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Entretien | Gouvernance

Denis Guibard : "Le développement de Télécom EM est indissociable de Saclay"

Cécile Peltier  |  Publié le

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Le campus de Télécom École de management.
À l'horizon 2020, Télécom EM vise 20% d'étudiants en plus et 25 millions d'euros de budget par an. // © Telecom école de management

À la tête de Télécom École de management depuis décembre 2014 après une longue période d'instabilité de la gouvernance, Denis Guibard trace pour EducPros les grandes lignes du plan stratégique de l'école en cours de finalisation. Pour son directeur, le développement de TEM passe par une intégration à l'Université Paris-Saclay.

Denis Guibard nouveau directeur de Télécom EMVous avez été nommé à la direction de TEM (Télécom École de management) fin 2014 après une longue période de vacance. Dans quel état avez-vous trouvé l'école ?

Entre le départ de Denis Lapert en août 2013 et mon arrivée fin 2014, TEM n'a pas connu de direction stable. L'école a réussi à se maintenir à un bon niveau dans les différents classements, mais elle ne s'est pas développée comme elle aurait pu. Alors qu'autour d'elle, le marché était en pleine ébullition, elle a simplement continué sur sa lancée. Aujourd'hui, TEM est une belle petite école qui doit gagner en taille critique pour rester compétitive.

De quelle manière cet objectif va-t-il se traduire dans le nouveau plan stratégique de l'école, "Classe 2020", en cours de finalisation ?

Aujourd'hui, l'école compte 1.500 élèves (dont 1.100 au sein du programme grande école) pour un budget annuel de 20 millions d'euros – soit le tiers seulement du budget moyen des Écoles de management du Chapitre

À l'horizon 2020, nous visons 20% d'étudiants en plus et 25 millions d'euros de budget par an. C'est un objectif très raisonnable, mais, pour y parvenir, nous allons devoir accroître nos ressources propres. En effet, la subvention du ministère de l'Économie, qui représente aujourd'hui deux tiers environ de notre budget, n'a pas vocation à augmenter. 

Par quels moyens comptez-vous augmenter ces ressources propres ?

J'exclus d'emblée la taxe d'apprentissage, dont la collecte a chuté depuis sa réforme, et sur laquelle il ne serait pas rentable d'investir beaucoup de moyens humains.

En tant qu'école publique avec une forte vocation d'ouverture sociale, nous ne pouvons pas non plus tabler sur une hausse des frais de scolarité. Malgré une légère progression en 2016 [6.250 euros à la rentrée 2016], ils resteront modestes. Et les boursiers, qui représentent la moitié de nos effectifs, continueront d'en être exonérés.

À l'inverse, je mise sur le développement de l'executive education. Nous allons nous concentrer sur la formation longue certifiante et diplômante en nous appuyant sur nos spécificités : le management du numérique.

Il y a une grosse demande des entreprises pour accompagner la transformation digitale. Nous allons enrichir notre portefeuille de mastères spécialisés et de MsC. Ces programmes sont susceptibles de générer des revenus importants, faciles à réinvestir dans le développement de l'école.

Nous allons aussi développer la recherche partenariale, à travers la création de nouvelles chaires, ou la participation à des chaires avec d'autres institutions de l'IMT.

À l'heure où les écoles de management cherchent à se rapprocher des écoles d'ingénieurs, nous avons la chance d'en être entourés.

Fusion, rachat, mutualisation, différentiation... Les écoles de management ont emprunté ces dernières années différentes voies pour atteindre la fameuse "taille critique". Quelle sera la vôtre ?

Notre statut d'école publique rendrait très difficile une entrée dans le jeu des fusions-acquisitions qui ont sévi sur le marché des écoles de management ces dernières années. Je plaide pour une stratégie partenariale. Notre développement doit s'appuyer sur nos écosystèmes.

À l'international, nous nous rapprochons d'institutions qui nous ressemblent, comme Virginia Tech aux États-Unis, où nous envoyons 40 étudiants par an, ou bien la TUM (Technische Universität München), dans le cadre de l'académie franco-allemande pour l'industrie du futur.

