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Enquête Pisa 2012. Les enjeux d'un déclassement

SB
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Lycée Alphonse-Daudet de Tarascon - Rentrée des élèves
Lycée Alphonse-Daudet de Tarascon - Rentrée des élèves // ©  Sophie de Tarlé

Très attendus, les résultats de Pisa 2012 ont confirmé, mardi 3 décembre 2013, le recul annoncé de la France : désormais 25e, elle perd trois places dans le classement réalisé par l'OCDE dans 65 pays. L'enquête fait ressortir les faiblesses de notre système éducatif, l'un des plus inégalitaires au monde.

Depuis 2000, l'enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) évalue le niveau des élèves de 15 ans en mathématiques, lecture et sciences dans 65 pays. Les résultats 2012 font ressortir le décrochage de la France qui perd trois places pour se situer au 25e rang mondial, et surtout les inégalités croissantes de notre système éducatif.

Pisa 2012. La France recule

"Inefficace, inégalitaire, et en déclin" : voilà comment apparaît le système éducatif français d'après les résultats de l'enquête Pisa 2012, ainsi que l'analyse de lexpress.fr.
Si le niveau des élèves de 15 ans est resté stable en culture scientifique et compréhension de l'écrit, la France a en revanche vu son score diminuer de 16 points entre 2003 (dernière année comparable) et 2012 en mathématiques, thème majeur de Pisa 2012.
"Au-delà de ces évaluations par domaine, la nouvelle moisson de l'enquête PISA est alarmante à d'autres titres. La France y apparaît comme l'un des pays où le système éducatif est le plus inégalitaire ! Ainsi, la corrélation entre milieu socio-économique et performance y est bien plus forte qu'ailleurs au sein de l'OCDE. Pire, au fil des ans, l'école française est devenue de plus en plus inégalitaire. Aujourd'hui, un enfant issu de milieu défavorisé y a beaucoup moins de chance de réussir. De même, d'ailleurs, souligne Pisa, qu'un enfant issu de l'immigration."

Lire l'article sur lexpress.fr

Consulter la note récapitulative de l'OCDE sur les résultats de la France et l'intégralité de l'enquête Pisa 2012 (en anglais)

des inégalités scolaires particulièrement marquées

Le sociologue Georges Felouzis explique à Chercheurs d'actu qu'au-delà du classement lui-même, l'enquête apporte d'autres enseignements, notamment en mesurant les inégalités scolaires dans les différents pays. "Dans le cas de la France, observe le chercheur, entre 2000 et 2009, la ségrégation socio-économique s'est accentuée entre établissements. Les inégalités d'acquis des élèves ont augmenté en proportion."

Lire l'entretien sur Chercheurs d'actu

Dès lors, s'interroge Claude Lelièvre, "comment échapper à cette sorte de schizophrénie qui fait que la France est l’un des rares pays qui proclame que l’Ecole a un rôle à jouer dans la réduction des inégalités, alors même qu’il apparaît qu’elle est l’un des pays où il y a les plus fortes inégalités scolaires, et de plus en plus ?"

Lire le billet de Claude Lelièvre sur son blog EducPros : "Ne plus compter sur la hausse du plafond pour relever le plancher"

De son côté, Jean-Michel Zakhartchouk note que "l’école française continue à être médiocre, même si les meilleurs élèves deviennent un peu meilleurs et du coup permettent une élévation du niveau moyen (un retour à celui de l'an 2000 en gros pour la compréhension de l'écrit), mais surtout à être, de plus en plus, un système très inégalitaire et peu 'accompagnant' pour les plus fragiles".
Et de "réclamer une nouvelle fois qu'au lieu de faire croire qu'on s'occupe trop des 'mauvais' au détriment des 'bons' on se rende compte qu'il n'y a pas contradiction entre la recherche d'une école 'plus juste' et celle d'une école 'plus efficace'..."

Lire le billet de Jean-Michel Zakhartchouk sur son blog EducPros : « Pisa pas pis, mais toujours ces sacrées inégalités de l'école française... »

En outre, Emmanuel Davidenkoff relève que "l'augmentation de la proportion d'élèves peu performants s'est faite par le glissement d'un certain nombre d'élèves de la catégorie 'moyens' à la catégorie 'faible".
"A force de concentrer tous les efforts sur l'éducation prioritaire, qu'il faut évidemment aider, on oublie que c'est la dynamique générale du système qui produit cet accroissement des inégalités, poursuit-il. En dix ans, la droite ne s'y est pas attaquée. Et pour l'instant, la gauche non plus".

