Claude Riahi, directeur de l'ISC : « Notre marque de fabrique a été, très vite, de développer la pédagogie de l'associatif »

Propos recueillis par Jessica Gourdon
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Claude Riahi, directeur de l'ISC : « Notre marque de fabrique a été, très vite, de développer la pédagogie de l'associatif »
Il aura vu défiler des générations entières d'étudiants. Claude Riahi, 70 ans, dirige l'ISC (Institut supérieur de commerce) depuis trente-cinq ans. De longues années se sont écoulées depuis 1975, quand ce jeune professeur de mathématiques prend les rênes d'une petite école de vente postbac. Il la transforme rapidement en école recrutant dans les classes préparatoires, et développe sa marque de fabrique : le soutien aux activités associatives étudiantes. Aujourd'hui, cette école de commerce privée, implantée dans le XVIIe arrondissement de Paris, est installée dans le paysage de l'enseignement supérieur. Elle a obtenu le grade de master en 2005, intégré la CGE (Conférence des grandes écoles) en 2007, s'est agrandie, a développé des activités de recherche... En trente-cinq ans, elle est passée de 80 à 2.000 étudiants. Alors que Claude Riahi se prépare à passer le flambeau, il revient sur son parcours et son projet pour notre série « Les entrepreneurs pédagogiques ».

Avant d'être directeur de l'ISC, quel a été votre parcours ?

Je suis diplômé d'un troisième cycle en mathématiques à Jussieu. J'y ai commencé ma carrière comme assistant de recherche, puis j'ai enseigné en classes préparatoires, notamment au lycée Carnot. Je venais juste d'être recruté à l'ESCP quand Mai 68 a éclaté. À l'époque, certains étudiants m'apportaient de l'essence pour que je puisse continuer à faire cours ! À 34 ans, alors que j'étais encore à l'ESCP, j'ai ressenti un besoin d'évoluer. Il me manquait une dimension managériale – cela vient sans doute de mes longues années de scoutisme, où j'ai pris le goût de l'encadrement. J'intervenais dans une école commerciale du XVIIe arrondissement, qui s'appelait l'ISC et qui délivrait un diplôme en trois ans après le bac. Le dirigeant m'a proposé d'en prendre la direction. Je me suis jeté à l'eau, et j'en ai fait quelque chose de tout à fait différent.

Comment avez-vous procédé ?

Pour constituer mon équipe de vacataires, je me suis appuyé sur mes réseaux à Jussieu, à l'ESCP et à Dauphine. J'ai obtenu des financements de la mairie de Paris pour récupérer un bâtiment. Pour ce qui est des entreprises, j'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé les voir pour leur proposer d'intervenir dans les cours, pour obtenir des stages et des financements. Les cinq premières années, les étudiants partaient dans toute la France récolter eux-mêmes la taxe d'apprentissage ! Ils se rendaient aussi dans les classes préparatoires pour présenter l'école.

Quel était votre projet pédagogique ?

Créer une école de bon niveau, qui recrutait sur prépa, me semblait la base. Ce n'était pas facile, car d'autres acteurs privés parisiens, comme l'ISG et l'ESLSCA, étaient déjà sur ce terrain, et détenaient le visa, contrairement à nous. Il fallait se différencier. Notre « marque de fabrique » a été, très vite, de développer la pédagogie de l'associatif. À l'époque, c'était nouveau. J'ai fait en sorte que chaque étudiant soit engagé dans un projet. Nous avions un système de notation, de crédits, des locaux et des financements à disposition des élèves. Nous avons été la première école à recruter un responsable du secteur associatif.

Pourquoi miser sur l'associatif ?

Pour monter un festival, lancer une junior-entreprise ou organiser un tournoi sportif, les jeunes se frottent au concret, apprennent le travail d'équipe. Il faut mettre en application ses connaissances en gestion, comptabilité, et trouver des sponsors et les persuader.

Si cela ne marche pas, on prend une claque. C'est un cours d'humilité : je ne voulais surtout pas former des étudiants « qui se la jouent ». D'ailleurs, certains ont fait des choses admirables. Une association a longtemps organisé le prix ISC du cinéma, qui récompensait le meilleur film de l'année selon les 15-25 ans. Nous avions 400.000 votants ! Nous sommes passés plusieurs fois à la télévision, et les réalisateurs, dont Luc Besson, venaient à la remise des prix. Un autre groupe a monté pendant des années un tournoi de golf « patrons/étudiants », et a réussi une fois à affréter un avion entier grâce aux sponsors pour le réaliser au Portugal. Tout cela était possible car nous avions des étudiants prêts à s'engager. Lors du concours d'entrée, j'avais demandé à des psychologues de créer une épreuve spécifique. Elle consistait à réunir 10 admissibles autour d'une table et à leur demander de plancher sur un projet, comme un journal d'entreprise. Le jury observait les discussions. Il repérait les leaders, les créatifs, ceux qui ont les pieds sur terre... Mais aussi les beaux parleurs et les casse-pieds.

Depuis trois ans, vous avez abandonné cette méthode de sélection. Pourquoi ?

Nous voulons des profils plus divers, ne pas imposer l'associatif à tout le monde. Certains ont envie de travailler dans l'audit, d'autres à l'international, et ces aptitudes n'étaient pas assez prises en compte. Ainsi, l'engagement associatif, s'il reste très présent, n'est plus obligatoire depuis peu. Avec des promotions de 600 étudiants, c'était devenu difficile.

Vous avez vu défiler des générations d'étudiants. En quoi ceux d'aujourd'hui sont-ils différents ?

Ils sont davantage consuméristes. Quand j'ai commencé à l'école, les élèves avaient un côté plus « entrepreneur ». Les étudiants d'aujourd'hui font confiance à l'école, ils ont une vrai « fierté » d'être ici. Il faut dire qu'en cinq ans, nous avons progressé. Nous avons pris 3.500 m2 de locaux supplémentaires, et avec le grade master et l'entrée dans la CGE, nous sommes montés en gamme.

Comment envisagez-vous votre succession ?

La passation de pouvoir est quelque chose de délicat, surtout dans une structure sous statut associatif. Mais elle fait partie de ma mission. Je me donne encore un ou deux ans. Dans mon choix, le plus important sera de préserver l'image de l'école.

L'ISC en quelques chiffres

– Visa depuis 1980 et grade master depuis 2005.
– 20 millions d'euros de budget.
– 65 professeurs permanents.
– 2.000 étudiants.


Propos recueillis par Jessica Gourdon | Publié le

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