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Parcoursup : au cœur d'une commission d'accès à l'enseignement supérieur

Laura Taillandier
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La commission d'accès à l'enseignement supérieur de l'académie de Lille ouvre sa deuxième réunion de travail, mardi 5 mai 2018.
La commission d'accès à l'enseignement supérieur de l'académie de Lille ouvre sa deuxième réunion de travail, mardi 5 mai 2018. // ©  Laura Taillandier
"Garantes du système" Parcoursup, les commissions d'accès à l'enseignement supérieur planchent depuis le 22 mai 2018 sur les dossiers des candidats refusés sur l'ensemble de leur vœux. Un travail de longue haleine, nécessitant de ne pas défavoriser les lycéens toujours en attente sur Parcoursup. Reportage à la commission académique de Lille.

Une CAES pour réparer la casse ? Dans les académies, les commissions d'accès à l'enseignement supérieur ouvrent une nouvelle page de la procédure Parcoursup. Celle de l'examen des dossiers des candidats laissés sur le carreau faute de n'avoir formulé que des vœux pour intégrer des filières sélectives.

Dans l'académie de Lille, cette nouvelle instance née de la réforme de l'entrée à l'université a déjà proposé une solution aux 310 lycéens ou élèves en réorientation dans cette situation. Mardi 5 mai 2018, ses 25 membres rassemblés autour d'une même table dressent le bilan de la première session, dans une des salles de réunion du rectorat.

"L'objectif n'est pas de faire du chiffre"

"Pour certains candidats, nous avons trouvé une solution rapidement. Pour d'autres, ce sera plus compliqué. Aucune situation n'est identique, en conséquence, aucune réponse ne peut l'être", prévient en préambule la rectrice de Lille, Valérie Cabuil, qui préside la réunion. "L'objectif de la CAES n'est pas de faire du chiffre, mais de l'accompagnement individuel", abonde Dominique Lévèque, la cheffe du service académique d'information et d'orientation.

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En examinant la pile des dossiers, les membres de la commission ont découvert une grande diversité de situations. D'une part, des candidats ayant fait un vœu unique dans une formation au fort taux de pression dans l'académie : des bacheliers STD2A souhaitant intégrer une Manaa, des ST2S "focalisés sur des BTS santé-social", des candidats au BTS tourisme alors que l'académie n'en compte que 3 ou 4… Mais aussi des élèves "au projet peu abouti, avec des vœux partant dans tous les sens" ou ne pouvant prétendre à une grande mobilité dans la région, énumère Dominique Lévèque.

Cinq solutions sur la table

Charge donc à la commission de trouver une solution adaptée à chaque candidat. Pour mener à bien l'exercice, quatre groupes de travail dits "opérationnels" se sont répartis l'examen des 310 dossiers selon la filière d'origine du candidat (bac général, technologique, professionnel et réorientation).

Avec en main pour se décider, les préférences sur les vœux demandées au candidat en début de procédure. "Il y a eu une inquiétude sur cette rubrique à l'ouverture de Parcoursup, mais nous nous rendons bien compte que ces informations servent à proposer à ces élèves une formation la plus en adéquation avec leurs souhaits", souligne la rectrice.

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Dans ces groupes de travail, cinq solutions ont été proposées aux candidats : des places laissées vacantes sur lesquelles il n’y a pas de candidats "en attente", le renvoi en phase complémentaire lorsque l'assurance que des places y seront disponibles est établie, un contrat d'apprentissage, un rendez vous avec le CIO pour revoir son projet d'orientation ou encore un suivi spécialisé.

"Certains élèves ont besoin d'un suivi spécifique. Nous pourrons leur proposer un équivalent d'un 'oui, si' via une place en classe passerelle pour les aider à renforcer leurs compétences et accéder à la filière de leur choix", précise la rectrice. Une piste à suivre, après l'annonce de l'ouverture, dès la rentrée 2018, de 2.000 places dans ces "sas" entre la terminale et le BTS.

L'apprentissage au cœur des propositions

Mais c'est surtout la proposition d'un contrat d'apprentissage que les membres de la commission ont retenu. "C'est une nouveauté", relève ainsi Valérie Cabuil.

