Newsletter

Ouverture du capital des business schools : après EM Lyon, à qui le tour ?

Jean-Claude Lewandowski
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Learning center de Burgundy School of Business (Dijon)
La Burgundy business school, à Dijon, la première école de commerce française qui a ouvert son capital aux investisseurs privés. // ©  Burgundy School of Business
L’arrivée au capital d’EM Lyon d’un fonds d’investissement associé à BpiFrance met en effervescence les écoles de commerce. Pour l’heure, rares sont celles qui envisagent de se lancer. Mais toutes suivent avec attention le dossier.

C’est le sujet du moment pour les business schools de l’Hexagone. En annonçant, mi-juin, l’ouverture de son capital au fonds d’investissement Qualium et à BpiFrance, EM Lyon a mis en émoi les directions des écoles et les CCI. Certes, des investisseurs privés sont déjà présents dans certains établissements : le fonds britannique Cinven est propriétaire de l’Inseec, le groupe espagnol Planeta possède l’EDC. Mais c’est la première fois qu’une des principales écoles de commerce françaises s’engage vers un modèle de financement purement privé.

L’exemple lyonnais va-t-il donner des idées à d’autres ? Sera-t-il suivi ? Pour l’heure, la plupart des acteurs refusent de se prononcer, d’autant que la période estivale qui s’ouvre se prête peu aux annonces majeures. Mais tous observent avec attention la démarche. Et il est probable que d’autres initiatives vont suivre.

Un modèle à bout de souffle

La plupart des écoles de commerce se trouvent en effet confrontées à une équation financière délicate. Certes, nombre d’entre elles ont acquis des positions enviables et disposent d’une solide notoriété, y compris à l’international. Toutefois, pour rester dans la course (recruter des enseignants-chercheurs de haut niveau, se renforcer dans le numérique, rénover ou agrandir leurs locaux), elles doivent investir.

Or, leurs ressources ont tendance à diminuer : les subventions publiques se réduisent comme peau de chagrin, les CCI se retirent peu à peu, la taxe d’apprentissage se tarit. Dans le même temps, les frais de scolarité ont atteint un plafond, et les revenus issus de la formation continue ne sont pas extensibles à l’infini.

Les business schools se sont beaucoup développées, mais nous arrivons au bout de cette logique.
(S. Bourcieu)

"Nos écoles ont tiré le meilleur parti possible de leur modèle actuel, résume Stéphan Bourcieu, directeur général de Burgundy School of Business. Elles se sont beaucoup développées, mais nous arrivons au bout de cette logique. Il nous faut passer à l’étape suivante." BSB, qui a été la première école consulaire à ouvrir son capital au 1er janvier 2018, se déclare prête à mener une nouvelle opération de ce type d’ici deux ans. Objectif : lever 15 à 20 millions d’euros.

Un éventail d'investisseurs

Qui plus est, une prise de conscience s’opère : bien géré, l’enseignement supérieur – notamment en management – peut être rentable. "Les étudiants s’engagent pour trois ou cinq ans, ce qui donne une bonne visibilité sur les revenus", souligne Isabelle Barth, directrice générale de l’Inseec. "C’est une activité à l’abri des cycles économiques, et dont les droits de scolarité sont récurrents, confirme Stéphan Bourcieu. Cela peut séduire des investisseurs." Même s’il est difficile de rentabiliser la recherche, pourtant indispensable pour faire bonne figure dans les classements et décrocher des accréditations.

D’où la tentation, pour certaines écoles, de faire appel à des financements privés. Côté investisseurs, l’éventail est désormais assez large. On peut imaginer des fonds comme Apax, Cinven ou encore Eurazéo, lequel détient les écoles hôtelières suisses Glion et Les Roches, ainsi que, depuis peu, l’école de cuisine d’Alain Ducasse ; des institutionnels comme la Caisse des dépôts (à laquelle Qualium est lié) ; ou encore des fondations d’intérêt général. Sans compter, de manière plus limitée, les associations d’alumni ou les fondations d’écoles – voire le personnel des établissements, qui pourrait être invité aux tours de table, comme ce sera le cas à EM Lyon.

Les établissements consulaires concernés

Les écoles sous statut d’EESC (Établissement d’enseignement supérieur consulaire), comme HEC, l’ESCP Europe, Grenoble EM, Toulouse Business School, Neoma ou Audencia, seraient les plus à même de franchir le pas – même si elles ne sont pas autorisées à verser des dividendes, et donc à rémunérer un actionnaire. Celui-ci peut toutefois espérer réaliser une opération bénéficiaire lors de la revente de ses parts – comme l’a montré récemment la cession de l’Inseec par Apax Partners. D’autres écoles pourraient également changer de statut, histoire de se tenir prêtes.

Bref, l’affaire est suivie avec attention, même si certains écartent d'emblée tout mouvement de capital. "L’hypothèse n’est absolument pas d’actualité", assure-t-on à la CCI de Grenoble. Même tonalité à Audencia : "Notre stratégie repose sur la différenciation et la sélectivité, et non sur le volume, indique Christophe Germain, directeur général de l'école nantaise. Et nous disposons aujourd'hui des ressources nécessaires à notre développement. Nous n'envisageons pas d'ouvrir notre capital." D’autres s’en tiennent à un mutisme prudent.

Des investisseurs triés sur le volet

Tous les regards se tournent en particulier vers la CCI de Paris Île-de-France, qui exerce sa tutelle sur HEC, l’ESCP Europe et l’Essec. "Nous investissons énormément dans le recrutement d’enseignants-chercheurs de niveau international et dans la recherche, souligne Didier Kling, son président. C’est la raison pour laquelle ces écoles n'ont pas vocation à être des centres de profit – ce n'est pas notre projet -, mais doivent tout de même générer des ressources pour investir."

Pour résoudre le problème de financement de ces écoles, la Chambre compte donc procéder en deux temps. D’abord, leur imposer un retour à l’équilibre d’exploitation dans un délai de trois ans. Ensuite, ouvrir leur capital – "mais dans des proportions limitées", et à des investisseurs triés sur le volet. La Fondation HEC, par exemple, traditionnellement très présente aux côtés de l’école, s’est fixée un objectif très ambitieux de 200 millions d’euros à collecter en 5 ans. Elle devrait monter au capital. Un accord-cadre a également été signé avec la Caisse des dépôts.

Lire aussi : HEC Paris ambitionne de lever 200 millions d'euros via sa fondation

Enfin, d’autres investisseurs engagés dans des causes d’intérêt général pourraient rejoindre le tour de table. Un plan plus précis devrait être présenté par la Chambre à la rentrée prochaine. "Mais pas question de permettre à un investisseur de racheter une de nos écoles. Jamais !", martèle Didier Kling.


Jean-Claude Lewandowski | Publié le

Vos commentaires (1)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Thomas.

"C’est une activité à l’abri des cycles économiques, et dont les droits de scolarité sont récurrents" - sauf quand une ESC explose en vol, comme fBS il y a 4 ans. De plus, il me semble avoir lu sur ces pages un discours dénonçant la "bulle spéculative" aux USA concernant les frais de scolarité devenus exhorbitants. Mais apparemment ici, ce discours n'a plus lieu d'être, quand il s'agit d'attirer les investisseurs... Amis étudiants, il y a fort à parier qu'une école financée paar des investisseurs privés facturera cher des services très limités, seul moyen d'assurer des dividendes conséquents. On prend les paris?