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Université : vers la fin du système de compensation des notes ?

Laura Taillandier  |  Publié le

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Université d'Auvergne-Clermont-Ferrand - Amphi de l'école de droit 2
Avec la réforme de l'entrée à l'université, le système de compensation est amené à être repensé. // © Service communication UdA

Conséquence du projet de loi sur l'entrée à l'université qui prévoit la mise en place de parcours modulaires, le système de compensation des notes à l'année est en sursis. Une "nouvelle formule" devrait être repensée dans le cadre du contrat de réussite pédagogique. Restent à savoir les modalités et le calendrier de mise en œuvre.

La fin de la compensation, effet collatéral de la réforme de l'entrée à l'université ? Si le sujet ne fait pas encore l'objet de discussions avec les organisations étudiantes et les syndicats, cette conséquence du Plan étudiants est clairement identifiée par la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

"S'agissant de la compensation, l'objectif est que l'inscription puisse se faire à l'unité d'enseignement. Les compensations ne se feront donc plus 'à l'année', les années n'ayant plus lieu d'être", a ainsi souligné Frédérique Vidal le 7 novembre 2017, lors de son audition devant le Sénat sur le projet de loi de finances 2018. Et de préciser : "Il faut réfléchir à une nouvelle formule. Il est important de motiver les jeunes pour qu'ils travaillent, et que l'on associe le travail à la réussite." 

Selon le syndicat Solidaires étudiant qui s'est fendu d'un communiqué sur le sujet le 24 novembre 2017, la ministre aurait de nouveau abordé son intention de mettre fin au système permettant de valider une unité d'enseignement en tenant compte de la moyenne du semestre, voire d'équilibrer ces notes entre deux semestres au sein d'une année universitaire, à la mi-novembre, lors d'une réunion dédiée à la définition des attendus prévus par la réforme.

Pas un sujet... dans l'immédiat

Contacté par EducPros, le cabinet de la ministre souligne qu'il s'agit là d'un "vrai sujet" mais "qu'à ce stade, rien n'a été décidé". "Le système de compensation permet à l'étudiant de dédramatiser un échec à un examen", relève ainsi le ministère, tout en pointant "les difficultés pédagogiques pour s'assurer que l'élève a acquis les compétences"."Si la question doit être posée, ce sera avec l'ensemble des acteurs comme dans le cadre de la concertation menée pour le Plan étudiants. Mais nous n'en sommes pas là", prévient la Rue Descartes.

François Germinet, président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d'universités), confirme que le sujet n'est pas encore à l'ordre du jour. "Pour l'instant, nous travaillons sur la définition des attendus, les problèmes techniques rencontrés par la plate-forme Parcoursup et sur la manière dont nous allons gérer la nouvelle procédure d'orientation dans les établissements. Nous ne nous sommes pas encore penchés sur la capacité des étudiants à construire leur propre parcours."

"L'urgence aujourd'hui, c'est de trouver de la place pour tout le monde à la rentrée 2018", résume Jimmy Losfeld, le président de la Fage. Mais de l'avis des différents acteurs, le sujet de la fin de la compensation devrait vite être mis sur la table, après le passage au Parlement du projet de loi sur l'entrée à l'université début 2018. Notamment dans le cadre de l'examen des modifications apportées à l'arrêté licence.

Un mode de compensation INDIVIDUALISÉ ?

Pour Stéphane Leymarie, secrétaire général de Sup Recherche-Unsa, la réforme de l'entrée à l'université aura forcément une "incidence" sur le système de compensation. "Il n'y a pas que la modularité des parcours qui entraîne cette conséquence, il y a aussi la logique de compétences. Malgré tout, passer à une inscription par UE n'est pas forcément obligatoire. On peut très bien rester sur une inscription administrative annuelle et pédagogique sur de multiples UE," analyse le responsable syndical. "Il y aura toujours des processus de compensation mais il faudra réinventer de nouvelles modalités", ajoute François Germinet.

Il n'y a pas que la modularité des parcours qui entraîne cette conséquence, il y a aussi la logique de compétences.
(S. Leymarie)

"La compensation pourrait se faire par le jury pédagogique, avec un cadrage au sein des commissions formation et vie universitaire. Ce ne sera plus automatique mais il y aura plus de libertés" dans les établissements, estime le président de l'université de Cergy-Pontoise. Un système de compensation personnalisé, que l'on pourrait "imaginer dans le cadre du contrat de réussite pédagogique" de chacun.

"Si on doit mettre en place de vrais contrats de réussite pédagogique où les étudiants s'inscrivent à des modules et non plus à l'année, la question va forcément se poser. Mais c'est dans le cadre d'une vraie discussion avec les acteurs que des solutions auxquelles nous n'aurions pas pensé pourront émerger", indique pour sa part Franck Loureiro, cosecrétaire général du Sgen-CFDT.

un attachement fort côté étudiant

Cette question ne devrait pas manquer de soulever de nombreuses réactions. Solidaires étudiant voit déjà dans "cette mesure particulièrement impopulaire" une "attaque aux droits collectifs". "Ce système de compensation issu des luttes collectives de 2002 [menées] contre la réforme licence, master, doctorat donne une garantie à tous les étudiants. Les contrats individuels mis en avant par le gouvernement livrent les étudiants aux caprices des enseignants et des directions des établissements", alerte l'organisation. Du côté de la Fage, l'opposition est moins vive. "La compensation annuelle et entre UE avec deux disciplines totalement différentes n'a aucun sens. En revanche, nous sommes attachés à la compensation au sein d'une UE, entre des matières qui sont proches", tempère Jimmy Losfeld.

"L'attachement au système de compensation est moins fort du côté des enseignants que des étudiants", relève Hervé Christofol, le secrétaire général du Snesup FSU. "Mais si on met fin à la semestrialisation, c'est en opposition au système LMD, alors que l'on s'apprête à fêter les 20 ans du processus de Bologne... observe-t-il. Tout dépend de ce que l'on entend aussi par ces parcours modulaires."

Surtout que, pour certains acteurs, la réalité de parcours vraiment modulaires ne sera effective que dans quelques années, au gré de l'avancement des projets sélectionnés dans le cadre des "nouveaux cursus universitaires" du PIA 3. Un vice-président de la commission formation et vie universitaire abonde en ce sens : "Dans notre université, il nous faut déjà mettre en place la gouvernance des projets, construire la feuille de route. Les premières échéances fixées sont de trois ans, six ans et neuf ans... Pour transformer le système, il faut du temps."

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Laura Taillandier  |  Publié le

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