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Palmarès 2016. Les écoles de commerce en quête d’un nouveau business model

Cécile Peltier
Publié le
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Campus d'HEC
HEC domine le palmarès des grandes écoles de commerce de l'Etudiant. // ©  HEC

Baisse des ressources, saturation du marché national... Confrontées à une remise en cause de leur modèle économique, les grandes écoles de management se tournent vers l’entreprise et l’international pour diversifier leurs financements. Le point à l’occasion de la publication du palmarès L’Etudiant des grandes écoles de commerce.

Campus spacieux hyper-connectés, équipes d'enseignants-chercheurs formés dans les meilleurs établissements mondiaux, large réseau d'universités étrangères et d'entreprises partenaires, taux d'insertion professionnelle flatteurs malgré la crise... Les grandes écoles de management françaises restent une valeur sûre, souvent citée en exemple par nos voisins étrangers.

Pourtant, elles ont le blues. "Sur les 32 écoles du Chapitre des écoles de management de la CGE, dix à douze peuvent être considérées comme en grave danger", diagnostique Loïck Roche, son président.

Une baisse des ressources

En cause, notamment : la baisse des ressources. Mises à la diète par l'État, les CCI (chambres de commerce et d'industrie) ont réduit les subventions qu'elles leur versaient à peau de chagrin. À l'ESC Dijon, par exemple, la dotation est passée de 1,5 million d'euros en 2014 à 1,08 million en 2015 et 900.000 euros en 2016. Les plus prestigieuses ne sont pas épargnées : HEC et l'ESCP Europe perdent environ 13% de leurs effectifs suite au plan de départ volontaire initié par la CCI Paris Île-de-France.

Autre épine dans le pied des écoles : la réforme de la taxe d'apprentissage. Une enquête récente de la CGE révèle une baisse moyenne du barème (partie hors formation par apprentissage de la taxe) de 46% entre 2014 et 2015. Soit une perte de 30 millions d'euros pour les 32 écoles de management de la Conférence, l'équivalent de 300 euros par étudiant.

À ces déboires financiers s'ajoutent des questions structurelles, comme la saturation du marché des classes préparatoires. Au concours 2015, l'ouverture de 300 places supplémentaires pour partie par des institutions de haut de tableau – 50 pour l'EM Lyon ou l'Edhec –, a accentué la difficulté des écoles les plus modestes à recruter. Résultat : plus d'un quart des écoles n'ont pas fait le plein de ce type d'élèves.

De nouveaux campus

Or les écoles ont plus que jamais besoin d'argent pour se développer. Elles ont dépensé des millions pour s'équiper en numérique et adapter leurs locaux aux nouveaux usages. "Si dans un cours, 10 à 15% des activités ne s'appuient pas sur le digital, on risque de perdre l'attention des étudiants", confie Olivier Aptel, le directeur de l'ESC Rennes, qui va consacrer 3 millions d'euros sur trois ans à un plan de digitalisation.

Le nouveau bâtiment intelligent inauguré par l'EM Lyon, lui, abritera au rez-de-chaussée un incubateur et à l'étage un "creativity et learning hub".

Depuis quelques années, les business schools françaises ont aussi massivement investi dans un corps d'enseignants capables de publier dans les meilleures revues. Objectif : satisfaire aux critères des labels de la CEFDG et des accréditations internationales – Equis, AACSB, Amba, indispensables (ou presque) pour tirer son épingle du jeu sur un marché mondial très concurrentiel.

Si dans un cours, 10 à 15% des activités ne s'appuient pas sur le digital, on risque de perdre l'attention des étudiants. (O. Aptel)

L'international : un investissement sur le long terme

Malgré la baisse des ressources et la hausse des dépenses, les écoles de commerce ne s'avouent pas vaincues. Et expérimentent de nouveaux relais de croissance. Ainsi, les écoles multiplient les implantations à l'étranger : Neoma à Nankai, TBS et l'EM Lyon à Casablanca, l'Inseec à San Francisco...

Leur but : offrir une expérience internationale à leurs étudiants, disposer d'une vitrine pour en recruter de nouveaux et éventuellement les former sur place... "75% de la croissance de l'école dans les dix prochaines années proviendra de nos activités à l'international avec ces campus comme têtes de pont", estime le DG de l'EM Lyon, Bernard Belletante.

