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"Nous défendons une sélection sur critères pédagogiques à l'université"

Isabelle Dautresme
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Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (7)
Université Paul Valéry Montpellier 3 - ©C.Stromboni - avril 2014 (7) // ©  C.Stromboni

Une sélection plus active à l’université, des enseignants du secondaire dans l’enseignement supérieur, un renforcement des dispositifs d’aide à la réussite… À l’occasion du Congrès national de la CDUL, les 27 et 28 mars 2015, Phillipe Saltel, son président, revient sur les conditions d’une meilleure réussite des étudiants en licence.


Philippe Saltel - CDUL"Quels étudiants pour l’université ?" Pourquoi avoir choisi ce thème pour le congrès de la CDUL [Conférence des doyens et directeurs d’UFR de lettres, langues, arts, sciences humaines et sociales] cette année ?

Les étudiants ont changé suite à la massification de l’enseignement supérieur. Ils sont moins bien préparés qu’avant à la poursuite d’études à l’université. Beaucoup ne maîtrisent pas les outils indispensables à la recherche intellectuelle. Leurs capacités de lecture critique, d’écriture ou de construction de propos argumentés sont plus fragiles.

Nous avons donc besoin de connaître plus précisément ces nouveaux étudiants pour faciliter leur parcours universitaire.

Comment mener ces nouveaux étudiants à la réussite ?

Ce qui est certain, c’est que les jeunes qui entrent à l’université aujourd’hui ont davantage besoin d’être encadrés. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut préserver, le plus souvent possible, des petites structures d’enseignement, à l’instar de ce qui existe dans les classes préparatoires aux grandes écoles ou dans les filières courtes de l’enseignement supérieur. Quitte à ce que ces structures fassent partie d’autres, plus grandes.

Dans le même esprit, il est souhaitable que les groupes de TD soient conservés à l’identique dans toutes les disciplines, de façon à maintenir un effet classe. Chaque étudiant pourrait avoir, en outre, un enseignant référent, l’équivalent du professeur principal au lycée.

Nous sommes également très favorables à des unités d’enseignement de culture générale ainsi que d’initiation à la recherche documentaire pour tous les étudiants de L1. De nombreuses universités ont déjà mis en place ces dispositifs, il faut désormais les généraliser.

Il ne s’agit pas d’interdire une filière à un étudiant, mais de distinguer l’accès de droit et un accès sur dossier

Les présidents d'université préconisent l'instauration d'une sélection à l'entrée de l'université, via des prérequis. Est-ce l'une des solutions d'après vous ?

Nous sommes favorables au maintien du bac comme premier diplôme universitaire. Le problème, c’est qu’aujourd’hui il ne sanctionne pas suffisamment les capacités d’autonomie des élèves ni les compétences pourtant indispensables à la réussite à l’université. Les élèves peuvent avoir leur bac avec des notes faibles dans les matières principales de leur série grâce aux compensations entre les disciplines ou aux options. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons que le livret scolaire ait un poids plus important dans l’attribution du diplôme.

Parallèlement, les bacs se sont multipliés et ils ne préparent pas tous à la poursuite d’études à l’université, dans n’importe quelle filière. La mise en place d’une admission sur critères pédagogiques pour les étudiants est intéressante.

Elle se ferait après étude du dossier du bachelier et de sa motivation. Il ne s’agit pas d’interdire une filière à un étudiant, mais de distinguer l’accès de droit et un accès sur dossier pour ceux qui souhaitent s’inscrire dans une filière universitaire qui ne correspond pas à ce à quoi ils ont été préparés au lycée.

À l’issue de l’étude du dossier, l’université peut refuser un étudiant ou passer un contrat pédagogique avec lui. L’idée est de guider l’orientation, de la rendre plus active. Accepter des étudiants dont nous sommes sûrs qu’ils vont être en échec a un coût.

Les effectifs en ALLSHS [arts, lettres, langues et sciences humaines] diminuent ces dernières années. Comment lutter contre cette tendance ?

L’université ne jouit pas nécessairement d’une très bonne image auprès des lycéens, de leurs parents et parfois des enseignants du secondaire. Nous devons donc agir pour lutter contre les représentations imaginaires que beaucoup ont de l’université. Pour cela, il faut la leur faire connaître. De nombreuses UFR [Unités de formation et de recherche] accueillent déjà des lycéens, et des universitaires vont régulièrement dans les lycées pour leur présenter les études et les débouchés en ALLSHS.

L’université doit aussi faire une place plus grande aux enseignants du secondaire, notamment à ceux qui font de la recherche. Cela pourrait se faire sous la forme de services partagés, de détachements temporaires.... Ils sont nombreux à le souhaiter. Cela permettrait, en outre, d’assurer la formation continue de ces enseignants tout en leur offrant une perspective de carrière. Pas question pour autant de secondariser le supérieur.

Il est inutile de renforcer le caractère généraliste de la première année de licence

Pensez-vous qu’une première année de licence plus généraliste permette de lutter contre l’échec ?

La spécialisation progressive en licence est réelle et existe depuis longtemps. En atteste le référentiel de compétences commun aux étudiants de première année, qui comprend de la méthodologie, de l’informatique, des langues vivantes…

Il est inutile de renforcer le caractère généraliste de la première année de licence. Il faut se méfier de l’idée selon laquelle la pluridisciplinarité permettrait à des étudiants fragiles de réussir. En réalité, c’est l’inverse. Les formations généralistes sont extrêmement exigeantes en termes de compétences. Et ce sont les meilleurs élèves qui choisissent ces parcours pluridisciplinaires, comme les CPGE ou encore les doubles licences.

Au final, peu importe ce que le jeune étudie, ce qui est important en revanche, c’est qu’il aille loin. Autrement dit, quelle que soit la discipline, une étude approfondie donne des compétences transférables dans d’autres champs.


Isabelle Dautresme | Publié le

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