Comment l'Idex transforme les établissements lauréats ?

Dahvia Ouadia
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Comment l'Idex transforme les établissements lauréats ?
Depuis 2016, l'Université de Bordeaux a obtenu le label Idex. // ©  Université de Bordeaux/A. Pequin
Elles font figure de modèle… Les universités de Bordeaux, Strasbourg et Aix-Marseille sont les trois premières à avoir confirmé leur Idex en 2016. Quatre ans après, EducPros fait le point sur la transformation de ces établissements. Décryptage.

Trois universités forment la figure de proue des Idex (Initiatives d'excellence). Strasbourg, Bordeaux et Aix-Marseille sont les premières à avoir obtenu ce label "à vie" en 2016. Au-delà de leur transformation institutionnelle, avec des fusions d’universités, ces nouveaux champions nationaux ont-ils réussi à se transformer ? Si les évolutions sont différentes selon les universités, le constat est le même : l’Idex permet de mener des projets qui n’auraient pas vu voir le jour sans ces financements.

C’est notamment le cas à l’Université de Strasbourg qui grâce à l’Idex a pu lancer des projets ambitieux comme l’Usias qui propose aux chercheurs des moyens pour développer des recherches innovantes dans les laboratoires du site. Ou encore l’Institut Idip (Institut de développement et d’innovation pédagogiques) qui forme les enseignants-chercheurs de l’université à "de nouvelles manières d’enseigner dans le supérieur avec des outils nouveaux", indique Serge Potier, vice-président délégué aux investissements d'avenir à l'Unistra.

A AMU, la confirmation de l’Idex en 2016 a poussé l’établissement à "changer de paradigme" : "on ne considère plus l’Idex comme un projet mais comme une spécificité du site. C’est un outil qui vient en appui de nos actions", affirme Denis Bertin, vice-président délégué à A*Midex d'AMU (Aix-Marseille Université).

Idex Lyon, un colosse aux pieds d'argile

La formation, "parent pauvre" des Idex ?

Si, quand on parle Idex, investir dans la recherche semble aller de soi, le volet formation reste souvent le parent pauvre. Alors même que les effectifs étudiants continuent d’augmenter, les universités ne voient pas les moyens récurrents progresser, ce qui peut avoir un impact sur le taux d'encadrement.

Par ailleurs, les universités utilisent souvent les fonds Idex pour favoriser l'internationalisation des cursus pour davantage de visibilité. L’Université de Strasbourg a, par exemple, favorisé la création des nouvelles unités d’enseignement, mis en place de nouvelles pratiques pédagogiques, même si l’investissement n’a pas été massif dans ce domaine. Elle prévoit d’ailleurs d’aller un cran plus loin lors de la prochaine vague en 2022 pour améliorer l’attractivité internationale de l’établissement strasbourgeois.

De la même manière, à AMU, l’Idex a permis de faire évoluer le programme de formation sur la période 2016–2020 notamment dans une logique internationale. "Nous avons travaillé avec les composantes pour voir ensemble sur quels types d’actions elles voulaient s’engager. Résultat, nous avons financé 15 projets de formation avec des budgets moins volumineux mais qui permettent des actions concrètes. Nous avons par exemple créé des co-diplômes avec des partenaires comme le MIT", précise Denis Bertin.

Nous avons financé 15 projets de formation avec des budgets moins volumineux mais qui permettent des actions concrètes. (D. Bertin, AMU)

Pour Hélène Jacquet, vice-présidente stratégie et développement de l’Université de Bordeaux, cependant l’une des difficultés d’investir dans la formation concerne d’abord une question structurelle. "Beaucoup de choses dépendant de l’extérieur et notamment d’évolutions réglementaires", estime-t-elle. Malgré ce frein, l’Université de Bordeaux a mis l’accent sur deux axes de transformation : l’adossement de la formation à la recherche "pour proposer une formation qui correspond à l’empreinte de notre université" et la création d’une approche centrée sur l’étudiant qui devient "acteur de son apprentissage". Pour développer ce modèle, l’université s’appuie sur d’autres appels à projets dont un projet NCU (nouveau cursus universitaire) dont elle est lauréate.

Réforme de la recherche : de grandes ambitions, des incertitudes et beaucoup d'inquiétude

La recherche, toujours la recherche

Depuis leur création, les Idex ont pour objectif de créer des universités de recherche de rang mondial. Dans cette optique, une part importante des moyens Idex est dévolue à la recherche. Mais, alors que les Labex s’achèvent, les universités proposent toutes de nouvelles structurations pour lancer des programmes de recherche de longue durée.

L’Université de Strasbourg a ainsi mis en place 15 ITI (instituts thématiques interdisciplinaires) qui regroupent 60% des personnels dans le périmètre. Ces instituts bénéficieront d’un soutien sur huit ans pour développer des programmes de recherches de type Labex associés à des actions de formation par la recherche de type EUR (Ecoles universitaires de recherche). Ils seront officiellement opérationnels dès janvier 2021 et seront notamment soutenus grâce à l’enveloppe annuelle de 9 millions d'euros dévolue jusqu’en 2020 aux 11 programmes Labex.

Du côté de Bordeaux, l’université s’est constituée en pôles d’excellence sur différentes thématiques comme les neurosciences, la santé publique mais aussi sur les sciences du numérique, l’archéologie et les sciences de l’environnement. L’université s’est appuyée sur les Labex pour constituer ces pôles et devenir leader sur ces thématiques. "L’Idex est un réel levier pour développer le lien formation-recherche dans nos sujets clés", résume Hélène Jacquet.

