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Quand l’égalitarisme en matière d’accès aux études supérieures signe la mort des universités


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Amphi de l'Upec
Supprimer la sélection conduira des responsables de master à jeter l'éponge, alerte Thomas Barnay. // ©  Marie-Anne Nourry
Sur "The Conversation France", Thomas Barnay, professeur en sciences économiques à l'université Paris-Est-Créteil, s'inquiète de l'objectif "assumé de suppression de la sélection" à l'entrée en master. Ce qui, selon lui, pourrait induire des dérives et conduire "les étudiants les plus pauvres et les plus méritants à ne plus avoir le droit à l'excellence."

Le débat autour de la sélection en master s'est réveillé depuis que le Conseil d'État du 10 février 2016 a jugé la sélection explicitement illégale. Depuis, le ministère défend une position égalitariste et ouvertement opposée à toute sélection jugée "rétrograde". Le premier acte de la confrontation entre le ministère et les universités a tourné à l'avantage des secondes. En mai 2016, les universités ont pu obtenir le droit de sélectionner pour 1.300 mentions de master, soit plus de 40 % des mentions existantes (décret n° 2016-672 du 25 mai 2016 relatif au diplôme national de master).

Depuis décembre 2016 (loi n° 2016-1828 du 23 décembre 2016 portant adaptation du deuxième cycle de l'enseignement supérieur français au système licence, master, doctorat), la sélection a été supprimée entre la première et la seconde année de master (ce qui s'inscrit logiquement dans la réforme LMD, licence, master, doctorat).

Par ailleurs, désormais, tout étudiant titulaire d'une licence disposera, de jure, d'un accès à une première année de master selon des modalités particulièrement discutables (en dernier ressort, le recteur d'académie sera dans l'obligation de faire trois autres propositions de masters, si le premier choix n'a pas été satisfait). Cette dernière décision vise à augmenter le nombre d'étudiants accédant au niveau master (en facilitant aussi le partage d'informations via le site trouvermonmaster.gouv.fr) et finalement à contourner la sélection.

Cet objectif assumé de suppression de la sélection est dangereux pour nos universités et l'avenir des étudiants en termes de qualité de la formation mais aussi d'insertion professionnelle ; il conduirait à plusieurs dérives qu'il convient de décrypter et de dénoncer.

Refuser aux plus pauvres l'accès à l'excellence ?

Sélection en master et droits d'inscription faibles sont les garants de l'excellence de notre université et de l'accès au plus grand nombre à des formations supérieures qualifiantes et reconnues, tout en assurant la mixité sociale. Ils permettent d'associer efficacité et justice sociale.

La dévalorisation des formations universitaires, à travers une potentielle interdiction de toute sélection, suppose implicitement que les étudiants les plus pauvres et les plus méritants n'auront plus le droit à l'excellence. Elle renforcerait, en outre, l'avantage concurrentiel des établissements privés.

Cette dévalorisation n'augmentera pas le taux d'insertion sur le marché du travail. Pire, elle conduira à une précarisation d'étudiants de niveau bac + 5, les entreprises n'étant pas dupes, et à une représentation plus forte des étudiants issus de groupes sociaux les plus défavorisés dans les masters de nos universités dont le niveau diminuera ; les étudiants les plus fortunés se tournant davantage vers des formations payantes et sélectives.

Cette dévalorisation conduira à une précarisation d'étudiants de niveau bac + 5, les entreprises n'étant pas dupes, et à une représentation plus forte des étudiants issus de groupes sociaux les plus défavorisés dans les masters.

L'université s'est pourtant remise en question de façon extraordinaire en une décennie. La sélection à l'université n'est pas dogmatique. Elle vise à assurer une meilleure adéquation entre l'offre et de la demande de travail et à améliorer in fine les taux d'insertion sur le marché du travail.

L'absence totale de sélection signerait la mort de l'université. Postuler que 100 % des étudiants licenciés peuvent accéder à un master s'apparente au mieux à une tartuferie, au pire à un mépris et une méconnaissance des formations, des enseignants-chercheurs de masters et des prérequis pour accéder au marché du travail à ce niveau de compétences. Nous ne pouvons pas défendre notre mission de service public, à laquelle nous sommes tant attachés, si elle ne s'appuie pas sur la reconnaissance de critères d'excellence, en master a fortiori.

De nombreux masters offerts à l'université en économie et en gestion concurrencent aujourd'hui les plus hautes formations dispensées en écoles de commerce, c'est particulièrement le cas à l'université Paris-Est Créteil.