L'ESSEC qui vient d'inaugurer un campus flambant neuf à Singapour, prévoit de poser ses valises au Maroc, à l'île Maurice et peut-être au Mexique : "L'objectif est d'avoir une implantation au moins par continent en lien avec les entreprises de la région", résume son directeur général, Jean-Michel Blanquer. Des investissements de plusieurs millions d'euros qui ne porteront leurs fruits que sur le long terme.

Essec Asia Pacifique à Singapour.

Le filon de la formation continue

L'executive education est un autre filon que les écoles cherchent à exploiter. Mais la concurrence est rude. Pour se rapprocher de la demande, plusieurs, comme Audencia, ont ouvert des locaux dans la capitale. Déjà dédié aux trois quarts à la formation continue, son campus parisien accueillera en 2016 l'Executive MBA déjà proposé à Nantes, et de plus en plus de formations sur-mesure pour les entreprises. Le segment pèse environ 10% du chiffre d'affaires du groupe, l'idée étant d'atteindre 15% en 2020.

Rescapée du naufrage FBS, le Groupe ESC Clermont, qui vient de retrouver son grade de master et sa place dans la BCE (banque commune d'épreuves), mise notamment sur l'executive education pour trouver un second souffle. Son ambition : passer de 11% à 15% des recettes d'ici à deux ans.

Développer le fundraising

Les écoles de commerce se tournent aussi de plus en plus vers le fundraising. "En recrutant nos diplômés, les entreprises ont accès à des 'produits' bien formés, en d'autres termes, des profils qui créent de la performance. Elles doivent soutenir le modèle en nous aidant financièrement", plaide Frank Bournois, DG de l'ESCP Europe, qui espère franchir en 2015 la barre des 2.5 millions d'euros collectés par ce biais.

En 2013, sur 12 écoles à s'être lancées dans le fundraising, quatre seulement avaient engrangé plus de 500.000 euros.

Pionnière en la matière, la Fondation HEC a levé fin 2013 un peu plus de 110 millions d'euros sur cinq ans. Et pour la prochaine collecte, son nouveau directeur, le Canadien Peter Todd, a bien l'intention de faire encore mieux ! Mais tout le monde ne possède pas la force de frappe de l'école de Jouy-en-Josas : en 2013, sur 12 écoles à s'être lancées dans l'aventure du fundraising, quatre seulement avaient engrangé plus de 500.000 euros.

Nouveau statut, nouvelles marges de manœuvre ?

Les écoles consulaires comptent enfin sur les nouvelles marges de manœuvre offertes par le statut d'EESC (Etablissement d'enseignement supérieur consulaire). "Nous pourrons recruter, fidéliser les meilleurs chercheurs internationaux mais aussi cadres dirigeants, sans référer aux règles consulaires de rémunération en décalage complet avec l'environnement concurrentiel de nos métiers. Nous pourrons racheter des cabinets de conseils, développer des filiales à l'étranger... " se félicite Loïck Roche.

Mais aussi "proposer aux entreprises d'investir dans nos écoles", ajoute François Bonvalet, directeur général de TBS, actuellement en discussion avec plusieurs d'entre elles.

VERS UNE HAUSSE DES FRAIS DE SCOLARITE ?

Mais tous ces gisements ne seront pas profitables tout de suite, et, à court terme, les ESC auront du mal à ne pas augmenter leurs frais de scolarité. Ils ont déjà progressé en moyenne de 7,6% entre 2013 et 2015. "Une partie des ressources des écoles diminuent, et il devrait y avoir des hausses un peu partout", assure Olivier Oger, directeur général de l'Edhec.

Certaines écoles sont sans doute déjà au-delà du raisonnable ; une douzaine affichent des frais de scolarité quasi répulsifs.
(L. Roche)

Cet été, l'école lilloise a fait couler beaucoup d'encre en passant les droits d'inscription annuels de son programme grande école de 12.500 à 12.900 euros. "Nous avons tout à fait conscience de l'investissement que cela représente, mais nous devons continuer à financer notre développement. Il ne faut pas oublier qu'un étudiant nous revient à près de 20.000 euros par an", poursuit le directeur. À terme, l'idée est de pratiquer des frais de scolarité au plus près du coût réel, qui permettront de financer des bourses pour les moins aisés. "20% d'étudiants de l'ESC bénéficient de bourses, l'objectif est d'atteindre 40% en 2020. "

Attention à ne pas casser le jouet, prévient Loïck Roche. Toutes les écoles ne disposent pas de cette marge de manœuvre. "Certaines écoles sont sans doute déjà au-delà du raisonnable ; une douzaine affichant même des frais de scolarité quasi répulsifs."

