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Notes et évaluation : l'avis des blogueurs EducPros

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Les récents débats sur la fin des notes et la remise en question des méthodes d'évaluation n'ont pas manqué de faire réagir les blogueurs EducPros.

Les billets de Claude Lelièvre

- "Notation sur 20, compositions et prix"

Claude Lelièvre"'Dans les compositions, chaque copie aura sa note chiffrée de 0 à 20.' Cette première mention de ce type de notation est solidaire de la question des prix et accessits par le biais des 'compositions'. Elle figure à l'article 21 de l'arrêté du 5 juillet 1890.

L'enseignement secondaire public (toujours payant, même après que les écoles communales soient devenues gratuites en 1882) était fréquenté alors presque exclusivement par la bonne bourgeoisie très friande des prix (et à défaut des accessits) pour ses enfants et de l'ostentation des remises de prix (dans un contexte de rivalité exacerbée avec les établissement privés après les lois Ferry). Il convient donc que les prix (et les accessits qui se multiplient) soient attribués de façon incontestable ('mathématiquement'), d'où des notes chiffrées qui permettent des moyennes et même des moyennes de moyennes (avec 'classement général', par exemple, pour l'attribution du 'prix d'excellence') en donnant l'impression qu'il existe en quelque sorte une 'unité de compte' puisque ce sont des 'chiffres' (et non pas des 'lettres' qui interdisent en principe l'établissement de moyennes)."

- L'évaluation : une vraie question politique

"[...] Il y a lieu de remarquer d'abord que, si la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem reprend actuellement de façon fort décidée une initiative prise par son prédécesseur Benoît Hamon, cela s'inscrit en plein dans l'une des dimensions majeures (et incontournables) de la 'refondation de l'École' (formulée nettement dès le début de sa conception, et réitérée constamment depuis).

[...] On ne saurait trop, à cet égard, conseiller la lecture de certains passages du livre de Roger-François Gauthier, un membre éminent du Conseil supérieur des programmes ('Ce que l'école devrait enseigner, pour une révolution de la politique scolaire en France', publié chez Dunod)., notamment le chapitre 'En quoi la machine à évaluer est-elle devenue folle ?', et une problématique (d'ordre politique) fondamentale (pages 72-73) : 'De deux choses l'une : ou bien toutes les évaluations des élèves sont là d'abord pour sélectionner, auquel cas il ne faut peut-être rien changer à l'existant ; ou bien on considère que ce que les élèves doivent apprendre est multiple et complexe, et alors on voit bien dans quel sens on doit agir. En résumé la devise devrait être de faire dépendre l'ensemble des pratiques d'évaluation des élèves du curriculum et non l'inverse !'
Et, pour faire bonne mesure, une dernière citation (pages 67-68) : 'En première approche, le système éducatif français peut sembler idéaliser et même sacraliser les savoirs. Pourtant, il se montre étonnamment léger (...) en se fondant sur cet objet étrange et complaisant qu'est le calcul de la moyenne. Et pas seulement à l'intérieur d'une discipline, mais entre toutes les disciplines, quelque disparates qu'elles soient. La non-maîtrise d'une compétence fondamentale dans une discipline disparaît dès qu'on 'compense' ladite discipline par une autre...'
Cela se comprend si l'essentiel, en réalité, est de 'classer' (socio-scolairement). Mais cela révèle, in fine, une indifférence extraordinaire (et généralement inaperçue) aux acquis réels des élèves, à leurs maîtrises de tel(s) ou tel(s) savoir(s), savoir-faire ou savoir-être. Les 'moyennes', la 'moyenne des moyennes', une vraie question politique en fin de cause !"

Le billet de Jean-Michel Zakhartchouk : "Sacro-saint thermomètre"

Jean-Michel Zakhartchouk"Difficile par moments de rester serein quand on lit le déferlement de commentaires négatifs sur le rapport sur l'évaluation des élèves rendu par le Conseil supérieur des programmes. Certes, des débats contradictoires ont parfois été organisés, mais trop souvent autour de la question : 'Faut-il supprimer les notes ?' alors que le CSP n'a jamais posé le problème de l'évaluation de cette manière très réductrice.

