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Présidentielle : les grandes écoles sortent de leur réserve

Catherine de Coppet
Publié le - Mis à jour le
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Macron - Le Pen
La Conférence des grandes écoles publie une tribune sur "le risque impossible du repli sur soi pour l'enseignement supérieur". // ©  Denis Allard/REA
Après la CPU et la Cdefi, c'est au tour de la Conférence des grandes écoles et de l'Association nationale des écoles supérieures d'art de prendre position pour le second tour de l'élection présidentielle. L'une, en s'inquiétant des conséquences de l'application du programme du Front national, l'autre, en appelant clairement à voter contre Marine Le Pen.

Ce n'est pas si souvent que les grandes écoles prennent position dans l'arène politique. À la faveur de l'élection présidentielle, c'est désormais chose faite. Dans une tribune publiée le 2 mai dernier dans "Le Figaro", le bureau de la CGE (Conférence des grandes écoles) fait part de son inquiétude quant à l'impact négatif qu'aurait l'application du programme de Marine Le Pen, notamment sur l'enseignement supérieur et sur les frontières, pour la recherche et plus largement pour le développement du pays.

Rappelant que la France est "le quatrième pays d'accueil des étudiants étrangers", le bureau de la CGE prend clairement position, mais sans jamais citer ni le Front national, ni sa candidate : "Le repli, même temporaire, de la France sur ses propres frontières et l'application de restrictions importantes à l'entrée dans notre pays seraient dommageables pour les échanges scientifiques, culturels, et pour l'attrait de notre pays auprès des étudiants européens et internationaux", souligne le bureau de la CGE. Dans un monde en mouvement permanent, cela porterait un coup très dur au rayonnement et au développement de la France."

Concrètement, la CGE craint "une fuite des cerveaux à notre détriment" et un effet de dissuasion immédiat pour "les talents étrangers, européens ou internationaux". Et le texte d'insister sur le fait que "l'accueil des talents dans notre pays a des retombées positives sur notre capacité même à garder en France nos propres talents et à créer des centres de formation et de recherche du meilleur niveau mondial".

l'Andéa appelle à voter contre le FN

Autre domaine, autre tribune : le 27 avril, l'Andea (Association nationale des écoles supérieures d'art), qui fédère les 45 écoles supérieures d'art sous tutelle du ministère de la Culture et de la Communication, a également pris position dans cette campagne de l'entre-deux-tours.

Dans un communiqué, elle estime qu'une victoire de Marine Le Pen"représenterait purement et simplement la négation de nos valeurs fondamentales que sont l'altérité, le projet et l'ouverture", et appelle "non seulement toute la communauté des écoles d'art, mais aussi toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs humanistes et créatrices, à voter clairement contre" la candidate frontiste.

Des prises de position individuelles

Toujours du côté des grandes écoles, des voix individuelles se sont également fait entendre récemment pour contrer le Front national, à l'instar de Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'Essec, qui avoue lui-même "ne s'être jamais exprimé auprès [des étudiants] sur le plan politique". S'adressant aux étudiants de son école dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux, il la justifie par "les circonstances historiques dans lesquelles nous nous trouvons", sans vouloir pour autant "imposer son approche".

Se référant à "l'esprit et aux valeurs de l'école", qui visent aussi "à faire contribuer [les étudiants] à un monde meilleur, par [leur] action et par [leur] rayonnement", Jean-Michel Blanquer fait part de son inquiétude concernant une éventuelle victoire du Front national, sans le nommer : "Si la France devait prendre dimanche prochain un chemin contraire à cet idéal, elle se nierait elle-même. Je n'évoquerais même pas les conséquences pratiques pour nos échanges internationaux et notre activité générale. L'enjeu va encore beaucoup plus loin." Et de conclure : "Il y a des moments où l'incompatibilité entre ce que nous sommes et ce qui pourrait nous arriver doit être explicitée."

L'université continue de se mobiliser
Dès le 24 avril, la CPU (Conférence des présidents d'université) et la Cdefi s'étaient également prononcées pour faire barrage au Front national. Depuis, la Curif (Coordination des universités de recherche) leur a emboîté le pas.

Sur le plan individuel, les prises de position émanant de présidents d'universités se succèdent également. La plupart ont choisi de s'adresser directement à leurs étudiants et à leurs collègues. Parmi eux:  Yves Jean, de l'université de Poitiers, Jean-François Balaudé, de l'université Paris-Nanterre, Alain Bonnin, de l'université de Bourgogne, Jean Peeters, de l'université de Bretagne-Sud, Christian Robledo, de l'université d'Angers, Manuel Tunon de Lara, de l'université de Bordeaux. Des appels parfois doublés d'une prise de position directe sur Twitter.
Les Insa et Polytechnique se positionnent également
Les directeurs des sept Insa (Institut national des sciences appliquées) ont aussi fait entendre leur voix, via une tribune libre, publiée le 4 mai 2017 sur le site du groupe. "Nous nous battons au quotidien pour que l’esprit critique, la curiosité intellectuelle et l’ouverture aux autres soient sources d’enrichissement [...]. Au soir du 7 mai 2017, le pire serait que ces valeurs Insa soient remises en cause. Pour les défendre, nous nous exprimerons dans les urnes, en faisant barrage au Front National", écrivent les sept directeurs.
 
Jacques Biot, président de l'Ecole polytechnique, s'est exprimé le même jour, via un message destiné aux étudiants et personnels de l'X. Sans nommer de candidat, il appelle la communauté de l'école à "exercer pleinement [son] devoir civil en [se] rendant aux urnes dimanche prochain". "L'enjeu de cette élection est fondamental pour que l'école puisse conserver les moyens et la liberté de mener ses recherches, de développer ses enseignements et de soutenir ses entrepreneurs [...]. Votons pour protéger la recherche de la connaissance et le respect de nos valeurs", souligne le président. 

Catherine de Coppet | Publié le - Mis à jour le

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