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Égalité des chances : seul un étudiant sur dix est enfant d'ouvrier

Catherine de Coppet
Publié le
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Égalité des chances : seul un étudiant sur dix est enfant d'ouvrier
Les enfants d'ouvriers sont trois fois moins nombreux que les enfants de cadres dans l'enseignement supérieur. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Si le nombre de diplômés de l'enseignement supérieur a augmenté, le nombre d'enfants d’ouvriers reste sous-représenté par rapport à son poids dans la population des 18-23 ans. Une des données à retenir du dernier rapport de l'Observatoire des inégalités, publié le 30 mai 2017.

L'accès à l'enseignement supérieur reste inégalitaire en fonction de la catégorie socio-professionnelle d'origine : c'est ce qui ressort du dernier rapport sur les inégalités, publié ce mardi 30 mai 2017 par l'Observatoire des inégalités, organisme associatif indépendant s'appuyant sur un comité scientifique, fondé en 2003.

Représentant presque 30 % des jeunes de 18 à 23 ans, les enfants d'ouvriers ne constituent que 11 % des effectifs étudiants en 2014-2015, pointe ce rapport sous la direction d'Anne Brunner et Louis Maurin. Ceux qui accèdent à l'enseignement supérieur sont surreprésentés dans les STS, et sous-représentés dans les autres filières.

Les filières d'excellence toujours aussi peu accessibles

Cette inégalité est particulièrement flagrante dans les  filières sélectives : classes préparatoires, écoles d'ingénieurs, écoles de commerce. "La part, dans les classes préparatoires aux grandes écoles, des enfants d'ouvriers et d'employés, qui représentent 40 % des jeunes, n'a pas changé depuis la fin des années 1990", pointe le rapport.

Une situation à mettre en regard des différentes opérations d'ouverture sociale menées par les établissements ou les pouvoirs publics, comme les Cordées de la réussite ou les dispositifs "Égalité des chances". Ces programmes n'ont eu "aucun impact au niveau global et servent surtout d'outils de communication", répondent les auteurs. Certaines écoles "mettent l'accent sur l'augmentation de la part d'élèves boursiers, mais une partie de ces boursiers appartiennent aux classes moyennes et disposent de bourses de très faible niveau".

La part, dans les classes préparatoires aux grandes écoles, des enfants d'ouvriers et d'employés, qui représentent 40 % des jeunes, n'a pas changé depuis la fin des années 1990.

Un accès aux études plus important, mais inégalitaire

L'inégalité entre enfants d'ouvriers et enfants de cadres concerne également l'université. Ici, les enfants d'ouvriers se raréfient au fur et à mesure de l'avancée dans le cursus, réprésentant 7,8 % des étudiants en master, contre 33,5 % pour les enfants de cadres ou de professions libérales.

Des chiffres à analyser sur fond d'augmentation des effectifs étudiants et du nombre de diplômés de l'enseignement supérieur dans la population. "Près de la moitié des enfants d'ouvriers et d'employés âgés de 20 à 24 ans sont diplômés ou étudient dans l'enseignement supérieur, alors qu'un cinquième seulement de leurs aînés (45-49 ans) ont obtenu un diplôme de ce niveau. Les choses ont bien changé en une génération si on raisonne sur les chiffres bruts", écrivent les auteurs.

"Pour autant, le phénomène a aussi bénéficié aux enfants de cadres. Au fil du temps, l'écart entre les deux catégories s'est réduit, mais de façon assez modeste. [...] Au vu de la part des enfants d'ouvriers dans les cursus les plus sélectifs, il est peu probable que l'on observe une forme de démocratisation dans les filières les plus valorisées", poursuivent-ils.

Relativiser l'enquête Pisa

Autre enseignement du rapport : la comparaison internationale des systèmes éducatifs. Les auteurs nuancent les résultats de l'enquête Pisa, menée par l'OCDE auprès des jeunes de 15 ans, souvent utilisée pour dire que la France serait la championne des inégalités. Le rapport critique d'abord la méthode utilisée par l'enquête Pisa: "On mesure des compétences très spécifiques et non l'ensemble du niveau scolaire, alors que chaque pays n'a pas les mêmes programmes."

Ensuite, s'appuyant sur les données d'Eurostat, les auteurs pointent le fait que la France, par rapport à ses voisins européens, n'est pas la plus mauvaise élève, à différents égards : elle est en effet l'un des pays qui comptent le plus de diplômés de l'enseignement supérieur "au sein des générations récentes", devant l'Espagne et l'Allemagne ; et l'un des pays qui "comptent le moins de sortants précoces du système scolaire", là encore devant l'Allemagne.

La France est l'un des pays qui comptent le plus de diplômés de l'enseignement supérieur au sein des générations récentes.

Moins de reproduction sociale en France qu'en Allemagne

En matière d'ascenseur social également, la France n'apparaît pas mal située non plus par rapport aux autres pays européens : 22 % des enfants de parents peu diplômés (niveau troisième au maximum) sortent du système scolaire aussi peu diplômés que leurs parents, contre 36 % en Allemagne ou encore 50 % en Espagne et en Italie. "Seul le Royaume-Uni fait mieux avec 16 %", écrivent les auteurs.

Si, selon les auteurs, on ne peut pas dire que "l'école augmente les inégalités", on ne peut pas affirmer pour autant que le système éducatif joue pleinement son rôle de réduction des inégalités sociales. "La situation n'est pas bonne", estiment-ils. Parmi les facteurs qui expliquent cette situation, le rapport cite notamment l'apprentissage précoce de la lecture "à un moment où les inégalités dans la maîtrise du vocabulaire sont grandes", la "valorisation de la culture académique et d'un savoir mathématique théorique"... et les "évaluations à répétition".


Catherine de Coppet | Publié le

Vos commentaires (5)

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Garbaye.

Bonjour. Je ne saurais participer au débat sur un plan scientifique. Toutefois je suis concernée sur le plan personnel ayant un parcours universitaire très laborieux . Probleme financier+++. Situation familiale decomposee. Rupture familiale. Milieu ouvrier et j ai finalement obtenu deux master deux a force d endurance et de détermination. . À mon époque. J avais noté que 3 % des enfants d ouvriers accedaient à la fin du 3 cycle. Je voudrais tellement que la situation ne se dégrade pas encore. Car aboutir dans ses études procurent tellement de satisfaction. Tout le monde devrait pouvoir y accéder s il le souhaite.

John Smith.

Ou bien l'analyse n'est pas complète.... dans la société actuelle, qu'elle est la part des ouvriers par rapport aux autres professions?

CHM.

Article intéressant, mais qui nécessite, comme de nombreuses enquêtes de "synthèse", d'être interprété avec un peu de prudence. Une cordée de la réussite agit sur un territoire, un public particulier, avec des actions spécifiques. Généraliser une mesure de l'impact peut être extrêmement compliqué. Et travailler pour l'égalité des chances ne doit pas se "réduire" à mesurer un impact sur les poursuites d'études et la réussite des élèves à cour terme, mais il doit, à mon avis, prendre en compte aussi la transformation des postures de tous les acteurs de l'égalité des chances: enseignants, membres des associations, .... à vous de vous faire une opinion: https://theconversation.com/les-cordees-de-la-reussite-une-ouverture-du-secondaire-sur-le-superieur-et-reciproquement-75377

Pierre-Alain.

Bonjour, Je trouve l'analyse évidemment très intéressante… Mais à relativiser. En effet, des études de suivies de cohortes ont montré que : - l'égalité des chances s'efface entre la 6ème et la terminale : tandis que la part des enfants de cadres augmente de 15 à 55% entre la 6ème et les bacheliers avec mention, la part des enfants d'ouvriers passe de 38 à 15% : à l'issue de la terminale, il n'y a donc plus de vivier pour alimenter en nombre suffisant les filières évoquées, - on montre aussi que la probabilité pour un garçon issu de milieux défavorisés d’accéder à la seule série S est de 8,2 % (filles 10,8) alors que pour les milieux très favorisés les garçons ont une probabilité de 40,3 et les filles 37,7 %. Il est donc possible que cette faible proportion des enfants d'ouvriers parmi les étudiants soit due au parcours entre la 6ème et la terminale : les écoles d'ingénieurs, Licences, DUT, CPGE, écoles de commerce... n'y sont pas pour grand-chose. Le vivier en terminale n'offre déjà plus la représentativité nécessaire. SOURCES : « Disparités d’accès et parcours en classes préparatoire », MEN-DEPP 2008, http://media.education.gouv.fr/file/2008/83/1/ni0816_25831.pdf « Les parcours scientifiques et techniques dans l’enseignement secondaire du collège à l’enseignement supérieur », Érick ROSER (IGEN) - 2015 http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/03/1/2015-088_parcours_scientifiques_2nd_degre_522031.pdf

Micaud.

La "valorisation du savoir mathématique théorique" est FAUSSE. Il y a une erreur d'analyse qui conduit à la discrimination de ceux qui n'ont pas une compétence que seuls 40% des jeunes ont et qui est inutile à la vie de tous les jours. Les jeunes qui n'ont pas la capacité de rédiger aux niveaux nécessaires aux études littéraires sont ELIMINES par le système. Ensuite la deuxième compétence est analysée. Comme les compétence littéraire et mathématique n'ouvrent pas les mêmes portes pour les études supérieures. Le système privilégie la double compétence Maths et Rédaction suivant les codes franchouillards. Ceux qui n'ont pas la compétence littéraire sont conduits à l'échec et à la perte d'estime de soi: ce qui est un scandale. Ceux qui n'ont pas la compétence scientifique ne peuvent pas aller dans les études où la maitrise des maths est indispensable. (physique quantique, ingénieur dans une école du groupe A, etc...). Mais qui revendique d'ouvrir le "sport-étude football" a des jeunes qui n'ont pas de compétences en football?