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Mooc : Coursera à la croisée des chemins

Jessica Gourdon
Publié le
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Daphné Koller, présidente de Coursera - octobre 2014
Si Daphne Koller reste coprésidente du conseil d'administration de Coursera, elle a quitté ses fonctions exécutives pour rejoindre une entreprise de Google. // ©  Sylvie Lecherbonnier
Entre le monde des universités et celui des entreprises, la plate-forme de Mooc Coursera cherche sa voie dans un paysage de plus en plus concurrentiel. Le point en amont de la Learning Expedition EducPros dans la Silicon Valley début novembre 2016.

Quatre ans après ses débuts, Coursera s'affirme comme un poids lourd du monde des Mooc. Son bilan est, par beaucoup d'aspects, flatteur : la plate-forme héberge plus de 1.400 Mooc, compte 145 universités partenaires (10 en France), dont certaines très prestigieuses, comme Yale, Duke, Princeton ou Brown.

Au total, 21 millions de personnes se sont enregistrées sur Coursera, dont 44 % dans des pays en voie de développement. Une croissance très rapide, financée par plusieurs levées de fonds, pour un total de 146 millions de dollars. De quoi permettre à l'entreprise d'employer 200 personnes à Mountain View, au cœur de la Silicon Valley.

Mais alors que la cofondatrice, Daphne Koller, vient de quitter le navire pour rejoindre Calico, une entreprise Alphabet [Google], tout en restant coprésidente du conseil d'administration, l'entreprise cherche encore le chemin de la rentabilité.

une tarification "freemium"

La stratégie de Coursera passe d'abord par le développement de son offre. La plate-forme a migré vers un nouveau site en juillet 2016, lui permettant d'ouvrir des sessions de cours beaucoup plus régulièrement. Elle vient de lancer 45 nouveaux Mooc, et continue de développer ses partenariats avec les universités.

Elle affûte aussi son modèle de tarification "freemium", à la fois pour dégager des revenus et engager les élèves : Coursera affirme que 60 % des étudiants qui ont payé pour un cours le terminent. Aujourd'hui, le visionnage des cours reste gratuit, à quelques exceptions près. Soumettre des travaux reste payant pour tous les cours : une manière d'inciter les élèves à acheter des "certificats" (qui valident le suivi d'un cours), voire d'obtenir des "spécialisations" (ensemble de cours).

Coursera a un credo : la possibilité de tester avant d'acheter. "L'idée, c'est de rendre l'éducation plus accessible, en permettant aux étudiants de tester un cours avant de s'engager financièrement. Nous voulons créer un continuum d'expériences éducatives, des crédits à la spécialisation jusqu'au diplôme", indique Julia Stiglitz, vice-présidente de Coursera.

Nous voulons créer un continuum d'expériences éducatives, des crédits à la spécialisation jusqu'au diplôme.
(J. Stiglitz)

Les certificats : un business rentable ?

Cette politique est-elle efficace ? Difficile de savoir. Coursera ne communique pas sur le nombre de personnes ayant payé pour obtenir un certificat ou une spécialisation. L'entreprise préfère mettre en avant la valeur que les étudiants tirent des Mooc, et qui les conduira, de plus en plus nombreux, espère-t-elle, à accepter de mettre la main au porte-monnaie.

Selon une étude réalisée en partenariat avec Coursera et publiée dans la Harvard Business Review, 87 % des élèves ayant terminé un Mooc ont estimé que celui-ci avait eu des "effets bénéfiques" sur leur carrière, et 33 % de façon "tangible" (nouveau travail, promotion etc.). "Finalement, ce sont les employeurs qui sont responsables de la valeur donnée à ces certificats. Et nous y croyons, car il y a un besoin, chez les entreprises, de signaux indiquant que telle personne maîtrise telle compétence. Cette tendance ne va pas s'arrêter", affirme Julia Stigliz.

Un nouveau marché : la formation continue

Mais pour Ryan Craig, directeur d'University Ventures, un fonds investissant dans les EdTech, le problème principal, c'est que trop peu d'élèves sont prêts à payer pour un certificat de Mooc, alors que la grande majorité des entreprises ne reconnaissent pas encore leur valeur."Cela prendra des années", estime-t-il.