La qualité de nos formations de masters repose souvent sur la combinaison d'ingrédients simples mais fragiles : la sélection à l'entrée du master 2 (ou en master 1 pour certaines formations), des groupes à taille humaine, des équipes pédagogiques bicéphales (universitaires et professionnels), des relations de confiance nouées avec les entreprises qui accueillent en stage ou en apprentissage des étudiants dont ils savent qu'ils ont été sélectionnés et formés et surtout l'implication de collègues, souvent maîtres de conférences, qui ont accepté de sacrifier, de façon quasi bénévole, leur carrière de chercheur. Supprimer la sélection conduira des responsables de master à jeter l'éponge.

L'insertion professionnelle à bac + 5 s'est améliorée avec la refonte des formations, l'intervention de professionnels, l'apprentissage et les stages longs, sans rogner sur les compétences académiques.

En sciences humaines et sociales, les DESS et surtout les DEA fondés sur des enseignements théoriques préparant, sans le dire, davantage à un doctorat qu'à une insertion professionnelle, ont fait long feu. L'insertion professionnelle à bac + 5 s'est améliorée avec la refonte des formations, l'intervention de professionnels issus du monde de l'entreprise, l'apprentissage et les stages longs de master, sans rogner sur les compétences académiques.

Les universitaires ont évolué. Beaucoup de nos dirigeants n'ont pas eu la chance de suivre des formations universitaires et sortent des mêmes écoles sélectives. Ils ignorent, pour beaucoup d'entre eux, tout de nos formations. La sélection en master associée à la faiblesse des droits d'inscription est la garantie que nous pouvons offrir l'excellence aux étudiants issus des groupes sociaux les plus défavorisés, et aux autres naturellement.

Suppression de la sélection et développement des Masters en alternance : une impasse ?

Si l'alternance se concentre à l'université à plus de 50 % à un niveau bac + 2 (type BTS ou DUT), elle se développe de plus en plus à un niveau égal ou supérieur à bac + 3. Le nombre d'apprentis de master a bondi de 3.000 en 2005 à 13.800 en 2014 (71.000 en bac + 2). Lorsqu'un contrat d'apprentissage tripartite est signé l'année de master 2, l'accès est conditionné à l'octroi dudit contrat. Dans tous les cas, l'entreprise sélectionne, par conséquent, l'étudiant.

Tous les masters en alternance sont et, vraisemblablement, resteront donc sélectifs. Cette mesure de droit à la poursuite d'études pour les étudiants diplômés de licence pourrait donc inciter les établissements à accroître le nombre de masters en alternance au détriment des masters en formation initiale afin de sanctuariser la sélection en master mais aussi de dégager des ressources propres et d'améliorer l'insertion professionnelle des étudiants.

Néanmoins, cette potentielle transition s'effectuera :

au détriment des étudiants qui, validant un master 1, se verraient refuser l'accès à un master 2 s'ils n'ont pas de contrat. La généralisation de contrats sur les deux années de masters pourrait alors répondre à cette difficulté (comme c'est le cas dans certains masters proposés par les Instituts d'administration des entreprises, par exemple). Dans une logique de cycles, on peut difficilement alors supposer que la validation d'une licence 3 constituerait le sésame exclusif pour l'accès au master.

au détriment des responsables de masters qui seront contraints de mettre en place des formations en alternance (puisqu'ils sont attachés à la sélection) dont la gestion extrêmement chronophage les éloignera inéluctablement de la recherche, supposée constituer 50 % de leur activité. Ces collègues, souvent maîtres de conférences, auront-ils alors la possibilité d'être promus professeurs des universités, sans dossier scientifique solide ?

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Backlash.

" désormais, tout étudiant titulaire d'une licence disposera, de jure, d'un accès à une première année de master selon des modalités particulièrement discutables " Il a accès de droit dans un master du même DOMAINE que sa licence (arrêté de janvier 2014 je crois); en sachant qu'il n'y a que 6 domaines. Derrière le système est plus sournois. La sélection se fait désormais au niveau M1. Mais les M1 sont plus "larges" que les M2 (ils n'ont pas de spécialité). On aura donc une "orientation" officieuse entre le M1 et le M2 toujours. Et c'est si l'étudiant est refusé à son admission en M2 qu'en dernier recours il pourra faire appel au recteur. Mais comme le ministère a "imposé" de garder une spécialité non sélective sur pratiquement toutes les mentions pour justement accueillir ces "recalés"; le recteur ne devrait pas intervenir beaucoup. Et en aucun cas c'est la fin de la sélection...