution s'apprécie grâce à la qualité de ses partenariats.

Et comment attirer les meilleurs étudiants internationaux ?

La France est numéro 3 en termes de recrutement des étudiants internationaux. Près de 300.000 étudiants étrangers font leurs études dans l'Hexagone. Pourtant, très peu de marques françaises ont du poids à l'étranger auprès du grand public. Les programmes doivent être innovants et adaptés à des marchés qui comprennent des viviers d'étudiants internationaux : la Chine, l'Inde, l'Amérique latine, l'Asie du Sud-Est, une certaine partie de l'Afrique.

Globalement, les jeunes veulent des programmes diplômants visés par l'État, si possible en anglais et classés. Il faut donc créer des formations principalement destinées aux publics internationaux. Depuis quelques années, certaines écoles de management attirent un nombre croissant d'Américains dans leurs MBA et autres masters internationaux.

Pour ces jeunes, le calcul est simple : l'établissement est accrédité AACSB, le programme est internationalisé et entièrement en anglais. Aux États-Unis, les cursus se concentrent nettement moins sur les aspects internationaux et les formations équivalentes coûtent souvent trois ou quatre fois plus cher ! En France, nous offrons des formations de grande qualité à moindre coût, il faut reconnaître que c'est l'un de nos atouts.

Un peu de prospective : comment voyez-vous le développement international de l'enseignement supérieur dans dix ans ?

Dans les années 1990, on se focalisait sur la mobilité étudiante. Quand je suis arrivé à Centrale Paris, en 2007, la carte du monde aux yeux des étudiants ne comprenait que les États-Unis, le Royaume-Uni, une partie de l'Europe continentale et l'Australie.

Quand je suis parti, en 2015, nous avions réussi à inciter un grand nombre de nos élèves à opter pour d'autres pays tels le Brésil, la Chine, la Corée, l'Inde, le Mexique, l'Argentine, le Chili et les pays de l'Est... À l'avenir, il faudra continuer à encourager nos jeunes à choisir d'autres destinations, même s'il reste difficile de lutter contre le "rêve américain".

Il est temps aussi peut-être pour les établissements d'élargir leur façon d'animer leurs partenariats avec les institutions étrangères. Avec les Comue désormais, nous avons une plus grande force de frappe. Dans les années à venir, les accords internationaux seront de plus en plus fondés sur des collaborations de recherche, des programmes conjoints, des masters communs...

Enfin, il faut se concentrer sur les pays émergents. Certains établissements de renom sont en train de s'ouvrir à l'Afrique et à son milliard d'habitants. L'Afrique, c'est un défi majeur pour nous tous.

Conférence EducPros sur la prospective en 2025

Christopher Cripps interviendra lors de la conférence EducPros du 10 décembre 2015. Le thème : les tendances du marché de l'ESR à l'horizon 2025. 

Sarah Masson | Publié le

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