Aux 163 futurs bacheliers, 44 propositions ont concerné une formation sous cette forme. Même chose pour 24 des 93 jeunes en réorientation. Pour ces derniers, "l'apprentissage peut leur redonner confiance et les remotiver après plusieurs années dans l'enseignement supérieur", appuie Dominique Lévèque.

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Des propositions qui tombent à pic avec la réforme de la voie professionnelle qui entend booster à nouveau l'apprentissage dans l'enseignement secondaire. Mais qui soulèvent de nouvelles questions comme celles de Sophie Dubois, chef du service apprentissage au conseil régional.

"Nous sommes satisfaits que l'apprentissage fasse partie des solutions concrètes proposées aux jeunes mais attention à l'image renvoyée. Cela ne doit pas être vu comme un choix par défaut ou une solution de repli", note-t-elle. Pour la rectrice de l'académie, au contraire, formuler ses propositions au sein de la CAES permet de "faire une publicité sur ces contrats qui existent".

D'autant plus que les propositions auront été faites aux candidats qui avaient demandé la formation sous statut scolaire, sans envisager la même option en apprentissage. "Nous avons senti que le jeune avait besoin d'un déclic, notamment en réorientation. Pour se dire : 'Je peux me former autrement'", argumente Dominique Lévèque.

Quelle équité avec les autres candidats ?

Deuxième proposition phare faite aux candidats : une place encore vacante dans les BTS de la filière industrielle ou en sciences humaines et sociales à l'université.

Le renvoi en procédure complémentaire aura donc été peu proposé aux candidats. Un choix pourtant nécessaire pour garantir une équité de traitement entre les candidats et faire en sorte que ces lycéens ne passent pas devant les autres, toujours en attente sur Parcoursup.

"Nous nous interrogeons sur l'articulation de la commission qui se place en amont du processus en proposant des places vacantes. Il ne faut pas préempter la phase complémentaire", insiste ainsi Lynne Franjié, vice-présidente formation et vie universitaire de l'université de Lille.

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Une "question délicate", identifiée par le rectorat. "Ce problème est apparu dans tous les groupes. C'est un subtil équilibre qui a nous a conduit à proposer peu de places au regard de celles qui étaient vacantes. Ce travail aura surtout permis de proposer un accompagnement aux dossiers dont le projet méritait d'être approfondi", rappelle la responsable du service d'orientation.

Les candidats renvoyés devant le CIO auront ainsi une proposition après avoir reçu une aide pour peaufiner leur projet. "Il faut arrêter de se focaliser sur le temps. L'essentiel est qu'à la fin, le jeune est une place qui lui convienne", persiste Valérie Cabuil.

Le rectorat compte aussi sur les établissements de l'enseignement privé pour proposer au fur et à mesure davantage de places vacantes. Surtout que pour l'instant, au niveau national comme au niveau académique, les saisines de la commission par les candidats sont encore peu nombreuses.

Le rectorat s'attend ainsi à une déferlante de demandes après le baccalauréat, une fois que la phase complémentaire aura livré ses premiers résultats. "C'était aujourd'hui un premier tour de chauffe, qui nous permet d'améliorer la procédure pour la suite", résume Valérie Cabuil. 130 nouveaux dossiers attendent déjà la commission, dont la prochaine réunion est fixée à la fin du mois de juin.

Les recours arrivent sur le bureau des universités

Alors que la procédure Parcoursup avance, des candidats déçus se tournent vers les universités. "Nous commençons à recevoir des demandes de recours. Ce n'est pas encore un raz-de-marée, mais nous aimerions savoir quelles réponses fournir", s'inquiète Lynne Frandjié, la vice-présidente de l'université de Lille. Ces demandes, une vingtaine sur les 75.000 dossiers examinés par l'établissement, émanent aussi bien d'élèves que de parents.

"Certains veulent connaître les raisons ayant conduit la formation à opposer un 'non', mais nous leur répondrons en fin de processus, d'autres demandent la révision de la décision que le candidat soit en attente ou refusé, et certains s'interrogent sur la marche à suivre en cas de refus sur toutes les formations", détaille l'universitaire.

La commission d'accès à l'enseignement supérieur de Lille ouvre ainsi un nouveau groupe de travail pour examiner cette question de l'harmonisation de la communication à donner aux candidats, afin que tous aient "les mêmes éléments de langage".


Laura Taillandier | Publié le

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