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Réouverture sous tension à Toulouse 2 

Camille Pons
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Réouverture sous tension à Toulouse 2 
Le retour des étudiants à Toulouse 2-Jean-Jaurès est prévu pour jeudi 24 mai 2018. // ©  Mathieu Oui
Après plus de cinq mois de crise, dont huit semaines de blocage, une mise sous tutelle, une évacuation par les forces de l’ordre suivie d'une fermeture administrative de deux semaines, l'université a enfin rouvert ses portes aux personnels, mardi 22 mai 2018. Le retour des étudiants, lui, est prévu pour jeudi 24 mai. Aucune information cependant concernant l’organisation des examens, décalés au 11 juin.

L’information courait depuis quelques jours…Mais l’administrateur provisoire de l'université de Toulouse 2, Richard Laganier, a attendu vendredi 18 mai, 17 heures, pour confirmer, dans un communiqué publié sur le site de l’université, la réouverture progressive du site toulousain, ce mardi 22 mai.

Le 9 mai dernier, ce dernier avait acté la fermeture administrative du campus, sous contrôle policier, après l'évacuation des étudiants et membres du personnel qui bloquaient les locaux depuis le 6 mars. En lutte contre le projet local d'université intégrée prévu dans le cadre de l’Idex, abandonné depuis, ils protestaient désormais contre la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants).

Décrétée par l'administrateur provisoire aux motifs que l'occupation des locaux avait "entraîné de nombreuses dégradations" – dont le coût est estimé à 400.000 euros par l'administrateur – et que la sécurité des biens et des personnes était compromise, cette fermeture administrative a suscité de nombreuses critiques. Aussi bien du côté des membres du personnel que des étudiants, mobilisés ou non, pointant une situation au point mort.

L’administrateur critiqué pour son absence de prises de décisions

"Évacuation, oui, déblocage, non", résumait la semaine dernière la trésorière de la section locale du Snesup, Cécile Trojani, interrogée par EducPros au sujet d’une éventuelle levée de la fermeture administrative. En effet, si le blocage qui avait précédé "empêch[ait] l'accès aux bâtiments, mais non la libre circulation sur le campus", ces deux dernières semaines, les accès ont été interdits aux étudiants et extrêmement limités pour les membres du personnel soumis à une procédure Internet "très stricte" de demande d'"autorisation spéciale".

Ainsi, jusqu’à ce jour, seules ont été organisées les préparations aux oraux des concours (Capes, agrégation, etc.) sur les sites de l'Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation), situés hors du campus du Mirail, indiquait-elle.

La syndicaliste pointe une absence de "décisions notoire" de l'administrateur provisoire, et un "attentisme préjudiciable" à un retour à la normale, alors que, depuis le 20 mars, la dissolution des instances a entraîné le gel de la campagne d'emplois d'enseignants et rendu impossibles les négociations de dotations entre le vice-président en charge des moyens et les chefs de départements.

C'est aussi des répercussions sur le calendrier, avec un report de la rentrée au début du mois d’octobre. La session 2 des examens a été programmée au 15 septembre, insiste Cécile Trojani. Une session qui posera par ailleurs problème aux étudiants souhaitant s'inscrire en master et à ceux qui devront être partis en mobilité, pour lesquels il faut d'ores et déjà "imaginer des modalités particulières d'examens".

Flou autour de l’organisation de la session de juin

Quant à la préparation de la session 1 des examens, reportée au 11 juin, l'administrateur provisoire, qui n'a pas voulu s'exprimer sur le sujet, annonçait, dans son communiqué du 18 mai, "un dispositif pédagogique adapté". Il pourra "prendre la forme de réunions d'information, de regroupements pédagogiques ou de cours plus classiques, en fonction de l'organisation que les départements ont souhaité mettre en place". À deux semaines des examens, force est de constater que les solutions proposées seront forcément réduites.

