Newsletter

Inquiètes, les écoles d'ingénieurs réfléchissent à leur avenir

Céline Authemayou
Publié le
Envoyer cet article à un ami
L'Esigelec est l'une des écoles d'ingénieurs implantées sur le technopole du Madrillet, à Rouen.
L'Esigelec est l'une des écoles d'ingénieurs implantées sur le technopole du Madrillet, à Rouen. // ©  Patrice Le Bris /Esigelec

Encore marqués par les tensions budgétaires de l'année écoulée, les directeurs des écoles d'ingénieurs ont profité de leur colloque annuel, les 4 et 5 juin 2015 à Rouen, pour réfléchir à l'avenir de leur établissement. Au programme des débats : la pérennité de leur modèle économique, mais aussi la possibilité de délivrer un Bachelor.

Par dépit, ils finissent par en rire. Les directeurs et directrices des écoles d'ingénieurs finissent l'année universitaire avec un goût amer en bouche. Le dossier du financement de leur établissement ne leur aura laissé guère de répit. Bon nombre attendent, fébriles, les résultats de la collecte de la taxe d'apprentissage. D'autres ne se remettent toujours pas de la baisse de leur dotation, inhérente à une ponction dans leurs fonds de roulement. 

Hébergé par les trois écoles d'ingénieurs rouennaises (INSA, Esigelec, EsiTech), le colloque organisé par la Cdefi a réuni pendant deux jours une centaine de directeurs et directrices d'école. S'il a été question de recherche ou d'innovation pédagogiques, le sujet du financement des établissements et de la pérennité des modèles existants aura finalement été l'invité d'honneur du rendez-vous.

"L'année a été particulièrement riche en dossiers structurants et complexes, concède Élisabeth Crépon, directrice de l'Ensta ParisTech et vice-présidente de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). Il est essentiel que nous pensions et réagissions collectivement pour aborder de façon efficiente notre environnement."

Des budgets revotés

Il y a quelques semaines, une vingtaine d'écoles publiques découvraient le montant de leur dotation – et par effet ricochet la ponction exigée dans leur fonds de roulement. Pour certaines, la pilule n'est toujours pas passée. "Pendant plusieurs années, nous avons économisé pour pouvoir mener à moyen terme des projets d'envergure, explique Sophie Commereuc, directrice de l'École nationale supérieure de chimie de Clermont-Ferrand. Au moment où l'on veut investir, l'État nous retire des fonds. Il vient rompre cette logique."

Amputée de 400.000 euros sur sa dotation 2015, l'école, qui s'est lancée dans un processus de fusion avec sa voisine IFMA, tiendra un conseil d'administration extraordinaire le 18 juin 2015, pour faire voter un nouveau budget 2015. "Au vu de la somme ponctionnée, nous devrons reporter certains projets, constate Sophie Commereuc. Pour les directions, cette situation est très complexe car elle décrédibilise leur discours et leur stratégie..."

À nous de faire preuve de cette même agilité, pour continuer de mener notre action.
(S. Commereuc)

"Un risque important de disparition d'écoles"

Si le dossier des fonds de roulement ne concernait pas les écoles de statut associatif, ces dernières aussi font la soupe à la grimace. En cause : les dotations publiques, qui baissent année après année. " Suite à la contractualisation liant nos établissements à l'État, nous avons joué le jeu, en apportant des changements importants dans nos structures, constate Jean-Michel Nicolle, directeur général de l'EPF. Les recrutements d'enseignants-chercheurs et d'HDR ont, par exemple, augmenté significativement. Malgré ces efforts, l'aide de l'État n'a cessé de diminuer."

Pour les directeurs, le risque est tout bonnement de voir disparaître certaines écoles. "Les établissements en difficulté n'ont plus de ressources de sécurité, poursuit Jean-Michel Nicolle. Et les ressources deviennent limitées, avec désormais l'impossibilité de développer certains produits, à l'image des masters internationaux."

Les écoles internes aux universités ont, elles aussi, leurs préoccupations budgétaires. À l'occasion du colloque, Jaques Fayolle, le directeur de Télécom Saint-Étienne, a sondé 40 confrères sur le financement de leur établissement. En ressortent des situations d'une grande hétérogénéité et, pour beaucoup, l'absence d'un contrat d'objectifs et de moyens clair signé avec l'université. Ce que prévoit pourtant la loi depuis 2014. "Or, sans une stratégie bâtie sur plusieurs années, les écoles deviennent plus vulnérables", regrette-t-il.

Une obligation : faire preuve d'agilité

Avec un coût de la formation par élève allant de 7.000 euros pour les écoles associatives à plus de 12.000 euros pour les écoles publiques, les directeurs s'accordent tous sur un point : il faut dégager de nouvelles marges de manœuvre. Augmenter les droits de scolarité ? Les écoles associatives reconnaissent ne pouvoir aller guère plus loin, quand les écoles sous tutelle du MENESR militent pour obtenir une ligne de conduite plus souple. Réduire les cours en présentiel ? C'est une piste abordée. "Force est de constater que la masse salariale pèse lourd dans nos budgets", note Jacques Fayolle.

Dans ce contexte, le salut pourrait bien venir du développement de nouveaux produits. De plus en plus de directeurs y pensent. La création de Bachelors reste le cas le plus évoqué, à l'image du diplôme proposé depuis bientôt deux rentrées par Arts et Métiers ParisTech. "Notre mission est de former des ingénieurs agiles, rappelle Sophie Commereuc. À nous de faire preuve de cette même agilité, pour continuer de mener notre action."

Trois questions à... François Cansell, président de la Cdefi
"Un diplôme d’assistant ingénieur, pour former des managers intermédiaires"
Le colloque 2015 de la Cdefi aura été fortement marqué par les inquiétudes budgétaires des écoles…

C’est en effet un point qui anime le débat. En termes de fonctionnement, nos établissements travaillent à budget constant et il devient difficile de gagner en productivité. Sur le sujet des fonds de roulement, le prélèvement opéré cette année devrait se reproduire en 2016 puis en 2017. Le dialogue avec le ministère va se tendre, c’est certain. Nous n’allons rien lâcher sur cette question, mais nous avons la volonté d’avancer. Ce débat ne doit pas faire oublier que nos écoles sont là pour apporter un véritable service à la jeunesse, aux entreprises, à la société.

Quelles sont les pistes de travail de la Cdefi pour les prochains mois ?

Il y a plusieurs dossiers à mener de front, parmi lesquels le développement de la formation professionnalisante et de l’entrepreneuriat étudiant, ou encore la valorisation de notre expertise technologique. La place des écoles au sein des communautés est aussi un vrai sujet : la Cdefi va accompagner les établissements lancés dans des processus de rapprochement. Des rapprochements qui se construisent trop souvent autour de la seule question des statuts. Le projet doit au contraire être la base des discussions.

À l’occasion du colloque, la Cdefi et la CTI ont reconduit leur convention de partenariat, avec des axes de travail bien précis pour les prochaines années. Parmi eux, l’élaboration d’un diplôme d’assistant ingénieur. Ce grade, équivalent à un "Bachelor", est vivement souhaité par bon nombre d’établissements…


En effet, les écoles sont demandeuses. Discuté depuis plusieurs mois, ce chantier sera lancé à la rentrée. Notre volonté est de mener ce projet en collaboration étroite avec les recteurs, les lycées, les universités et le monde de l’entreprise. Deux ou trois régions pourraient devenir "régions pilotes" pour expérimenter ce cursus.

Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires

Les annuaires du sup

Newsletters gratuites

Soyez informés de l'actualité de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Abonnez-vous gratuitement

Je m'abonne