Lire la chronique d'Emmanuel Davidenkoff sur franceinfo.fr : « Pisa, une école à trois vitesses »

La formation des enseignants au cŒur du débat

La formation des enseignants est en grande partie responsable de la qualité de notre système éducatif : tel est le point de vue que défend Éric Charbonnier, expert sur les questions d'éducation au sein de l'OCDE.
En effet, explique-t-il, dans la formation proposée par les Espé aujourd'hui, "savoirs et savoir-faire sont liés, enseigner est reconnu comme un véritable métier qui s'apprend. On se rapproche des recommandations de l'OCDE et de la réforme que la Finlande a menée dans les années 1970."

Lire l'entretien sur EducPros

Pisa, quelle influence sur les politiques scolaires ?

Certes, Pisa "a bénéficié de l'engagement de décideurs politiques via l'OCDE et (...) s'est positionné explicitement dès le début comme un programme tourné vers les décideurs politiques dans le domaine scolaire", relève Claude Lelièvre.
Pour autant, prévient l'historien, "il ne faudrait cependant pas s'imaginer que Pisa (et encore moins l'OCDE) sont désormais toutes puissantes en matière de politiques scolaires". En particulier, "en France, il n’y a jamais eu jusqu’alors un 'choc' Pisa."

Lire le billet de Claude Lelièvre sur son blog EducPros : « "PISA" comme "politiques scolaires" »

Sur quoi repose l'enquête Pisa ?
A lire sur letudiant.fr :
- La méthodologie de l'enquête expliquée
- Des exemples de questions posées aux élèves

SB | Publié le

Vos commentaires (1)

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JF.

Ce résultat n'est pas du tout surprenant pour les personnes qui sont dans la machine. Les analyses sont nombreuses, mais peut-être un point, politiquement incorrect, mériterait attention: le renoncement. En effet, régulièrement, des polémiques éclatent autour des consignes données lors des corrections d'examens, les notes distribuées, les diplômes attribués... Ils révèlent une partie de la face cachée de la lune: face au défi que constitue une éducation pour tous, les choix qui ont été opérés ont souvent été des choix démagogiques visant à maquiller la réalité (la difficulté à apprendre et à transmettre) et éviter de parler des choses qui fâchent. Donc entre permettre aux élèves de franchir les barres en leur en donnant les moyens et en adaptant le système de manière réelle et constructive, on a souvent supprimé les barres. C'est plus simple, moins coûteux, et cela ne perturbe pas la machine ni surtout le politique qui peuvent se complaire dans des discours éculés fondés sur des pourcentages de réussite par exemple au bac et qui ne veulent plus rien dire (cf les pourcentages extraordinaires du cru 2013, étonnamment décalés par rapport à PISA). Le résultat auquel nous sommes confrontés est paradoxal, puisque l'école est donc extrêmement inégalitaire alors qu'elle est de plus en plus égalitariste en gommant toutes les aspérités qui pourraient générer une grogne, voire plus, chez les parents d'élèves... Les inégalités viennent peut-être de cet égalitarisme et de cette stratégie du renoncement qui laisse la part belle au capital culturel et sociétal des familles qui fait désormais la différence. Ce que l'école renonce à faire, le milieu familial s'en charge... ou pas! J'imagine mal que PISA change quoi que ce soit. En effet, il faudrait d'abord expliquer comment, avec le nombre de jeunes qui obtiennent des bacs et font des études post-bac, on obtient de tels résultats. Ensuite, il faudrait expliquer pourquoi le système qui distribue des titres à une majorité d'entre eux, titres a priori dotés d'une certaine valeur, devrait être changé... ce qui amènerait à devoir être transparent sur les manières dont le système fonctionne! Impensable! Nous allons donc continuer le même type de réformes, visant à expliquer que la réussite du plus grand nombre passe par la confection d'une soupe de plus en plus claire confinant progressivement à de l'eau distillée, et que si le système marche mal, c'est parce que ses acteurs principaux - j'ai nommé les enseignants - sont rétrogrades, archaïques, conservateurs, corporatistes, et j'en passe... De quoi décourager les étudiants à partir vers le métier d'enseignant, alors que l'on en a besoin. Au fait, où vont nos matheux en post-bac? En prépa. Et après la prépa, combien pour enseigner? A part les normaliens qui ne font pas de thèses et ne continuent pas dans d'autres voies, bien peu je pense.