Bienvenue en France : la crise sanitaire pourrait être une "catastrophe" pour les universités

Pauline Bluteau
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Bienvenue en France : la crise sanitaire pourrait être une "catastrophe" pour les universités
L'université de Franche-Comté, l'une des premières labellisée Bienvenue en France, risque de souffrir de la crise sanitaire. // ©  UFC-Georges Pannetton
Accueillir des étudiants internationaux est devenu un enjeu majeur pour les établissements du supérieur. La stratégie Bienvenue en France devait être un accélérateur pour relancer l’attractivité du pays. Mais la crise sanitaire en a décidé autrement, ne laissant rien présager de bon pour les universités.

Alors que l’attractivité de l’Hexagone s’érode auprès des étudiants étrangers depuis près de dix ans, la stratégie Bienvenue en France est censée redorer l’image des établissements. L’objectif annoncé fin 2018 avait de quoi être ambitieux : compter 500.000 étudiants internationaux sur le sol français d’ici 2027. Un plan qui risque d’être mis à mal en raison de l’actuelle crise sanitaire, comme le craignent les universités.

Une montée en puissance avortée par la crise sanitaire

Labellisée en juillet 2019, l’Université de Franche-Comté fait partie des premières à avoir bénéficié de la stratégie Bienvenue en France. Comme l’explique le directeur des relations internationales et de la francophonie, en un an, Antoine Guillemet n’a pas constaté beaucoup de changement. L’université de Franche-Comté accueille toujours autant d’étudiants internationaux : environ 2.500, ce qui correspond à 11% de ses effectifs. Mais cette labellisation a surtout permis d’assurer une meilleure synergie entre son service et l’ensemble des composantes universitaires. "Désormais, il y a un référent Bienvenue en France dans chaque composante, nous avons plus d’échanges et les mêmes processus, détaille-t-il. Chacun a pu se rendre compte des problématiques en termes d’attractivité et de ses enjeux."

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Depuis la rentrée dernière, son équipe a donc travaillé sur une mise en application de la nouvelle stratégie pour la rentrée 2020. "On devait, entre autres, organiser un grand événement pour accueillir les étudiants internationaux et créer un guichet unique mais va-t-on pouvoir le faire ? Tout est remis en cause avec la crise sanitaire."

Pour l’heure, les universités continuent de répondre favorablement aux demandes des étudiants étrangers dans l’optique de les accueillir en septembre. "Nous poursuivons les opérations d’inscription : les chiffres sont les mêmes que l’année dernière, il n’y a pas d’inquiétude particulière à avoir de ce côté-là", indique Mohamed Amara, président de la commission des relations internationales et européennes à la CPU (Corie) et président de l’université de Pau et des pays de l’Adour.

Un mot d’ordre : éviter la "catastrophe"

Ce qui inquiète davantage les présidents d’université en revanche, c’est plutôt de savoir si les étudiants internationaux pourront se rendre sur le territoire français dès septembre prochain. Le président de la Corie est ferme : "Rater l’arrivée des étudiants en master serait catastrophique pour les établissements notamment dans le domaine des sciences et technologies" qui peine déjà à attirer les étudiants. Les universités craignent en effet des répercussions sur les doctorats et la recherche.

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À Besançon comme au Mans, l’inquiétude se fait sentir. "La situation peut devenir dramatique pour certains masters, nous avons besoin de ces étudiants, nous risquons une pénurie de ressources humaines dans la recherche, estime Rachid El Guerjouma, président du Mans-Université. Déjà que la stratégie Bienvenue en France et la question des frais différenciés avaient posé problème, avec la crise sanitaire, nous avons peur de connaître une vraie rupture avec nos étudiants internationaux. À terme, ils préféreront étudier ailleurs."

Une rentrée à distance en perspective

Plusieurs scénarios sont donc envisagés pour la rentrée prochaine. "Aujourd’hui, nous ne savons pas si les frontières seront toujours fermées en septembre. Nous étudions donc la possibilité de leur proposer des études à distance jusqu’à ce qu’ils puissent venir en France", précise Mohamed Amara. La CPU a demandé aux universités de réfléchir à cette option pour dire, si oui ou non, elles en ont les moyens techniques, financiers et humains. "On doit les sensibiliser dès maintenant même si on sait qu’elles sont déjà sous l’eau mais c’est très important car cela pourrait avoir de graves conséquences à la rentrée. On ne souhaite pas qu’il y ait d’année blanche pour les étudiants étrangers, il faut pouvoir anticiper", poursuit le président de la Corie. La CPU pense pouvoir être en mesure de porter un message clair aux futurs étudiants internationaux à la mi-juin.

Investie dans la formation à distance depuis 2001, l’université du Mans estime qu’il faut encourager cette option. "Nous devons éviter de perdre brutalement nos étudiants, le maintien d’un lien numérique est nécessaire. Mais il faut avouer que pour certains établissements, il s’agit d’une révolution. Ce n’est pas les MOOC qui changeront les choses, nous devons mettre au point un véritable enseignement à distance."

Des difficultés identifiées par la CPU qui assure avoir pleinement conscience des efforts demandés. "Différents outils sont à mettre sur la table, peut-être que nous pourrons, par exemple, utiliser les compétences de certains organismes comme le Cnam. L’idée est de n’abandonner aucun étudiant", résume Mohamed Amara.

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Un redémarrage indispensable pour relancer l’attractivité

Quelle que soit l’issue, un nouveau plan d’attractivité devra être présenté aux universités pour sortir de la crise. À l’université de Franche-Comté, le directeur des relations internationales imagine la fin des frais différenciés : "Il s’agit d’une crise mondiale, si on veut relancer la machine, il faudra faire des concessions ! Si les frais sont maintenus, ce sera une catastrophe." En attendant, Antoine Guillemet continue de signer des accords bilatéraux avec certains pays, africains notamment, pour ne pas avoir à exiger ces frais. Même stratégie de la part du Mans Université, le président compte bien demander davantage de dérogations pour ses étudiants étrangers.

De son côté, la CPU estime que l’heure n’est pas à la remise en cause de ces frais même si le sujet restera à l’ordre du jour dès la rentrée prochaine. "Il faut laisser du temps à la stratégie Bienvenue en France de se mettre en place mais c’est important de rester coordonné tout du long", conclut le président de la CORIE.

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