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Échec de l'Université de Lille à l'Idex : "J’attends que l'on m’explique"

Camille Stromboni
Publié le
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Université Lille 2
Xavier Vandendriessche se rendra le 28 janvier au Commissariat général à l'investissement pour comprendre les raisons de l'échec du projet lillois à l'Idex. // ©  Université Lille 2

Le nouvel échec de l’Idex lillois ne passe pas. Pour Xavier Vandendriessche, porteur du projet et président de l'université Lille 2, le changement d'avis du jury est incompréhensible. Il en appelle à l’État pour rectifier le tir.

Xavier VandendriesscheComment comprenez-vous la décision du jury, suivie par l’État, de ne pas retenir le projet d’Idex lillois parmi les lauréats de l’Initiative d’excellence, révélés le 22 janvier 2016 ?

Je ne comprends tout simplement pas ! Revenons sur le processus : nous avons été présélectionnés en avril 2015. Le jury nous a remis une fiche d'évaluation. Nous avons travaillé depuis sur la base de ces recommandations.

De manière assez logique, nous avons amélioré les points sur lesquels nous avions une note faible, c’est-à-dire un B, et non pas là où le jury nous avait attribué un A.

Pourtant, il semble que le jury ait écarté notre dossier sur des points qu’il avait jugés au meilleur niveau... en avril. Nous attendons avec impatience son rapport, mais c’est, en tout cas, ce qui ressort de l’explication du ministère et de notre oral de sélection.

Je respecte le jury et les procédures décidées par l’État, mais j’ai besoin de comprendre ce qui, dans notre dossier, laisse à penser que notre Idex ne peut finalement pas être l’une des 50 grandes universités de rayonnement mondial de demain. Comment peut-on changer d’avis et revenir sur des appréciations portées seulement six mois plus tôt ? C’est, pour nous, totalement incompréhensible.

Quels sont ces points sur lesquels le jury a changé d'avis ?

Parmi nos points forts figuraient en avril les "progrès dans la fusion de l’université". C’est-à-dire un satisfecit porté sur le critère "gouvernance et structuration à quatre et dix ans", noté A. Nous n’avons pas touché à cette question, en poursuivant notre chemin, conformément au calendrier fixé, voire plus vite que prévu.

Pourtant, lors de l’audition, le jury nous a fait savoir que finalement, le 1er janvier 2018 pour la fusion, c’était trop tard ! Pourquoi ce changement... Mystère et boule de gomme !

Même chose quant au potentiel scientifique. Sur ce critère, qui concerne la qualité et la crédibilité de l’ambition scientifique, nous avons obtenu un A. Nous avons donc pensé que nous avions réussi à convaincre de notre potentiel, de notre ambition et des moyens pour y parvenir. Eh bien, non  ! C’est désormais devenu un point faible, d'après l’explication du ministère.

Quand on voit qu’au-dessus d'une ligne qui va de Bordeaux à Strasbourg, en passant par Paris, aucun label n'est jamais attribué aux universités...

Dans une compétition comme l'Initiative d'excellence, il y a forcément des déceptions...

Je suis le porteur d’un projet qui a mobilisé un dynamisme, une passion inouïe dans la région. Tout le monde s’est mis derrière ce drapeau : l’enseignement supérieur, la recherche, les collectivités, les entreprises… La déception est à la hauteur des attentes.

Je veux des arguments et des explications pour tous ceux qui ont travaillé d’arrache-pied à ce projet. Que l'on nous explique pourquoi nous ne sommes pas au niveau.

Nous sommes une grande région française, qui s’est transformée, avec des gens innovants. On est tout sauf les derniers de la classe ! Quand on voit qu’au-dessus d'une ligne qui va de Bordeaux à Strasbourg, en passant par Paris, aucun label n'est jamais attribué aux universités... Si c’est cela, le regard porté par l'État sur l’excellence, ce n’est pas le mien.

Notre ras-le-bol est de plus en plus fort. On est, encore une fois, dans la short-list, pour être écartés à la fin. Avec le sentiment que ce ne sont jamais les braves Lillois qui gagnent. Mais maintenant, les braves Lillois veulent savoir pourquoi une force en avril est jugée comme une faiblesse en janvier. Pourquoi nous a-t-on encouragés à poursuivre en Idex en avril, si notre dossier n’était pas bon ?

Comptez-vous poursuivre dans la compétition de l’Initiative d’excellence ?

J’ai rendez-vous au Commissariat général à l’investissement jeudi 28 janvier, nous aviserons ensuite. Il y a trois possibilités. Soit notre dossier est nul, nous n'avons pas le niveau, nous n'y arriverons jamais. Très bien, les choses sont claires. J'attends les arguments. Heureusement, cela n’arrêtera pas le mouvement enclenché dans la région.

Deuxième possibilité : il y a eu une erreur et l'on nous ajoute dans la liste des lauréats immédiatement.

