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Formations à l'étranger : la France a besoin d'une stratégie claire

Aurélie Djavadi
Publié le
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Sorbonne Abu Dhabi
Alors qu'elles forment les trois quarts des étudiants dans l'Hexagone, les universités ne forment qu'un tiers des personnes inscrites à l'étranger, comme à la Sorbonne Abu Dhabi. // ©  Sorbonne University Abu Dhabi
L’enseignement supérieur français s’exporte à l’étranger à travers 600 programmes, selon un rapport publié le 26 septembre 2016 par France Stratégie. En pointe sur les formations d’ingénieurs et les bac + 5, les établissements auraient toutefois besoin d’un pilotage renforcé pour faire face à une concurrence féroce.

Il n’y a pas que Centrale Pékin ou la Sorbonne Abu Dhabi. Cours à distance ou antennes à l’étranger, franchises ou diplômes délocalisés : les établissements d'enseignement supérieur peuvent s’appuyer sur des dispositifs variés pour se déployer à l’international.

Dans un rapport publié ce 26 septembre, France Stratégie, l’organisme de réflexion rattaché au chef du gouvernement, brosse pour la première fois un panorama de cet "enseignement supérieur français par-delà les frontières". Verdict : peut mieux faire.

Menée par le directeur général honoraire de HEC Paris, Bernard Ramanantsoa, pour les ministères des Affaires étrangères et de l’Enseignement supérieur, l’enquête montre que, si les acteurs français s’exportent, ils souffrent d’un manque d’objectifs concertés face à des concurrents aussi investis que les États-Unis, l’Australie ou le Royaume-Uni.

Dans les établissements, "les décisions de déploiement tiennent plus de coups opportunistes le plus souvent issus des équipes pédagogiques et de recherche (…) qu’à de véritables stratégies articulées."

37.000 étudiants à l'étranger

À travers 600 programmes, dont 140 implantations physiques, 320 diplômes délocalisés et 138 programmes à distance, les établissements français accueillent 37.000 étudiants à l’étranger. Un chiffre non négligeable, mais trois fois moins élevé que le bilan affiché par le Royaume-Uni, hors formation à distance.

Si l’offre française est boostée par les sciences de l’ingénieur et le management, avec une forte attractivité en Chine (15 % des effectifs), au Liban (12 % des effectifs), au Maroc et au Vietnam, dans 70 % des cas, elle se concentre sur des programmes d’excellence de niveau master. "La logique consiste souvent à accélérer les recrutements pour des doctorats en France en venant capter sur place de bons talents dès le second cycle", pointe Bernard Ramanantsoa.

Il s’agit donc d’un choix de niche dans un contexte où la demande la plus vaste concerne les bachelors professionnalisants. Par ailleurs, à côté des écoles d’ingénieurs, fer de lance de ce mouvement international avec près d’un cinquième des effectifs inscrits à l’étranger, les universités font preuve d’un dynamisme inégal.

Alors qu’elles regroupent les trois quarts des étudiants de l’Hexagone, elles ne forment qu’un tiers des personnes inscrites à l’étranger. En cause : une offre "éparpillée" autour de 145 partenaires répartis dans 52 pays. Et "près de 90 % des formations délocalisées se font en dehors des programmes issus de coopération bilatérale entre gouvernements", souligne le rapport.

En matière de choix linguistiques, la cohésion est plus marquée : les deux tiers des cursus français proposés à l’étranger font appel à la langue de Molière, et 57 % y sont même totalement dispensés. Une orientation qui démarque l’Hexagone de ses voisins, sachant que l’Allemagne décline 90 % de ses programmes en anglais.

Reste enfin une question préoccupante, celle des formations en ligne : "la France accuse un grand retard sur l’enseignement à distance. En matière de numérique, on se situe au niveau d’acteurs émergents", juge Bernard Ramanantsoa.

La France accuse un grand retard sur l’enseignement à distance.
(B. Ramanantsoa)

Développer les bachelors et les masters en un an

Pour surmonter ces "faiblesses institutionnelles" et mieux valoriser une "offre substantielle", le rapport de France Stratégie conseille tout d’abord aux établissements de renforcer le pilotage de leurs stratégies internationales. Si certains bénéficient déjà d’équipes dédiées, d’autres n’ont pas fait du sujet une priorité.

Au niveau de l’État, les auteurs de l’étude préconisent la création d’un dispositif statistique pour centraliser les données sur cette offre à l’étranger et permettre un suivi dans le temps, tout en invitant la France à se positionner sur le marché de l’accréditation.

Outre les enjeux concurrentiels d’une offre à bac + 3 plus axée sur l’insertion professionnelle, il s’agirait aussi de décliner une offre de masters en un an pour capter un public étranger plus large. À la recherche d’une année de spécialisation après quatre ans de formation générale en Bachelor, la plupart se tournent en effet vers des programmes anglo-saxons.

Un chantier sans grande difficulté pour Bernard Ramanantsoa, qui rappelle l’époque pas si lointaine des DEA et des DESS et note le succès des mastères spécialisés en un an proposés par la CGE (Conférence des grandes écoles).

Alors que les établissements du supérieur sont en quête de ressources, les auteurs rappellent le décret du 30 avril 2002 permettant de proposer une grille de tarifs spécifiques, déconnectée des frais de scolarité français, et prenant en compte les aménagements et les prestations d’ingénierie nécessaires. Une pratique à développer "massivement".


Aurélie Djavadi | Publié le

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