Pour l’instant, aucune information officielle n’a été publiée concernant l’organisation de ces examens, même si les composantes sont censées avoir tranché. Au département d'études hispaniques et hispano-américaines où travaille Cécile Trojani, des dossiers déposés sur la plate-forme Iris et réalisés à la maison devraient en majorité remplacer les examens sur table. Des examens sur table pour lesquels l'administrateur provisoire n'excluait pas des délocalisations, sans que rien ne soit confirmé.

Vers "une grève des examens" à la faculté de sociologie ?

Quant à la sortie de crise, elle n'est pas actée non plus. À en croire les enseignants interrogés par EducPros, ces mois de tension ont profondément divisé la communauté universitaire qui vit "une rupture sans précédent". "Tout le monde s'engueule", résume un enseignant de sociologie, alors que d’autres craignent une dégradation des relations avec les partenaires de l’université, ainsi qu’une baisse de l'attractivité de l’établissement auprès des étudiants étrangers.

À plus court terme, les examens pourront-ils se tenir partout ? Des sources concordantes indiquent qu’en signe de refus d'application de la procédure Parcoursup et du projet de refonte de l'arrêté licence, des enseignants de la faculté de sociologie auraient voté la grève des examens, "sous quelque forme que ce soit". Et décidé de valider le semestre en gratifiant tous les étudiants d'un 10/20.

Quant aux étudiants et aux membres du personnel encore mobilisés, une poignée a réussi à pénétrer sur le campus dès ce matin malgré la présence d'un cordon policier et a demandé à être reçue par l'administrateur provisoire. Ils ont annoncé refuser "les partiels sous surveillance policière", si cela était envisagé. Et affichent leur intention de recommencer à tracter et à tenir des réunions dès le 24 mai. La promesse d’une rentrée sous tension ?

Cinq mois de crise en cinq dates
12 décembre 2017 : L'adoption du projet d'Idex en conseil d'administration déclenche un mouvement de protestation, alors qu'une majorité de membres du personnel et plus de 90 % des étudiants s'étaient prononcés contre à l'occasion d'une consultation organisée les 6 et 7 décembre.
1er mars 2018 : Le pouvoir exécutoire du budget échoit au rectorat puisque celui-ci n'a pu être voté par le conseil d’administration de l’université, qui n’a pu se tenir depuis décembre, tout comme la plupart des autres instances.
6 mars 2018 : Les étudiants et personnels mobilisés, qui ont ajouté aux motifs de contestation celui de l’opposition à la loi ORE (orientation et réussite des étudiants), entament le blocage total de l'université. Depuis début février, des blocages ponctuels ont eu lieu et les accès à la Maison de la recherche et au bâtiment administratif sont totalement condamnés, provoquant ainsi l'arrêt de plusieurs services.
20 mars 2018 : Malgré le retoquage définitif du projet d'Idex la veille, sur décision du jury international, et l'obtention par les grévistes d'une première victoire, ceux-ci envahissent le conseil d’administration pour la cinquième fois consécutive. La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation décide de dissoudre les conseils centraux et de nommer un administrateur provisoire. L'université avait auparavant enregistré, au sein du conseil d’administration, cinq démissions d'élus, ainsi que quatre démissions de vice-présidents.
9 mai 2018 : Intervention des forces de police, à la suite d’une décision du tribunal administratif de Toulouse, suivie d'une fermeture administrative jusqu'au 22 mai.


Camille Pons | Publié le

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Nicolas Valdeyron.

A donner la parole à une militante appartenant à un syndicat qui a défendu le mouvement de contestation et le blocage, à quoi d'autre que cette vision partisane pouvait-on s'attendre ? Pourquoi une seule parole ? Il est dur d'entendre ceux qui l'ont d'abord soutenu et ensuite pas vraiment combattu se plaindre des conséquences du blocage : le Snesusp cherche à s'acheter une virginité mais il faudra bien à un moment qu'il assume ses positions, même si elles sont très ambigües