Dernière option : notre projet n'est pas mal, mais peut-être un peu moins bien que les autres... Tout en reconnaissant les effets d'entraînement et la dynamique en cours. Dans ce cas-là, maintenant, ça suffit : que l'on nous accompagne financièrement ! Comme Lyon ou Hésam il y a quatre ans.

Cet argent sur lequel le jury a le pouvoir, c’est l’argent du contribuable. Et c’est la carte de l’enseignement supérieur et de la recherche des cinquante prochaines années qui est en jeu. L’État doit assumer des choix volontaires. Notre projet est réalisable, il tient la route, il faut nous laisser notre chance.


Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (7)

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ab1032.

"J’attends que l'on m’explique" : le 'je' est sujet autoritaire passif quand le 'on' est indéterminé. A mon sens, cette verbatim illustre magnifiquement bien l'attitude de ces fonctionnaires de l'enseignement supérieur gavés de privilèges, déconnectés des réalités et à qui tout semble désormais dû tels des enfants trop gâtés. A telle enseigne que celui-ci semble personnellement outragé par un simple refus circonstancié et certainement justifié. Imaginez un peu l'ambiance des réunions ! Avec un peu d'efforts, la compréhension des raisons de l'Etat est largement à la portée de ce Président, mais peut-être est-ce désormais trop demander ?? :p

PHILIPPE.

A l'attention du modérateur, il serait heureux que sans s'identifier chaque intervenant indique son origine géographique. On comprendra mieux les propos de chacun et leur pertinence. Il s'agit comme indiqué dans le dernier paragraphe de l'argent du contribuable et des questions autre que "purement excellence" doivent être prise en compte. Le gouvernement a choisi de se ranger derrière l'avis d'experts plutôt de devoir prendre des décisions politiques, c'est sans doute plus facile que d'avoir une politique volontariste visant à rééquilibrer des dérives récurrentes...c'est toute la différence entre équité et égalité !!!

EducPros.

Bonjour à tous, et merci d'être aussi nombreux à participer à cette conversation qui permet de faire vivre le débat. En revanche, les insultes ou le manque de respect n'y ont pas leur place. Certains commentaires ont donc été supprimés. Merci de votre compréhension. Bien cordialement.

Eyraud.

Pourquoi attendre aussi longtemps de fusionner. On a perdu trop de temps sur cet aspect. A l'international cette division en "polyfacultés" et la non constitution d'une université comportant toutes les disciplines est incompréhensible !

Gilles.

"On est tout sauf les derniers de la classe ! " Cette phrase résume à elle seule la fuite en avant lamentable qu'ont acceptée les Universitaires, dans une course à l'échalote aussi pitoyable qu'humiliante. A vouloir jouer constamment aux "premiers de la classe" (belle mentalité!...), on sait à quoi on s'expose... Inutile de venir pleurer...

Photine.

Ah bon, quand on est un établissement d'enseignement, ne pas vouloir être les derniers de la classe, c'est lamentable. Belle mentalité.

Gilles.

Justement : puisqu’on est un établissement d’enseignement – qui plus est supérieur – il n’est pas interdit de s’interroger sur la rhétorique et la logique infernales de cette machine à broyer qui repose sur le syndrome de Narcisse et le chacun pour soi Dieu pour tous. Les Universitaires ont beau jeu d’afficher mépris et condescendance à l’égard du nombrilisme et du m’as-tu-vuisme des Nabilla ou des Kardashian quand au fond ils obéissent aux mêmes ressorts et aux mêmes réflexes pavloviens. … Au moins ces dernières affichent des gains à faire pâlir les premiers... Par ailleurs, les textes de recommandations des dossiers IDEX usent et abusent jusqu’à la nausée des notions de « visibilité internationale », de « qualité » et d’« assurance qualité », quand à aucun moment ils ne disent mot de la sélection des étudiants. Or si on veut s’amuser à ce jeu-là, il faudrait peut-être avoir la décence et l’honnêteté de dire aux étudiants que la recherche de « l’excellence » et la mission d’insertion commandent impérativement que les Universités ne retiennent que les meilleurs d’entre eux : impose-t-on à des grands cuisiniers-chefs une « matière première » qu’ils n’auraient pas choisie et dont personne ne voudrait ? C’est exactement la situation dans laquelle se trouvent les Universités françaises en l’absence de sélection, ce qui au passage en dit long sur la rigueur méthodologique qui consiste à les comparer aux Harvard et autres Stanford. Quel scientifique de renommée mondiale – puisqu’il ne faut prendre que les meilleurs – serait assez fou pour aller faire de la « remédiation » en L1 dans une Université française, fût-elle lauréate d’une IDEFI ? Enfin, il est assez cocasse de voir dans les dossiers IDEX l’insistance sur la « justification des coûts » des divers projets, quand dans le même temps personne ne s’interroge sur le coût, pour les finances publiques, de l’absence de sélection et du temps perdu en rédaction, expertise, programmation, contrôle, évaluation de ces IDEX

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