[...] Le thermomètre n'a aucune influence sur la température. Alors que la note, en décourageant ou encourageant, peut modifier la qualité du travail, l'observateur modifiant ainsi l'objet observé. Et souvent c'est beaucoup plus simple dans le sens négatif. Sans parler des prophéties auto-réalisatrices ('De toute façon, j'aurai zéro, car je suis nul'). Les vrais naïfs sont ceux qui, au mépris de tous les travaux en docimologie qui ont plus de cent ans, croient encore au miracle de la note-repère, objective et suffisamment informative pour permettre à chaque élève de se situer dans ses apprentissages. Que de nombreux enseignants compensent la pauvreté des informations qu'elle donne par des appréciations, des grilles de critères, des barèmes, cela est indéniable. Mais il s'agit souvent de palliatifs et, de toute façon, cela est assez peu pris en compte par les élèves qui ne regardent que le chiffre global."

Le thermomètre n'a aucune influence sur la température. Alors que la note, en décourageant ou encourageant, peut modifier la qualité du travail.
(J.-M. Zakhartchouk)

Les billets de Bernard Desclaux 

- Petit rappel sur l'évaluation faurienne

Bernard Desclaux"Curieusement, au cours de ce débat sur l'évaluation, on rappelle régulièrement la tentative par Edgar Faure en 1969 de remplacer les notes par une évaluation par cinq lettres. Et on interprète régulièrement son échec par le 'politique' : illusion soixante-huitarde d'un côté, réaction droitière de l'autre. C'est bien dommage car nous avons là un exemple de mise en œuvre qu'il serait utile de mieux observer afin d'éviter les mêmes erreurs aujourd'hui."

- Orientation et évaluation

"En ce temps de conférence sur l'évaluation des élèves, reprenons encore une fois mon argumentaire. Tant que le collège conservera son objectif d'orientation et que ce pouvoir sera attribué aux enseignants, à l'établissement, au chef d'établissement, à un logiciel d'affectation, toute évaluation, quelle que soit sa forme, sera transformée en système de notation permettant le classement et la distinction des performances des élèves !

[...] Je réclame, je défends depuis plusieurs années la suppression des procédures d'orientation.

[...] Le point essentiel pour moi est l'effet des procédures d'orientation sur les objectifs pédagogiques des enseignants du collège. Elles supposent que les élèves présentent des performances suffisamment différentes pour les classer et ainsi justifier la répartition des élèves entre les trois possibilités après la troisième : les deux voies de formation et le redoublement. Comment peut-on réclamer à la fois la différenciation des élèves et l'acquisition du socle par tous ?"

Comment peut-on réclamer à la fois la différenciation des élèves et l'acquisition du socle par tous ?
(B. Desclaux)

- Le CSP, la notation et l'orientation

"Dans les récentes propositions du Conseil supérieur des programmes, une vision positive se dégage, par beaucoup d'aspects, de ce que devraient être des formes d'évaluation au service de la progression de l'élève… Toutefois il subsiste au moins un point ambigu, point 'aveugle' du système, où l'on sent bien que les rédacteurs ont voulu ménager la chèvre (l'évolution de l'élève) et le chou (le pouvoir des enseignants)… Ce point, c'est évidemment l'orientation."

Le billet de Jean-Claude Dupas : "L'école bienveillante"

Jean-Claude Dupas"[...] Autour de la notion d'école 'bienveillante', autour de l'évaluation et notamment du choix entre chiffres et lettres pour coder les évaluations, deux points de vue s'affrontent. D'un côté, s'avance l'idée simple que si l'école doit devenir bienveillante c'est sans doute qu'elle ne l'était pas (suffisamment) jusqu'alors, notamment à cause de sa manière de noter. Tout se passerait, ainsi que l'explique Michèle Cotta, comme si une mise en garde s'imposait, 'comme si les enseignants, même s'ils notent les chères têtes blondes, ou brunes, ne se préoccupaient pas de leur état d'esprit ou de leurs réactions, comme s'ils ne remarquaient pas, au passage, les progrès réalisés par les uns et par les autres et comme si la notation des copies n'était pas, dans la quasi-unanimité des cas, expliquée, annotée en marge, justifiée par les enseignants'. Il y a une violence bien réelle dans les accusations implicites à la volonté de rendre l'école 'bienveillante'. En retour, s'établit la dénonciation du 'ronron pervers d'une égalité bienveillante', incapable de préparer à 'la vraie vie'. L'argumentaire adopte alors le mode d'une implacable démonstration : 'L'école, si elle est faite d'abord pour dispenser le savoir, est aussi une école de la vie. Et la vie, ce n'est pas un fleuve tranquille où chacun tresse des couronnes et chante les louanges des autres. À vouloir éviter toute compétition à l'école, on risque de mettre dans le circuit de l'âge adulte des jeunes gens dépassés par la brutalité avec laquelle parfois la vie traite les nouveaux venus.'