L’Idex est un réel levier pour développer le lien formation-recherche dans nos sujets clés. (H. Jacquet, Université de Bordeaux)

AMU travaille en "mode projet" pour être efficace. "Nous avons mis en place un dispositif pour que tous les collègues puissent répondre aux appels à projets quelle que soit leur discipline", précise Denis Bertin. Car en effet, dans certaines composantes comme en SHS ou en sciences politiques, il est plus difficile de s’inscrire dans le mode projet. Aussi l’établissement a créé des appels à projets plus modestes financièrement mais qui ont un impact scientifique fort.

Classements, attractivité… Pourquoi les universités et les écoles se regroupent

Recruter des "stars" ?

Côté recrutement, intégrer les bons éléments français ou étrangers participe autant de la qualité de la recherche que celle de la formation pour ces universités. Sur ce volet, les universités proposent des programmes spécifiques pour attirer les meilleurs enseignants-chercheurs. C’est le cas à AMU mais aussi à l’université de Bordeaux qui propose un programme pour inciter ses jeunes enseignants-chercheurs à faire une année sabbatique pour découvrir de nouvelles approches ou de nouvelles compétences.

L'université bordelaise privilégie aussi le recrutement de "raising stars", des enseignants-chercheurs qui sont en ascension dans leur carrière. "Cette stratégie nous a permis de consolider la pyramide des âges et de faire des recrutements très structurants. Si on regarde nos derniers recrutements, on a presque une majorité d’enseignants-chercheurs français qui sont de retour en France après avoir passé une partie de leur carrière à l’international", estime Hélène Jacquet.

Cette stratégie nous a permis de consolider la pyramide des âges et de faire des recrutements très structurants (H. Jacquet)

A Strasbourg, l’Idex a pu favoriser l’arrivée de plusieurs enseignants-chercheurs dont deux prix Nobel. Certains nouveaux maîtres de conférences ont été attirés par le fait de pouvoir développer des activités pédagogiques et de recherche." Ils ont une décharge d’enseignement de six mois prise en charge par l’Idex et d’un accompagnement par l’IDIP", explique Serge Potier.

Cependant, au-delà du prestige de ces recrutements, la question qui est posée concerne toujours le taux d'encadrement dans les universités qui ne peut se développer, faute de moyens récurrents.

Une émergence difficile dans les classements

Contrairement à d’autres regroupements qui se sont distingués cette année, les universités de Strasbourg, Bordeaux et Aix-Marseille peinent à sortir du lot de manière significative dans les classements internationaux. "Sur le plan de la recherche, nous nous sommes maintenus dans le classement de Shanghai au niveau que nous avions dans les quatre premières années de l’Idex. Cela traduit la solidité des bases que le programme Idex a permis de mettre en place", estime Serge Potier de l’Unistra.

A Bordeaux, l’université a vu des changements sur les indicateurs des publications et d’impact, notamment sur les pôles d’excellence et les Labex. Cependant, la compétition internationale s’est accrue avec l’émergence des universités en Asie et en Allemagne. "Nous n’avons pas de prix Nobel et c’est un frein pour se positionner dans Shanghai", résume Hélène Jacquet.

Même constat pour Denis Bertin de l’AMU. "Nous sommes aux portes du Top 100 de Shanghai, il nous manque un ou deux prix Nobel pour sortir du lot", estime-t-il. L’université, au travers de sa fondation, a créé une cellule spécifique autour des classements avec trois objectifs : "les suivre, participer à l’élaboration de questionnaires déclaratifs et enfin avoir un rôle éducatif auprès de nos collègues pour respecter la charte des publications." Un vaste chantier…


Dahvia Ouadia | Publié le

Vos commentaires (5)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Espla.

Merci Vosges, Ah bin zut alors, moi qui comptais profiter de l'agilité que favorise les articles 12 et 13 de la LPPR pour créer une start-up (innovante) de location de nobels. Quoique, même si les nobels n'ont pas l'effet escompté, les gogos ne manqueront pas et ils préféreront dépenser l'agent public pour ça plutôt que pour des places en L1.

Vosges.

"les classements internationaux n'indique[nt] pas de si grands progrès" : quel doux euphémisme !!! Il suffit de regarder le Times Higher Education ranking : l'Univ. de Strasbourg y était classée entre 201è et 225è en 2015, puis entre 301è et 350è en 2016 et 2017, puis entre 351è et 400è en 2018, puis entre 401è et 500è en 2019 et 2020 et est désormais classée entre 501è et 600è. Malgré l'achat d'un Nobel, la baisse continue ! https://www.timeshighereducation.com/world-university-rankings/university-strasbourg

Espla.

Quand on interroge les acteurs de cette politique il est normal qu'ils prétendent qu'elle réussit. Sans d'ailleurs se poser la question d'indicateurs objectifs de la réussite. Même l'absurde boussole des dirigeants des grandes universités françaises que sont les classements internationaux n'indique pas de si grands progrès malgré les sacrifices imposés aux enseignants-chercheurs, aux personnels administratifs et techniques et aux étudiants. On aurait pu confronter ce discours de prétendue réussite à celui des opposants à la dite politique. En particulier, en allant dans les détails de ce qui est annoncé par les tenants de "l'excellence", il y aurait beaucoup à dire. Enfin, si on manque de Nobel, il y pourtant a un moyen simple qu'une des universités citées a trouvé: il suffit d'en acheter un.

Pierre-Jean.

Très élégant comme commentaire, et quelle hauteur de vue !

Frida de Francort.

Idex Spontex, tant que le modèle Classe prépas/"Grandes" écoles ne sera pas mis à bas et les pédagomanes d'EELV virés, l'EN se trainera comme un pauvre étron dans les classements internationaux. #Satellisetapastèque