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Le ministère teste l'orientation de bacs pro en STS sur avis du conseil de classe

Erwin Canard  |  Publié le , mis à jour le

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L'Upec a mis en place des parcours différenciés pour s'adapter aux différents profils d'étudiants, notamment ceux issus de bacs pro.
La procédure d'orientation va être testée pendant trois ans dans cinq académies : Rennes, Dijon, Besançon, Lille et Amiens. // © Upec

Dès la rentrée 2017, cinq académies testeront, pendant trois ans, l'orientation des bacheliers professionnels en BTS, sur seul avis du conseil de classe de terminale. Si l’objectif est d'augmenter le nombre de bacs pro en section de technicien supérieur, la question de leur orientation dans les filières sous tension reste en suspens.

Favoriser la poursuite d'études des bacheliers professionnels vers le BTS (brevet de technicien supérieur), nouvel épisode. Après l'instauration, en 2016, de quotas dédiés aux bacs pro en STS (section de technicien supérieur), le ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur lance une nouvelle expérimentation. Le décret a été publié le 10 avril 2017.

Dans trois régions académiques (Bourgogne - Franche-Comté, Bretagne et Hauts-de-France), des bacheliers professionnels pourront être orientés en BTS sur seul avis du conseil de classe de terminale. Les élèves concernés bénéficieront de cette mesure dès la rentrée 2017.

L'expérimentation durera trois ans, avant une éventuelle extension au niveau national. "Aujourd'hui, où que les bacheliers professionnels soient dirigés – STS, IUT, marché du travail (l'université étant source d'échec pour une grande majorité d'entre eux) –, ils sont confrontés à une sélection. Nous créons donc un accès prioritaire, non sélectif, pour améliorer leur accès en BTS et donc à l'enseignement supérieur", détaille le ministère. L'idée? Passer d'un processus de sélection à un processus d'orientation.

UNE décision d'orientation "renversée"

Actuellement, une commission de sélection, portée par les équipes pédagogiques des établissements proposant des bacs pro STS, sélectionne les élèves. L'expérimentation, qui amène l'établissement d'origine à décider en lieu et place de l'établissement d'accueil, "renverse" donc la décision d'orientation, selon Philippe Vincent, secrétaire général adjoint du SNPDEN, principal syndicat des personnels de direction. "Sur le fond, c'est une bonne idée : le conseil de classe est l'endroit le plus éclairé et le plus à même de conseiller l'élève en matière d'orientation, puisque les enseignants le connaissent depuis plusieurs années", indique-t-il.

En revanche, pour Jérôme Dammerey, cosecrétaire général du SNUEP-FSU, syndicat d'enseignants de la voie professionnelle, "renvoyer la seule responsabilité au conseil de classe n'est pas forcément la bonne solution : les enseignants connaissent leurs élèves mais pas forcément tous les BTS ni les capacités d'accueil de chaque spécialité. Nous étions davantage favorables à une commission mixte, rassemblant des enseignants du secondaire et de BTS."

Nous étions davantage favorables à une commission mixte, rassemblant des enseignants du secondaire et de BTS.
(J. Dammerey) 

Concrètement, le lycéen formule ses vœux d'orientation postbac. Le conseil de classe du deuxième trimestre ou du premier semestre de l'année de terminale émet un avis pour chacun de ses vœux, sous réserve de l'obtention du bac. Il peut donc valider l'orientation dans une spécialité de BTS mais en invalider une autre. En résumé, la procédure est parallèle au mécanisme classique : les lycéens rentrent toujours leurs vœux dans APB mais c’est la décision d’orientation (favorable) qui vaut accord pour entrer en BTS.

La question des filières sous tensions pas réglée

L'objectif de l'expérimentation ? À un avis positif du conseil de classe doit correspondre une place assurée dans le BTS demandé par l'élève. "Le dispositif peut être intéressant pour améliorer la poursuite d'études dans le supérieur. Mais, même si on change les règles d'affectation, le problème de la place des bacheliers professionnels en BTS demeure", assure Jérôme Dammerey.

En effet, l'expérimentation ne semble pas régler la question des spécialités de BTS sous tension, même si 500 nouvelles formations professionnelles ouvrent à la rentrée prochaine. Pour les spécialités pour lesquelles les places manquent, malgré un avis favorable du conseil de classe, l'élève n'aurait pas forcément de place assurée.

"Le texte prévoit que si un futur bachelier n'a pas de place, il bénéficie de la mesure l'année suivante ou bien une place lui est trouvée dans une autre ville. Cela veut bien dire que l'on envisage qu'il n'ait pas de place", argumente le responsable SNUEP-FSU. Par ailleurs, le texte détaille que, dans ce cas, chaque recteur d'académie définit les critères de sélection (dossier du candidat, rang du vœu…).

En phase avec les besoins économiques

Pour l'heure, la procédure reste vague et a même, cette année, pris du retard. La plupart des conseils de classe du deuxième trimestre ont déjà eu lieu. Or, "Nous n'avons pas reçu la circulaire qui cadre le dispositif. Les textes ne sont pas encore arrivés dans les établissements et nous ne savons pas comment ils seront déclinés dans les académies", souligne Philippe Vincent.

Les textes ne sont pas encore arrivés dans les établissements et nous ne savons pas comment ils seront déclinés dans les académies.
(P. Vincent)

Plus globalement, le proviseur est perplexe sur l'expérimentation : "Je ne suis pas sûr que ce dispositif soit un progrès par rapport à ce qui avait déjà été mis en place (quotas, places réservées…). Je ne vois pas comment il pourra rapprocher les demandes des jeunes et le nombre de places."

Au ministère, on précise, comme l'a annoncé la ministre, que 10.000 places de BTS seront créées d'ici 2021, au rythme de 2.000 par an, "pour que les souhaits des bacheliers soient respectés au mieux." Tout en restant en phase, toutefois, avec le marché du travail et les besoins économiques. 

Mais Jérôme Dammerey s'inquiète : "Nous craignons qu'il y ait plus de places créées dans les académies où se tient l'expérimentation. Ce qui la fausserait, dans l'optique d'une éventuelle généralisation dans trois ans." Un bilan de l'expérimentation sera fait chaque année.

Erwin Canard  |  Publié le , mis à jour le

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