[...] L'élargissement souhaitable de la réflexion amènera également à constater que la pratique de la bienveillance à l'école ne se mesure pas uniquement selon la notation. Ce qui fait obstacle à la bienveillance, c'est le classement, la hiérarchisation, pas la notation qui n'en est que l'instrument (imparfait). Par ailleurs d'autres trop réels 'défauts de bienveillance' pénalisent l'école.
La panne de l'ascenseur social se prolonge et mérite analyse. Il est à craindre que l'égalité bienveillante ne suffise pas et n'empêche pas, pour reprendre l'argumentation de Michèle Cotta dans l'article déjà cité, que, quel que soit le contexte ou l'habillage de l'évaluation, 'les enfants des familles les plus aisées, ou les plus cultivées, trouveront dans leur univers personnel de quoi se préparer aux grands concours, notés eux, et aux difficultés de la vie après l'école'."

Ce qui fait obstacle à la bienveillance, c'est le classement, la hiérarchisation, pas la notation qui n'en est que l'instrument (imparfait).
(J.-C. Dupas)

Le billet de Jean-François Fiorina : Êtes-vous un bon docimologue ?

Jean-François Fiorina"Dans ma série 'les gros mots' de l'Éducation, l'évaluation – et sa science, la docimologie – occupent une place de choix... Voici ce que le mot évoque pour moi alors que s'ouvre, aujourd'hui, la Conférence nationale sur l'évaluation des élèves. Objectif : remettre une série de recommandations pour transformer l'évaluation en un outil de motivation plus que de sanction.

Que ce soit bien clair, je suis un partisan des notes. Cet indicateur de référence qui, de génération en génération, a influé sur la qualité des dîners en famille (!), les sorties, l'argent de poche voire la carrière (!) n'en reste pas moins un outil démocratique de la mesure d'un travail et d'un niveau. Sauf qu'en faire un outil type 'école des fans' où tout le monde 'a bon' – je pense ici au baccalauréat – ne sert ni l'apprenant ni le diplôme. Quel sens donner à un 22/20 !? Quelle perception de ce message par l'élève ? Ainsi que pour le professeur qui rappelle le décalage complet de ce type d'évaluation par rapport à une réalité vécue.

Pourtant ma vision de l'évaluation n'est pas manichéenne. Au contraire ! Si elle doit situer un niveau – pour l'élève et sa famille -, l'évaluation et la note doivent aussi indiquer les pistes de progrès, récompenser un engagement même sans résultats (encore) probants.

L'école du futur bouscule la traditionnelle manière d'évaluer. Avec immanquablement la question des compétences. Comment passer outre les compétences dites collectives telles que la capacité de travailler en groupe, les compétences numériques ou celles de du 'pitch' professionnel ?"


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Fabien Feschet.

Regardons également de manière différenciée l'enseignement scolaire et l'enseignement supérieur dans lequel on trouve la socle fondamental d'ECTS - ou crédits européens -. L'obtention d'un diplôme - hors cas particulier - correspond à l'obtention du nombre nécessaire de crédits (180 pour la licence par exemple). Dès lors, la note est placée comme moyen de délivrer les crédits donc de sanctionner une acquisition. Est-il possible d'obtenir une partie des crédits affectés à une unité d'enseignement ? Et bien non (Acquisition de l'UE emporte acquisition de la totalité des crédits) ! Pourtant le contrôle est continu et régulier ou terminal sans que celui-ci ne soit affecté d'une note nécessairement ! Il s'agit d'une mesure de l'acquisition de compétence, mesure résumée actuellement par une note. La difficulté aujourd'hui dans le système d'acceptation des notes revient à ce que la note guide l'obtention des crédits, sans que cela ne soit l'affaire de l'appréciation d'un pédagogue, la mesure est quantitative. La note devient potentiellement inutile totalement si les crédits sont affectés aux compétences. C'est étrangement une piste que je n'ai - probablement par omission d'une partie de la littérature - que rarement vu. La question fondamentale sur le plan de la perception "note ou pas note" reste également, de mon point de vue, de savoir qui délivre le sacro-saint diplôme - ie les règles du jury - !

Bernard Desclaux.

Petite précision, le billet Le CSP, la notation et l'orientation n'est pas de moi, mais de Jean-Marie Quairel. Mais avec lequel je suis tout-à-fait d'accord.