Si l'on réfléchit par cercles concentriques, nous allons renforcer les synergies déjà nombreuses avec Télécom SudParis, dont nous partageons le campus, et les écoles de l'IMT. Et développer les doubles diplômes avec les Écoles des mines, notamment celles d'Albi et d'Alès. À l'heure où les écoles de management cherchent à se rapprocher des écoles d'ingénieurs, nous avons la chance d'en être entourés.

Nous allons aussi collaborer plus étroitement avec l'ENSIEE, l'université d'Évry-Val-d'Essonne et le Génopole, nos partenaires de la plaque d'Évry, autour des questions de génomique dans lesquelles le numérique prend de plus en plus d'importance. Enfin, plus largement, notre développement est indissociable d'une intégration à l'Université Paris-Saclay.

Vous affichez votre volonté d'intégrer l'Université Paris-Saclay. Où en êtes-vous sur ce dossier ?

Nous venons de franchir une première étape, en signant une convention qui va nous permettre d'inscrire nos doctorants à Saclay. L'école doctorale de l'université d'Évry, à laquelle nous étions jusqu'ici rattachés ayant été absorbée par Saclay, il nous fallait trouver une solution... Cela a pris un petit peu de temps, mais c'est réglé.

La prochaine étape va consister à conclure une relation partenariale avec l'Université Paris-Saclay, sur le modèle de l'ENSIEE et de l'université d'Évry. À la différence près qu'en tant qu'établissements d'enseignement supérieur, ils doivent forcément être rattachés à une Comue, contrairement à TEM, qui dépend du ministère de l'Économie...

Dans un second temps, l'ambition est de devenir membre formel de la Comue Paris-Saclay dans le cadre de l'Institut Mines-Télécom. Aujourd'hui, l'Institut y participe, au nom de Télécom ParisTech et Télécom SudParis. Il faudrait élargir ce périmètre à TEM.

Comment comptez-vous y parvenir ? HEC ne voit pas votre arrivée d'un très bon œil...

Quand le projet Saclay a émergé en 2008, mon prédécesseur de l'époque [Denis Lapert] n'a pas voulu s'embarquer dans l'aventure. Quand il a essayé de rattraper le train en route, il était un peu tard. Aujourd'hui, en effet, HEC empêche que l'on ouvre les portes en marche.

Du temps de Bernard Ramanantsoa, l'école de commerce affichait une opposition à l'entrée d'une autre école de management dans Saclay. Je dois voir Peter Todd cette semaine pour connaître son point de vue.

Ensuite, il faudra ensuite discuter avec Gilles Bloch, le président de l'Université Paris-Saclay. Mais pas avant le début de l'été, lorsque les dossiers Idex et l'articulation entre les différents types d'établissements de la Comue seront réglés.

Démission de la directrice du Laboratoire en innovation, technologies, économie et management
Selon nos informations, Chantal Ammi, professeur à TEM a démissionné mi-février de la direction du Litem (Laboratoire en innovation, technologies, économie et management), dont l'école fait partie avec GEM (Grenoble École de management) et l'université d'Évry-Val-d'Essonne. Une démission qui a provoqué un malaise au sein du corps enseignant. En cause : "un conflit entre la directrice et la direction de l'école sur fond de construction de l'université Paris-Saclay", confie une source proche de l'école.

"Nous avons constaté des dysfonctionnements dans la gestion du Litem, plus particulièrement dans sa relation avec l'école doctorale de l'Université Paris-Saclay", précise Denis Guibard, avant d'ajouter, évasif :"Je ne peux pas commenter davantage, mais je peux vous dire que nous sommes sur le point de lui trouver un remplaçant et que nous avons restauré de bonnes relations avec Saclay". Contactée par EducPros, l'intéressée, qui reste salariée de TEM, n'a pas donné suite.

Cécile Peltier  |  Publié le

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