Le palmarès 2016 des écoles de commerce de L'Etudiant
L'Etudiant donne à chacun la possibilité d'établir son classement des écoles de commerce mastérisées à partir d'une cinquantaine d'indicateurs sur des volets académique, international ou professionnel.
- Consulter les indicateurs
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Cécile Peltier | Publié le

Vos commentaires (6)

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JF LORAUX.

Je suis un retraité maintenant donc peu au fait des "innovations" des ESC.... mais certaines bases restent les mêmes. 1. Le Marché La France a perdu entre 1981 et aujourd'hui plus de 40% de son industrie, évolution que TOUT le MONDE a caché (politiques et autres gestionnaires). 2. L'Industrie Pour ceux qui restent, des changements drastiques ont eu lieu: mise à jour informatique, qualité et contrôles (ISO 9000), achat de nouvelles machines, et son corollaire obligatoire baisse du personnel à TOUS les niveaux, augmentation de la charge de travail. L'obligation d'avoir du personnel bilingue ou trilingue OPERATIONNEL dans chaque métier n'a semble-t-il pas franchi le seuil de la plupart des PME-PMI dont la la survie passe pour beaucoup pour un international bien pensé.. Il n'y a toujours pas de modèle à la japonaise avec une société maître d'oeuvre et ses sous-traitants français dans une VERITABLE logique de partenariat. 3. Les Ecoles françaises IL y a encore peu, j'ai posé 1 SEULE question à un jeune ingénieur "parles-tu anglais ?". La réponse fut hélas NON. Combien de Sup de Co travaillent actuellement à l'étranger en "carrière longue", j'entends par là au minimum 10 ans ? Combien sont allés, puisque qqu'un en parle, en Afrique et notamment au Nigeria, ou en Indonésie ? Et pourtant, l'état de l'économie française qui n'est même plus inquiétant car il n'y a quasi plus d'industrie, ne permet plus depuis de nombreuses années d'absorber l'augmentation du nbre de diplômés avec un niveau en baisse. Et ce n'est pas près de changer. Et sans industrie, pas de "services", donc pas d'emploi cols blancs! Compter sur la collecte est effectivement illusoire d'autant que les sociétés "crachent" déjà "au bassinet" par le biais des Chambres de Commerce ET d'Industrie dont la pléthore de personnel, hors Formation pour certaines, est budgetivore et peu efficace. Pourquoi un industriel accepterait-il de payer une 2ème fois? De plus, Les grands groupes en sont à créer leurs propres écoles internes, comme cela s'est fait jusqu'en 1960, tellement la qualité de "l'environnement éducatif" a chuté, avec en plus une inadéquation totale entre la prestation et les besoins. Nos petites querelles internes, la volonté de pouvoir de nos édiles (je veux un hôpital, je veux une Sup de Co, etc), le manque de réaction des "élites", notamment l'ENA, qui, entre parenthèses, est dans le même état que les Sup de Co (trop de diplômés, aucun lien avec l'Industrie donc aucune connaissance de celle-là ....), la volonté de ne pas réformer, ont fait de notre pays ce qu'il est. Alors, oui, je pense que comme dans les années 70, il va y avoir de la casse. Et ce n'est que le début, hélas. Bon courage quand même à nos écoles PS1: Je suis étonné de la remarque sur les profs "venant de l'université". N'y aurait-il plus de profs issus de l'Industrie et travaillant dans les entreprises ????? PS2: A l'époque.... lointaine, j'ai quitté la France pour une longue période après un passage rue Sambin et au Leeds Polytechnic

Jac Ch.

Question : quel est le pays au monde qui a le plus d'industrie par tête d'habitants? C'est un pays riche. C'est la Suisse (juste après le Lichtenstein). Sachant que les "banques" ne rapportent à ce pays que 10% de son PIB il est manifeste que l'industrie est un moyen sûr de richesse. Idem pour l'Allemagne...

Thomas.

Tiens, un diplômé ESC Dijon...

Thomas.

