Réussite au bac 2020 : comment les universités vont faire face à la hausse des effectifs

Amélie Petitdemange
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Réussite au bac 2020 : comment les universités vont faire face à la hausse des effectifs
Le taux de réussite exceptionnel au baccalauréat 2020 fait craindre aux universités l'inadaptation de leurs infrastructures. // ©  kasto/Adobe Stock
Le taux de réussite exceptionnel de 95,7% au baccalauréat 2020 (avant les rattrapages) induit une hausse des effectifs dans l'enseignement supérieur. Les universités tentent de s'adapter et demandent le soutien du gouvernement.

C'est historique ! Près de 658.000 lycéens sont admis, cette année, avant les rattrapages, soit 100.000 bacheliers de plus qu'en 2019. Cela dit, les lycéens étant moins nombreux à passer aux rattrapages cette année, il devrait y avoir environ 35.000 bacheliers de plus cette année après les rattrapages, selon la CPU (Conférence des présidents d'université).

Tous les titulaires du bac n'intégreront pas l'enseignement supérieur mais les établissements s'attendent tout de même à une hausse des effectifs. La CPU demande par conséquent au gouvernement de prendre des mesures fortes et d'augmenter le budget des universités, le nerf de la guerre.

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Pas d'aide spécifique du ministère

Lors d'une conférence de presse jeudi 9 juillet, Jean Chambaz, le président de Sorbonne université a appuyé cette demande. "Notre plan de rentrée est évalué à 3 millions, dont 1 million pour le kit d'accueil numérique". L'université prévoit par exemple d'ajouter des prises dans les espaces de restauration du Crous, pour que les étudiants puissent y travailler hors des horaires d'ouverture.

"Le ministère a dû anticiper la sortie de crise et ces résultats exceptionnels au bac ne sont pas une surprise. J'espère que les universités surchargées, comme la Sorbonne, feront partie de ce plan", a ajouté Bruno Riou, doyen de la faculté de médecine.

Nous fournissons déjà des moyens supplémentaires aux universités pour ouvrir des places en licence (Mesri).

Le ministère de l'Enseignement supérieur n'a pourtant pas prévu de plan spécifique à la rentrée 2020. "Dans le cadre du plan Etudiants, nous fournissons déjà des moyens supplémentaires aux universités pour ouvrir des places en licence. Le nombre de bacheliers augmente chaque année, ce n'est pas nouveau", affirme le ministère, qui met en avant un travail "de long terme" pour épauler les universités.

Or, pour Alain Tallon, doyen de la faculté de Lettres à Sorbonne université, "la saturation universitaire à Paris n'est plus tenable". Sorbonne université serait déjà au maximum de ses capacités d'accueil en première année de licence mais aussi à tous les autres niveaux. "Parcoursup nous a permis d'augmenter le taux de passage de L1 en L2. Quant aux masters, ils dégorgent", affirme Jean Chambaz.

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Mener une réflexion de long terme

Cette hausse subite des effectifs met en effet en lumière une problématique de longue date. Pour la CPU, c'est une occasion de réfléchir sur le long terme aux problèmes d'effectifs dans les universités. "Une vraie réflexion pluriannuelle doit être menée, plutôt que d'être en réaction chaque année. Nous arrivons à une limite dans nos établissements", a affirmé Gilles Roussel lors d'une conférence de presse le jeudi 9 juillet.

Nous arrivons à une limite dans nos établissements (G. Roussel)

Il pointe par ailleurs que si les universités arrivaient à accueillir davantage d'étudiants l'année prochaine, "ça se répercutera sur les années suivantes, et notamment lors du passage de la licence au master". Sans compter les bacs professionnels qui risquent de ne pas trouver de travail dans le contexte de crise sanitaire et voudront réintégrer l'enseignement supérieur. "C'est donc un questionnement global, à tous les niveaux d'études et dans l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur", affirme-t-il.

Si les universités demandent au gouvernement de débloquer des fonds, s'adapter à la hausse du nombre de primos-entrants n'est pas seulement une question financière. "Nous n'avons plus de places dans nos locaux et nous manquons de personnel", souligne Gilles Roussel. La situation est particulièrement difficile dans les filières en tension, comme STAPS ou éco-gestion.

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Orienter les étudiants vers les filières vacantes

Les universités disposent bien souvent de places vacantes, mais pas dans les filières demandées par les étudiants. Il faudra donc "accompagner les étudiants là où il y aura des places", prévient Guillaume Gellé, président de la commission de la formation et de l'insertion professionnelle de la CPU et président de l'université de Reims.

Il faudra accompagner les étudiants là où il y aura des places. (G. Gellé)

Une stratégie adoptée par l'université de Strasbourg. "Nous avons des places disponibles dans un certain nombre de formations en sciences sociales, en histoire de l'art et en linguistique… Nous proposerons aux bacheliers de ne pas se ruer vers les formations déjà saturées, comme psychologie, STAPS ou droit, mais de regarder là où il y a des places", explique Benoît Tock, vice-président formation de l'université de Strasbourg.

La situation varie aussi selon les territoires. "La problématique n'est pas si importante que cela en Lorraine. Le nombre de bacheliers généraux supplémentaires est relativement faible et il reste encore des places dans certaines licences, notamment scientifiques", souligne Sabine Chaupain-Guillot, vice-présidente Formation de l'université de Lorraine.

Davantage de places en première année

Pour faire face à la hausse des effectifs, les universités comptent aussi sur les bons résultats des licences 1, qui ont passé leurs examens dans des conditions particulières cette année. Les étudiants seront plus nombreux à passer en deuxième année, ce qui va libérer des places pour les nouveaux. "Dans certaines filières, nous avons jusqu'à 25% de réussite supplémentaire en L1", précise Guillaume Gellé.

Ce n'est pas parce qu'on a le bac qu'on est capable d'aller à la fac. (M. Deneken)

Un constat nuancé par Benoit Tock : "l'amélioration du taux de réussite en L1 a été de 7 à 10% pour le 2e semestre 2020. Mais sur toute l'année, cela représente 2 à 3% de réussite supplémentaire. Et ces résultats sont très contrastés selon les filières".

Selon le président de l'université de Strasbourg, Michel Deneken, cette hausse du passage en licence 2 n'est pas une solution. "L'université ne pourra pas accueillir davantage d'étudiants, tranche-t-il, avant de souligner que ce n'est pas parce qu'on a le bac qu'on est capable d'aller à la fac".


Amélie Petitdemange | Publié le

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