"La force numéro un de Coursera, ce sont les marques prestigieuses de ses universités partenaires. Mais sa faiblesse numéro un, c'est son manque de lien avec les entreprises. Son défi est de développer des programmes en lien direct avec les besoins des recruteurs, de tisser des liens avec des représentants de branches, afin que ces certificats soient vraiment un signal qui réduise le risque lié à une embauche. C'est d'ailleurs la stratégie d'Udacity, qui définit le contenu de ses 'nanodegrees' directement avec les employeurs, et dont le modèle semble bien marcher", détaille-t-il.

La force numéro un de Coursera, ce sont les marques prestigieuses de ses universités partenaires. Mais sa faiblesse numéro un, c'est son manque de lien avec les entreprises.
(R. Craig)

C'est notamment pour se rapprocher des employeurs que, depuis le mois de septembre, Coursera s'attaque à un nouveau marché : la formation continue en entreprise. "Nous avons remarqué que beaucoup de nos inscrits s'enregistraient avec des emails professionnels. La cible entreprise est déjà là", pointe Julia Stigliz. L'idée est donc de structurer cette offre : pour le lancement, Coursera a déjà pu annoncer quelques gros clients, comme L'Oréal ou le Boston Consulting Group.

la tentation du diplôme

Mais Coursera n'en délaisse pas pour autant l'académique et réfléchit à l'attribution de diplômes universitaires – sésame qui reste la référence première pour les recruteurs. Coursera commence à avancer dans cette direction avec l'université d'Illinois à Urbana-Champaign, pour deux diplômes : un MBA (constitué de plusieurs Mooc, et tarifé à 22.000 dollars), et, depuis cette année, un master en data science.

Aucune autre université n'a souhaité s'engager dans cette voie avec Coursera. Beaucoup ont, en effet, des marques assez fortes pour proposer des diplômes en ligne seules, sans avoir à partager leurs revenus avec la plate-forme. Reste que du point de vue de la reconnaissance universitaire des Mooc, EdX va plus vite.

Après une première expérience réussie, la plate-forme créée par Harvard et le MIT a annoncé en septembre le lancement de 18 "micromasters", constitués d'un semestre de cours en Moocs et, sous réserve de validation de ceux-ci, d'un semestre sur le campus des universités partenaires. Le tout afin d'obtenir un vrai diplôme de master, à prix inférieur. La voie à suivre pour la plate-forme de Mountain View ?

Learning Expedition San Francisco/Silicon Valley, du 6 au 11 novembre 2016
En plein Election Day et trois ans après son premier voyage, EducPros repart au cœur de la Silicon Valley pour une nouvelle Learning Expedition, organisée en partenariat avec Prime, agence régionale de développement Paris Île-de-France, la Cdefi, la CPU et la FNEGE.

Du 6 au 11 novembre 2016,une délégation de professionnels de l'enseignement supérieur partira à la découverte de l'écosystème californien.

Au programme : visite de Stanford (D.school, center for entrepreneurship), de Berkeley (executive education, innovation center), de Google, de la Gates Foundation et d'entreprises EdTech emblématiques.


Jessica Gourdon | Publié le

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Jean-Paul Dailly.

Merci, Thomas, pour cet intéressant article. Je suis d'accord avec Jacques Rodet: s'il faut une education générale, il faut la completer par des cours conçus pour répondre à l'offre..

Jacques RODET.

Quelques remarques 21 millions pour 1400 moocs, cela fait une moyenne de 15 000 inscrits par mooc, ce n’est pas négligeable mais pas si massif que cela. « 60 % des étudiants qui ont payé pour un cours le terminent » C’est mieux que les 5 à 10% habituels mais la vraie question est la suivante : pourquoi 40% des personnes qui ont payé un cours l’abandonnent ? Un tel taux d’abandon dans n’importe quelle autre offre de formation condamnerait les organismes de formation qui l’enregistreraient. A noter que ces 40% sont bien proches des 45% d’échec en première année universitaire. La cible de la formation professionnelle n’est atteignable qu’en passant de la logique d’offre à celle de réponse à des besoins. C’est bien toute la différence entre les universités qui ne proposent que des offres et les organismes de formation et consultants qui conçoivent des formations en réponse à des besoins repérés et analysés.

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