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Raleigh : le rêve américain de Skema

Cécile Peltier
Publié le
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Le campus américain de Skema Business School à Raleigh en Caroline du Nord fête ses cinq ans.
Le campus américain de Skema Business School, au cœur du campus de North Carolina State University (NCSU), à Raleigh, fête ses cinq ans. // ©  Tom Fuldner Photograph
Skema est l'une des seules écoles de commerce à avoir fait ce choix : en 2011, elle a ouvert son propre campus aux États-Unis. Avec désormais près d'un millier d'étudiants, issus de 40 nationalités, l'école de commerce recueille les fruits de cette stratégie, mais doit encore transformer l'essai.

Créer de toutes pièces une école au cœur d'un site universitaire du Sud profond des États-Unis, pour y faire venir des étudiants français et étrangers. C'est le pari qu'a fait Skema Business School (Lille, Nice) il y a cinq ans, en posant ses valises sur le campus de North Carolina State University (NCSU), une université pluridisciplinaire de 35.000 étudiants, renommée pour son département d'ingénierie. 

Tandis que beaucoup d'écoles créaient des campus offshore pour former des étudiants locaux – l'Essec à Singapour, l'EM Lyon à Shanghai et Casablanca, TBS à Barcelone... – l'école de management a, elle, fondé sa stratégie multicampus sur la mobilité de ses propres étudiants. Cinq ans plus tard, elle est parvenue à faire de Raleigh "the place to be", pour des étudiants français et étrangers en quête d'une expérience américaine.

900 ÉTUDIANTS, 4.000 mètres carrés

Depuis 2011, le nombre d'étudiants accueillis chaque année pour un ou deux semestres est passé de 200 à plus de 900. Initialement réservé aux étudiants du programme grande école et du MSc Financial Market and Investments, le passage par Raleigh est désormais accessible aux élèves du Bachelor, de l'Esdhem et du MSc International Business.

Pour accompagner cette croissance, la location d'un troisième bâtiment de brique rouge à NCSU vient de porter la surface totale du campus à plus de 4.000 m2, soit deux fois plus qu'à ses débuts. Jacques Verville, ancien de l'université canadienne de Laval et fin connaisseur du système américain, dirige depuis 2013 une équipe de 10 permanents, dont la moitié d'enseignants-chercheurs.

En cinq ans, le nombre d'étudiants accueillis sur le campus américain de Skema, à  Raleigh, est passé de 200 à 900, et l'objectif est d'atteindre 1.500 d'ici à 2022.

UN avantage concurrentiel sur le diplôme

Les clés de ces débuts encourageants ? Un modèle juridique original et un certain avantage concurrentiel. Pour avoir les mains libres en matière de développement, Skema a fait le choix de monter son campus en propre, et non de s'adosser à une université locale, comme d'autres établissements français. Elle a créé une société de droit américain – Skema US – et sollicité la certification de l'État de Caroline du Nord. Résultat : elle est aujourd'hui la seule école de management française à pouvoir délivrer des diplômes américains et ses propres visas étudiants, sans l'appui d'une université locale.

"Nous avons bénéficié de ce qu'on appelle en stratégie 'la prime du premier arrivé', explique Alice Guilhon, directrice générale du groupe, avec une pointe de fierté. Aujourd'hui, les autorités américaines ont durci les règles, et il est devenu beaucoup plus compliqué de s'installer. Nous avons reçu la visite de plusieurs écoles françaises qui ont préféré jeter l'éponge..."

Un cursus à l'américaine

La promesse de Skema fait aussi mouche auprès des étudiants : des cours 100% en anglais aux États-Unis, où les places en échange universitaire sont rares et chères, à des tarifs français, et dans les conditions matérielles d'un campus à l'américaine, avec la possibilité de décrocher à l'issue du séjour un visa de travail d'un an ("optional practical training").

Y compris auprès des étudiants étrangers – chinois notamment –, cible de recrutement privilégiée pour Skema qui revendique une progression annuelle de 40% au niveau du groupe et plus de 40 nationalités représentées à Raleigh. Exemple avec Sissi, étudiante sino-italienne en quête d'une université américaine. "J'avais entendu parler de Skema par le classement du Financial Times. Lorsque je les ai rencontrés sur un salon et qu'ils m'ont parlé de leur partenariat avec Raleigh, je n'ai pas hésité", raconte la jeune fille, en deuxième année du programme grande école après une licence d'ingénierie à l'université Tor Vergata, à Rome.

