Campus France en crise

Olivier Monod
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Campus France à Shanghai // ©S.Lecherbonnier
Campus France à Shanghai // ©S.Lecherbonnier
Campus France est au cœur des polémiques. Entre querelles d’administrations, questions sur la qualité des services et fusion, l’établissement public connaît une période trouble. Les ministères de tutelle devraient bientôt s’exprimer sur le sujet.

Il a suffi de dix jours pour faire revenir Campus France au centre des débats de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dix jours entre un article critique dans Le Monde, le 16 novembre, et la démission du président du conseil d’administration, Christian Demuynck, le 26 novembre. Dix jours qui ont mis le doigt sur des difficultés auxquelles l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) est confronté.

Campus France vit en 2012 sa première rentrée où il gère les activités fusionnées d'accueil international de l'association Egide et du CNOUS. Une restructuration de la présence de l'enseignement supérieur français à l'étranger qui crée des tensions.

L’accueil des étudiants étrangers, la priorité

La principale polémique concerne la mission prioritaire de Campus France : la qualité de l’accueil des étudiants étrangers. Aujourd’hui, un candidat qui veut passer une année en France, reçoit un mail avant son départ l’invitant à retirer à son arrivée une somme en liquide dans une agence Travelex mais n'est pas reçu à son arrivée dans l'Hexagone. L'accueil ne se limite pas à l'aéroport, mais la situation actuelle ne satisfait personne.

Ni le directeur général de l’EPIC, Antoine Grassin, pour qui "l’accueil est notre grand chantier, explique-t-il. Un conseil d’orientation sur le sujet, prévu par décret, verra le jour en janvier 2013 afin de fédérer tous les acteurs sur le sujet, les collectivités territoriales comme les établissements."

Ni Khaled Bouabdallah, président de la commission des relations internationales et européennes de la CPU (Conférence des présidents d'université) et président de l’université de Saint-Etienne, qui demande un changement de paradigme. "Nous militons pour une approche du sujet en termes d’attractivité pour la France. Nous ne voulons plus d’une politique sur le sujet uniquement intéressée par la gestion d’un flux de migration. Les établissements sont prêts à être plus actifs et plus responsables dans ce domaine."

Vers un retour aux affaires du CNOUS ?

Cet accueil a-t-il changé depuis la prise en main de Campus France ? "Le CNOUS n’avait qu’un guichet physique d’accueil à Roissy 1 que les étudiants les plus débrouillards évitaient car il leur faisait perdre du temps ", assure Antoine Grassin.  Contacté par EducPros, le CNOUS n'a pas donné suite.

Pourtant, les œuvres universitaires et scolaires disposent également d’un réseau en France sur les campus qui pouvait servir de relais d’information local pour chaque étudiant. Un avantage décisif qui fait dire au député Jean-Yves Le Déaut et à Khaled Bouabdallah que "le CNOUS doit retrouver un rôle dans l’accueil des étudiants".

L’enseignement supérieur français semble ici victime d’une inimitié entre deux administrations. "Ce sont deux établissements publics, ils devraient pouvoir travailler ensemble", soupire le président de l’université de Saint-Etienne. Lors de sa création Campus France a repris les activités et tous les salariés de l’association Egide, sous tutelle du ministère des Affaires étrangères, et les activités internationales du CNOUS. "Nous avons proposé 26 postes aux 45 salariés du CNOUS, 22 ont accepté", précise Antoine Grassin, ancien ambassadeur.

Nous ne voulons plus d’une politique sur le sujet uniquement intéressée par la gestion d’un flux de migration. (Khaled Bouabdallah)

Les plâtres de la fusion

Les critiques sont d’autant plus vives que la rentrée n’a pas été simple pour Campus France. "Nous avons hérité de deux systèmes informatiques qui n’étaient pas 'nativement compatibles', explique Antoine Grassin. Dans ces conditions, nous avons plutôt bien travaillé et nous n’avons pas eu de problèmes majeurs".

Il attribue les quelques retards de paiement de bourses à des retards de renégociations de contrats. "Nous avons voulu resigner un partenariat avec tous les collaborateurs étrangers afin de s’assurer d’une volonté de travailler ensemble." Une occasion de revoir à la hausse les prix des prestations "restés les mêmes depuis 1998", de 600 à 1.000 euros par étudiant étranger accueilli et par an. 

démission de Christian Demuynck

La démission de Christian Demuynck a encore alourdi le climat. Si l’ancien président du conseil d’administration épargne les équipes "qui montrent beaucoup de volonté et ont dû gérer les dossiers compliqués de pays instables", il fustige les administrateurs des tutelles.

Antoine Grassin reconnaît "les contraintes administratives" pesant sur Campus France du fait de sa double tutelle MAE/MESR. "Les manies, les tics et les travers de la tribu administrative sont certainement difficiles à supporter pour une personne d’une autre culture", concède l'ancien ambassadeur. Selon lui, avec le temps "un certain apprentissage" se fera et ces difficultés s’aplaniront.

Christian Demuynck s’en est également violemment pris à "l’absence de stratégie politique" depuis le changement de gouvernement. Antoine Grassin, de son côté, affirme simplement que la ligne "n’a pas changé depuis la création de l’EPIC et que les ministres ont redit l’importance de Campus France lors de la conférence des ambassadeurs."

Geneviève Fioraso et Laurent Fabius auront l’occasion de clarifier leur position le 18 décembre prochain lors de l'inauguration du forum Campus France.


Olivier Monod | Publié le