Depuis 15 ans, les ESC de la Conférence des Grandes Ecoles ont connu 4 tendances généralisées : 1/ Un doublement voire triplement de la taille des promos "grande école" ; 2/ un recrutement tous azimuts d'étudiants venus de parcours très différents ; 3/ Un refonte complète du coprs professoral venu aujourd'hui de l'université et recruté pour faire de la recherche ; 4/ Une explosion des frais de scolairité. Aujourd'hui: certains se rendent compte que le niveau moyen baisse, que les salaires à la sortie baissent, et que bon nombre de diplômés rament pour se placer.... Tout ceci était largement prévisible, car on a fait le choix de la quantité au lieu de la qualité, et ce sont les étudiants qui paient les frais (sans jeu de mot) de cette évolution...

Thomas.

J'ai toujours eu un peu de mal à comprendre l'obsession des ESC vis-à-vis des dotations en provenance des CCI, sachant qu'historiquement, les étudiants et leurs familles apportent 75% du budget d'une ESC standard et les CCI versent le quart restant...Mais bon: historiquement, la majorité des profs et du personnel administratif sont (ou étaient) salariés par les CCI.... Ou comment un "actionnaire minoritaire" influence la stratégie d'un établissement d'enseignement, sans que ceux qui "bénéficient" des cours puissent influencer quoi que ce soit...

jean.

Comme souvent nous préparons la guerre de 40 sur le modèle de 14-18. Il ne restera que 3 ou 4 écoles de rang 1 sur des axes généralistes avec de fortes spécialités, les autres écoles ne dégagent pas suffisamment de valeur "Marque" pour être visibles (vendre le Luxe du Nom) Nos écoles se battent sur le même terrain mais ne peuvent plus garantir l'employabilité et le salaire de sortie, ou couvrir le risque chômage. Le modèle de financement de la formation par endettement des étudiants est proche de l'implosion aux USA ou des retraités sans ressources continuent de payer leurs frais de scolarité... 1- Il faut cesser le massacre de l'anglicisation qui nous fait perdre notre identité et notre valeur ajoutée. C 'est un peu comme si puissance militaire montagneuse disposant du monopole des chasseurs alpins ( quelques milliers d'hommes) se lançait dans une guerre navale contre quelques millions de marins et de navires... L'Afrique, seul terrain de croissance ou nous avons une position " encore forte' bascule sur le modèle Anglo-saxon. Pourquoi faire des études secondaires en français lorsque les grandes écoles françaises vous demandent de parler anglais pour vous vendre un diplôme Anglo-saxon... En clair si vous voulez devenir le Roi de la Pizza suivriez vous des cours dans un restaurant Chinois? 2- Le digital (plus ou moins gratuit) et la formation de masse sont la clef "marketing" de la formation payante de haut niveau (Mooc, Spoc, ...). 3-Tous les cours doivent être en ligne ce qui implique de revoir nos modèles de propriété intellectuelle et de rétribution des experts. (Gadille & Shockaert) 4- Le prof qui n'est pas un expert et l'expert qui n'est pas un prof n'a plus de reconnaissance et de ROI, il faut donc revoir les statuts des "Knowledge Workers " et des enseignants (Jemielniak) 5- La communauté de pratique est au cœur de la transmission et de la reconnaissance des savoirs. Les Ecoles doivent intégrer ces organisations Synaptiques et revoir leur management des communautés (Cohendet) 6- L'agilité et donc la rapidité de réponse sont le "Graal" des entreprises...et des ESC. Les Ecoles doivent devenir des machines à transformer et à diffuser en masse tout nouveau savoir en "capsule pédagogique certifiée" (C.Jean) L'inversion (volumes et revenus ) entre formation initiale et formation continue contraint les ESC a basculé leurs revenus à 70% dans de nouveaux modèles d'apprentissages continus " Digital Knowledge Learning" Nos écoles sont inventives, riches de diversités, fortes de leur terroir...Osons, osons,osons!!!

yann Bisiou.

"Digitalisation", "executive éducation", "international"... et hausse des droits d'inscription. Je suis toujours surpris par le manque d'innovation et l'incapacité des Business Schools à se réinventer, elles qui devraient être des leaders créatifs de l'enseignement supérieur de demain.

JP Nanteuil.

Pour juger du prétendu manque d'innovation des business schools il faudrait d'abord les connaître. Les bêtises que vous avez publié sur votre blog à propos d'HEC montrent que ce n'est pas le cas

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