Raphaël Gaillard (auteur du rapport sur l’évolution du statut hospitalo-universitaire) : « L’idée est de donner plus de postes aux jeunes médecins »

Propos recueillis par Virginie Bertereau
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Raphael Gaillard
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Le 3 mai 2011, Valérie Pécresse a reçu des mains de Raphaël Gaillard, psychiatre à l’hôpital Saint-Anne à Paris et maître de conférences à Paris Descartes, un rapport destiné à dynamiser les carrières hospitalo-universitaires et attirer les jeunes générations vers elles. Aujourd’hui, ces médecins à la triple compétence (soins, enseignement, recherche), à cheval entre l’hôpital et l’université, ne représentent en effet que 4 % des 216 450 médecins français. Raphaël Gaillard revient sur la mission qui lui a été confiée, en juillet 2010, et détaille ses préconisations. Des idées que la ministre a jugées « extraordinairement intéressantes ». 

Pourquoi la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche vous a confié une mission sur l’évolution des carrières hospitalo-universitaires ?
Cette mission s’inscrit dans un contexte de grand bouleversement pour l’université, entre la loi sur l’autonomie, la loi sur la recherche, le Grand emprunt… Dans ce contexte d’accélération, il n’était pas évident de définir le devenir des hospitalo-universitaires, au statut particulier. Nous avons donc mené une réflexion sur leur carrière et la façon de favoriser leur formation du début de leurs études à l’obtention du statut de professeur. L’enjeu est d’autant plus important que la compétition internationale entre les universités est forte.

Quelles sont vos préconisations ?
Il faut d’abord maintenir la triple compétence soins/enseignement/recherche. Un atout en France, que n'ont pas d'autre pays comme le Royaume Uni : Cambridge par exemple a une excellente université mais un système de soin moins performant. De même, il faut conserver le statut de chef de clinique [le clinicat, d’une durée de 2 à 4/5 ans, fait suite à l’internat, NDLR], qui est à l’interface de tout. Si on le supprime, on comptera plus de généraux que de soldats. D’ores et déjà, on recense aujourd’hui 1600 maîtres de conférences pour 4000 professeurs. Une pyramide inversée par rapport aux autres disciplines. Nous proposons donc de créer un statut intermédiaire, temporaire (5 ans) avec un contrat d’objectifs et de moyens : le professeur assistant. Ses fonctions seraient à définir. Mais on peut, par exemple, imaginer qu’un individu prometteur pour la recherche [la période de production scientifique la plus intense se situe entre 25 et 45 ans, NDLR] pourrait être déchargé de ses obligations de soins pendant cinq ans. Moins bien payé qu’un professeur, il serait toutefois nommé plus tôt. L’idée est de donner plus de postes aux jeunes médecins. Je reconnais que nous avons fait un peu de jeunisme dans cette mission.   

Vous proposez également de toucher à la première année des études de santé ?
Sur le volet formation, nous sommes partis du constat qu’il est impossible d’être chercheur sans background scientifique. Il faut donc favoriser la formation scientifique des médecins, sans sacrifier leur formation médicale. Cela signifie un enrichissement des études mais aussi un recrutement plus diversifié des étudiants. Pourquoi ne pas instaurer un cursus initial commun entre différentes filières dans les universités autonomes ? Par exemple, on pourrait avoir une année commune entre droit et santé. Cela se fait aux Etats-Unis, avec le College. Il faudrait réserver une partie du numerus clausus aux admissions parallèles. Enfin, il faudrait permettre de faire de la recherche tout au long des études de médecine.

Le troisième volet du rapport concerne l’évaluation des médecins.
Le CNU (Conseil national des universités) joue un rôle important en santé et devrait être rénové. D’autre part, il faut aligner les outils de bibliométrie sur les standards internationaux, et privilégier la qualité sur la quantité.



Propos recueillis par Virginie Bertereau | Publié le

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