Reconfinement : les couacs en série de l'école à distance

Sarah Nafti
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Reconfinement : les couacs en série de l'école à distance
L'accès au Cned a été largement perturbé pendant la semaine d'enseignement à distance. // ©  Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
Alors que démarrait une semaine de cours à distance à l'école, au collège et au lycée, le mardi 6 avril, de nombreux couacs ont rendu impossible l'accès aux espaces numériques de travail et au service du Cned aux enseignants et leurs élèves. Les enseignants pointent un manque d'anticipation et de moyens du ministère de l'Education nationale.

"Un cruel constat d'échec", c'est ainsi que Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-Fsu, résume cette première semaine de passage à l'école à distance. Impossibilité de se connecter aux espaces numériques de travail (ENT), difficultés à accéder aux services du Cned, notamment "Ma classe à la maison", qui permet d'assurer des cours en visioconférence, déconnexions erratiques pendant les cours… les problèmes rencontrés par les enseignants et leurs élèves ont perduré tout au long de la semaine.

Parfois, quand la connexion était finalement possible, seuls quelques élèves étaient là, laissant les enseignants face à un dilemme : faire cours à tout prix, ou laisser tomber, pour ne pas créer encore davantage d'inégalités entre les enfants. "On s'est retrouvés exactement dans la même situation qu'un an auparavant", regrette Sophie Vénétitay, qui vilipende le "manque d'anticipation" du ministère de l’Éducation nationale. "On a l'impression qu'aucun bilan n'a été tiré et que jamais n'a été travaillée l'hypothèse d'une nouvelle fermeture des établissements !"

Le ministère assure avoir élaboré "un plan de continuité pédagogique" visant à s'adapter à l'évolution de la situation sanitaire. Ce plan, publié en juillet 2020, a depuis "été complété par plusieurs circulaires qui invitent les directeurs d'écoles et chefs d'établissements à préparer avec leurs équipes un plan de continuité pédagogique pour faire face aux différentes situations susceptibles d'intervenir."

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La tentation de passer par d'autres outils

Dans son établissement, la cité scolaire Berlioz à Vincennes, Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN-Unsa avait travaillé à l'élaboration d'un tel plan. Avec, finalement, un document pour chacune des 63 classes expliquant qui se connectait, quand, avec quels outils etc. Un travail peaufiné avec le recul du premier confinement, qui avait permis d'identifier les points forts et les choses à améliorer, mais qui a volé en éclat dès mardi, par la défaillance des outils numériques. "Lorsque l'on nous dit qu'on est prêt, il faut que quand tout le monde se connecte, cela fonctionne, se désole-t-il. Ce qui s'est passé est fatigant, démoralisant et donne une image dégradée de nos capacités." Il espère désormais que la rentrée du 26 avril se fera sans couac.

On s'est retrouvés exactement dans la même situation qu'un an auparavant (S. Vénétitay, Snes-FSU)

"Certains collègues proposent directement un lien Zoom, au cas où "Ma classe à la maison" ne fonctionne pas", raconte Jean-Rémi Girard, président du Snalc. Pourtant, le ministère de l’Éducation nationale déconseille le recours à ce type de services, pour des questions de données personnelles notamment. L'utilisation de Zoom, par exemple, nécessite pour les élèves d'utiliser leur adresse e-mail personnelle. "Le problème, c'est que nous nous trouvons face à une injonction contradictoire : à la fois, il est très important de garder le contact avec nos élèves, et si on les perd le premier jour, il y a des chances pour qu'on les perde pour la semaine, et en même temps, on ne nous met pas à disposition d'outils complémentaires si certains de fonctionnent pas !" D'où la tentation pour certains enseignants, ceux qui les maîtrisent, d'utiliser les nombreux outils existants hors Éducation nationale.

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Mobilisation au Cned

Dans un bilan communiqué vendredi 9 avril, le ministère explique que "mardi 6 avril, les ENT de cinq régions ont montré des fragilités dues à l'afflux massif et simultané de connexions", une situation rétablie "dès mercredi" sauf en Seine-et-Marne et en Nouvelle-Aquitaine. En ce qui concerne "Ma classe à la maison", du Cned, "des blocages et des ralentissements ont pu être constatés".

"Ces entraves sont dues à plusieurs facteurs de perturbation importants et ciblés survenus simultanément à des pics de connexions et sur des laps de temps limités (…) avec une volonté délibérée de faire tomber les services." Le Cned a porté plainte contre ces actes de malveillance. L'explication laisse Jean-Rémi Girard dubitatif. Si des attaques ont pu avoir lieu, "la question est surtout celle du nombre d'utilisateurs de 'Ma classe à la maison'. Les collègues, du primaire notamment, y ont eu massivement recours, bien plus qu'en mars 2020."

Le Cned connaissait lui un mouvement de grève, jeudi 8 avril, pour protester contre un projet d'augmentation du temps de travail, qui ferait perdre "entre 50 et 100 équivalents temps plein", précise Elise Bozec-Baret, du Snalc. Une décision qui, pour l'intersyndicale FO, FSU, Snalc, Unsa, va à contre-courant des besoins, en augmentation, des familles. "Ce qui est visible aujourd'hui, c'est 'Ma classe à la maison'. Mais, depuis le début de la crise sanitaire, nous accueillons toujours plus d'élèves qui ne peuvent pas suivre les cours dans des établissements classiques, essentiellement pour des raisons de santé. Et les moyens, eux, ne suivent pas."


Sarah Nafti | Publié le