Si la maison-mère est française, la majorité des professeurs et la pédagogie sont anglo-saxonnes. "Ici, c'est le système américain pur et dur, il y a 3 heures de cours et 15 heures de travail personnel, de recherches et de projets", confie Jennifer, étudiante en troisième année de bachelor in Global Management à Raleigh.

Objectif : toucher le marché des étudiants américains

Derrière ce succès en termes d'attractivité auprès des étudiants et de rayonnement, la question de la rentabilité d'un tel projet demeure. Ce développement a en effet eu un coût : Skema a déjà investi 15 millions d'euros en six ans. Si le campus est à l'équilibre depuis cette année,  il devrait contribuer vraiment au financement de Skema en 2017 : "Soit cinq ans pour assurer un retour sur investissement, ce qui est normal", explique Alice Guilhon, qui envisage plusieurs leviers pour développer Raleigh.

Tout d'abord, l'école compte attirer des étudiants "locaux" dans ses formations à Raleigh. Avec l'idée de les envoyer ensuite étudier sur ses autres campus étrangers (Brésil, Chine, France...). Pour cela, elle va devoir vaincre le manque d'intérêt des étudiants américains pour les échanges académiques. 

Afin d'y parvenir, elle a imaginé une stratégie en deux temps : le Global BBA, qui ouvrira à la rentrée 2017 comprendra deux première années à Raleigh, puis deux années à l'étranger. Pour faciliter le recrutement de ces étudiants locaux, l'école s'est aussi engagée dans un processus d'accréditation régional et fédéral, qui lui permettrait d'accueillir des boursiers du gouvernement américain. Exigeant, il ne devrait pas déboucher avant un ou deux ans.

A Raleigh, étudiants de Skema US bénéficient de toutes les infrastructures de North Carolina State University (NCSU).

Plus de mutualisations avec la NCSU

C'est également le renforcement des synergies avec la North Carolina State University qu'envisage Skema pour pérenniser son modèle. Deux doubles diplômes (le MSc Global Luxury Management et le bachelor in Global Management) ont jusqu'ici été développés, ainsi qu'uncours commun de finance. Mais le nombre d'étudiants à en profiter reste au final assez limité.

"Ces cours sont compliqués à monter, pour des raisons d'ingénierie pédagogique, reconnaît Michael Bustle, vice-chancelier de la NCSU pour les affaires internationales. Mais nous voulons les développer !"

Miser sur la FORMATION CONTINUE

Pour exploiter au maximum le potentiel économique et académique de Raleigh, la petite Frenchie veut aussi mieux capitaliser sur sa situation au cœur du Centennial Campus, le technopole de la NCSU, et sur la proximité du Research Triangle Park, afin de développer une activité de formation continue. Son créneau ? "L'entrepreneuriat, l'innovation ou l'économie de la connaissance."

Le recrutement de huit nouveaux enseignants-chercheurs prévu dans les deux prochaines années pour monter un laboratoire autour des questions d'innovation devrait permettre, lui, de signer des contrats de recherche appliquée, tandis qu'un incubateur est dans les cartons pour 2017.

Si ces plans fonctionnent comme prévu, le campus comptera 1.500 étudiants d'ici à cinq ans, sur 5.000 m2 au sein d'un nouveau bâtiment qui regrouperait toutes ses activités. À l'américaine, Skema US va faire appel à sa communauté d'alumnis et de partenaires à Raleigh pour l'aider à financer ces développements. Un bon test de sa notoriété sur place.

La Hunt Library, inaugurée en 2013 sur le campus de North Carolina State University (NCSU) a été élue récemment parmi les bibliothèques universitaires les plus innovantes.

Skema veut mettre le cap sur la Russie

Présente à Lille, Sophia-Antipolis et Paris, l'école de management poursuit sa stratégie d'implantation à l'international, inspirée de celle des "multinationales". Après Suzhou (2009), Raleigh (2011), Belo Horizonte (2015), la prochaine étape sera la Russie, prévoit l'établissement. Puis l'Afrique d'ici à cinq ans, et, à plus long terme, l'Inde et l'Australie. L'idée étant toujours d'ouvrir des campus "en propre" au cœur d'une technopole.

Cécile Peltier | Publié le

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