Newsletter

Dix ans d'enseignement supérieur : les moyens pour limite et l'international pour horizon

Céline Authemayou, Sylvie Lecherbonnier
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Université Paris 2 - Assas - 2012
Pour la ministre de l'Enseignement supérieur, les prochains défis à relever sont la réussite de tous les étudiants, l’affirmation de la signature de chaque site universitaire, l’internationalisation et la transmission des savoirs vers la société. // ©  Camille Stromboni
Autonomie, moyens, sélection, international… Le débat organisé à l’occasion des 10 ans d’EducPros, mardi 6 mars 2018, a brossé à grands traits les évolutions à l’œuvre dans l’enseignement supérieur français.

"On croit en vous. On vous soutient. Allez-le plus loin possible dans l’orientation active !" Avec la liberté de ton qui caractérise ceux qui ne sont plus aux affaires, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a tenu à encourager l'actuelle locataire de la rue Descartes, Frédérique Vidal, lors des 10 ans d’EducPros, mardi 6 mars 2018.

Lire aussi. 2008–2018 : dix ans de transformations dans l'enseignement supérieur français

L'échange de cordialité a donné l'occasion à Valérie Pécresse de revenir sur ce qui reste, selon elle, un sujet majeur : la question de la sélection. "Aujourd’hui, nous sommes dans un système de sélection par l’échec, et donc par l’argent", a-t-elle argumenté. Avant de revenir sur le sujet qui aura marqué son passage au ministère et, de façon plus générale, le paysage de l'enseignement supérieur français : la mise en place de la LRU (loi relative à l'autonomie des universités).

"En 2007, il y avait un besoin d’autonomie. Ce n’était pas la loi parfaite, reconnaît l'ancienne ministre. Mais le sujet, à l'époque, était de choisir la bonne direction. Une réforme est faite de tâtonnements." Depuis, "l’université a profondément changé. On a abattu des murs. On voit des rapprochements que l’on n’aurait pas vus il y a dix ans". Mais l'actuelle présidente de Région d'admettre qu'à l'époque, "les problèmes financiers des universités n'avaient pas été suffisamment anticipés."

Autonomie et politique de site

Ce qui a changé en une décennie, selon Frédérique Vidal ? L’autonomie des universités, bien sûr – "une autonomie qui ne veut pas dire indépendance" –, mais aussi l'émergence d'une politique de site, "rendue indispensable par l'émiettement des établissements sur le territoire". "Il y a eu une prise de conscience, au sein des établissements, de la nécessité de construire un vrai projet commun à un territoire, un ensemble cohérent qui dépasse la somme de ses membres", analyse la ministre. Qui tient à citer, dans la liste des transformations vécue par l'enseignement supérieur, les nouvelles missions attribuées aux établissements du secteur.

Quels défis pour l'ESR français ?

Observer la décade écoulée pousse également à évoquer les défis à relever pour les années à venir. Frédérique Vidal en compte quatre : la réussite de tous les étudiants, l’affirmation de la signature de chaque site universitaire, l’internationalisation et la transmission des savoirs vers la société.

Mais rien ne peut se faire sans moyens, ont tenu à rappeler Lise Dumasy, présidente de la Comue Université Grenoble-Alpes, Hervé Biausser, directeur de CentraleSupélec et Alice Guilhon, directrice de Skema, réunis le temps d’un débat. Pour la présidente grenobloise, "l’université devrait pouvoir s’appuyer sur des financements pluriannuels pour avoir des garanties suffisantes et être plus forte dans sa gouvernance."

Alice Guilhon, quant à elle, demande aux pouvoirs publics "un cadre clair" : "soit l’État nous dit ‘vous faites tout, tout seul’, mais dans ce cas, il faut arrêter de nous dire que nos frais de scolarité sont trop élevés. Soit nous construisons un modèle où nous travaillons ensemble."

Au-delà de la question des moyens, il est un autre sujet qui fait l'unanimité, celui de l'international. "Il y avait 100 millions d’étudiants en 2000, 200 millions en 2015 et il y en aura 400 millions en 2030, décrypte Hervé Biausser. La population francophone triplera dans les quinze ans qui viennent. C’est une chance pour les établissements français." Des propos que nuance Alice Guilhon : "Se faire une place dans la compétition internationale ne se fera pas sans casse."

Si le développement à l'international est un sujet stratégique pour les établissements, il l'est aussi pour les nouvelles générations d'étudiants, qui attendent beaucoup des écoles et des universités en la matière. "Nos élèves veulent être acteurs de leur formation", note Hervé Biausser. Un désir et des attentes qui réjouissent Alice Guilhon : "Nos étudiants nous poussent à innover et à sans cesse nous réinventer."


Céline Authemayou, Sylvie Lecherbonnier | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires