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Étudiants étrangers : des frais de scolarité différenciés dans la moitié des pays de l'OCDE

Morgane Taquet
Publié le
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L'OCDE note que les frais de scolarité plus élevés influencent le choix des étudiants étrangers, sans pour autant tous les décourager." // ©  Lydie Lecarpentier/REA
Faut-il des frais de scolarité plus élevés pour les étudiants étrangers ? Dans une note publiée en avril 2017, l'OCDE s'interroge sur les conséquences d'une telle politique. Il ressort de cette analyse des situations très variées, tant en matière de flux entrants que de revenus générés pour les pays hôtes.

Dans 20 des 38 pays de l'OCDE disposant de données disponibles, les établissements publics d'enseignement ont mis en place des frais de scolarité différenciés, pour les étudiants nationaux et étrangers inscrits dans le même programme." C'est l'un des constats dressés par une étude de l'OCDE, intitulée "Réformes des frais de scolarité et mobilité internationale".

Le document, publié en avril 2017, permet d'étudier la stratégie mise en place dans différents pays, alors que le débat autour d'une possible hausse des frais universitaires pour les étudiants hors européens a été relancé pendant la campagne présidentielle française, Emmanuel Macron s'étant déclaré favorable à une réflexion sur le sujet.

Selon l'OCDE, trois situations cohabitent. En Australie, en Autriche, au Canada, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, les étudiants étrangers paient en moyenne deux fois plus de frais de scolarité que les étudiants nationaux. Alors qu'au Danemark et en Suède, seuls les étudiants étrangers paient des frais de scolarité. Toutefois, note l'OCDE, dans environ la moitié des pays de la zone, les frais pour les étudiants étrangers et nationaux sont identiques.

Des réformes qui modifient les flux

Au-delà de l'état des lieux, l'OCDE s'est aussi et surtout intéressée aux effets des frais de scolarité différenciés. Pour cela, l'organisation a étudié le cas de trois pays ayant mené des réformes sur le sujet entre 2004 et 2014 : la Suède, le Danemark et la Nouvelle Zélande.

Au pays des kiwis, la réflexion a porté en 2006 sur les frais de scolarité des étudiants doctoraux, que le pays souhaite alors attirer. Pour cela, elle abaisse les frais, afin de les rendre identiques à ceux des étudiants nationaux. La Nouvelle-Zélande propose également davantage de bourses et assouplit les autorisations de travail. Résultat : le nombre de nouveaux étudiants étrangers inscrits en troisième cycle double en 2006. Depuis 2007, le nombre de ces nouveaux entrants augmente régulièrement.

En 2006 également, le Danemark introduit des frais pour les étudiants étrangers, inscrits dans des formations de cycles court, Bachelor et master. "Le nombre de nouveaux entrants étrangers dans ces niveaux d'étude, issus de pays hors de l'EEE (espace économique européen) a alors diminué d'un cinquième. De 2006 à 2014, la proportion a augmenté de seulement de 22 %", est-il indiqué dans l'étude de l'OCDE, alors que le nombre d'étudiants venant de l'EEE, et donc non affectés par la réforme, a presque doublé sur la même période.

Dernier cas étudié, la Suède a instauré en 2011-2012 le même type de réforme que le Danemark. Le pays a vu ses effectifs d'étudiants étrangers hors EEE chuter de près 80 %. En revanche, les effectifs étudiants européens ont, quant à eux, grimpé de 28 % l'année de la réforme.

Un apport financier variable

Enfin, l'OCDE s'est penchée sur la question des revenus financiers tirés de ces frais de scolarité différenciés. Parmi les pays ayant mis en place des frais de scolarité différenciés, le rapport analyse que les revenus estimés provenant des étudiants étrangers (Bachelor, master ou niveau équivalent) couvrent de façon très différente la dépense totale des établissements. 

Ainsi, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les recettes estimées émanant des frais de scolarité des étudiants étrangers permettent de couvrir plus du quart (27 % pour la Nouvelle-Zélande) des dépenses totales des établissements.

Des revenus conséquents, liés à la proportion importante d'étudiants étrangers qui s'acquittent des frais de scolarité et au montant élevé de ces frais dans ces deux pays, précise l'OCDE. En Autriche en revanche, 1 % seulement des dépenses est couvert par les frais de scolarité - relativement bas - payés par les étudiants étrangers.

Malgré ces situations très disparates, l'organisation conclut que si "les frais de scolarité plus élevés influencent le choix des étudiants étrangers, ils ne découragent pas forcément les étudiants étrangers et ils peuvent, de plus, contribuer de façon substantielle au financement de l'enseignement supérieur." De quoi nourrir les prochains débats sur le sujet.


Morgane Taquet | Publié le

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