E. Lamarque : "Je fais le constat d'une défiance envers les IAE"

Dahvia Ouadia
Publié le
Envoyer cet article à un ami
L'IAE de Paris a emménagé en septembre 2016 dans de nouveaux locaux du complexe Biopark, dans le 13e arrondissement de Paris.
Pour Eric Lamarque, "un étudiant est aussi bIen formé en IAE qu’en école". // ©  IAE de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
Eric Lamarque, directeur de l'IAE Paris et président d'IAE France évoque les défis auxquels sont confrontées les écoles universitaires de management et réaffirme les ambitions du réseau.

Les IAE essaient de se démarquer des écoles de commerce mais, peinent à être réellement visibles. Selon vous, à quoi cela est-il dû ?

Eric Lamarque, directeur de l'IAE de Paris // © IAE de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

Depuis que j’occupe la fonction de président d’IAE France, j’ai axé mon mandat sur les efforts que font les IAE pour améliorer leur qualité et surtout mieux communiquer pour devenir des acteurs aussi crédibles que les écoles de management.

Et je crois que nous montrons que nous sommes de nature à offrir une alternative crédible à ces écoles privées. Nous avons fait des efforts importants aussi auprès de nos alumni pour créer un vrai réseau. Cependant, on s’aperçoit que nous sommes en danger à cause de nos universités de rattachement.

Que voulez-vous dire ?

Avec les regroupements, de nombreuses universités s’ouvrent à des structures privées et notamment des business schools. Je prends l’exemple de Skema, membre fondateur de l’Université Côte-d’Azur, ou encore Neoma qui est partenaire de l'école doctorale SHS de l’Université Reims Champagne-Ardenne.

Les nouveaux défis des IAE

Dans certaines recompositions, le fait d’avoir des écoles internes est remis en question, or c’est ce statut que les IAE ont dans beaucoup d’universités. Ainsi, l’Université de Valenciennes, qui s’est transformée en Université polytechnique des Hauts-de-France, envisage de supprimer la possibilité d’avoir des écoles internes dans son pôle humanité, alors que son pôle sciences et techniques intègre une école interne, un Insa.

Avez-vous alerté le ministère et la CPU ?

Oui, nous avons alerté la Dgesip (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) ainsi que la CPU (Conférence des présidents d'université). Nous avons fait passer l’idée selon laquelle en intégrant des structures privées, on renforce leur position et leur fait gagner de l’argent !

Nous devons trouver des solutions car les IAE ne sont pas la voiture-balai des dispositifs d'études de gestion.

La Dgesip a bien conscience du problème. Nous avons aussi mis en avant le fait que les IAE jusqu’à présent n’avaient pas de visibilité sur Parcoursup alors que plusieurs proposent des formations de niveau licence. Cette absence de visibilité a heureusement été prise en considération par la Dgesip sur la plate-forme.

A la CPU, nous échangeons avec la commission formation pour ouvrir des discussions entre les présidents d’université et les IAE qui sont des écoles universitaires de management. Je vous avoue que nous sommes parfois découragés car en ouvrant les portes aux établissements privés, on nous rend la vie plus difficile.

Pourquoi les écoles cherchent à se rapprocher des universités ?

Il est clair qu’aujourd’hui pour les écoles de commerce, les accréditations internationales ne suffisent plus. Elles ont besoin d’être adossées aux universités mais elles ne le peuvent pas. D’ailleurs elles ne peuvent pas non plus délivrer un doctorat.

Par ailleurs, nous voyons bien que le ministère leur accorde de nouveaux droits. Bientôt les bachelors bénéficieront du grade licence qui était un diplôme exclusif à l’université. Aussi, les étudiants qui sortiront d’un bachelor d’une école de commerce privée pourront intégrer sans problème des masters universitaires !

Nous devons trouver des solutions car les IAE ne sont pas la voiture-balai des dispositifs d’études de gestion.

Le fait que les IAE soient adossés à la recherche, vous donne un atout par rapport aux écoles de commerce, ne pouvez-vous pas vous en servir comme tremplin ?

Le problème c’est que les universités ne nous soutiennent pas. Je fais le constat d’une défiance envers les IAE. Dans l’esprit de beaucoup de personnes, les IAE sont vraiment une matière en marge, comme la musique ou le dessin à l’école.

Par exemple à Orléans, un appel à projets a été lancé pour que des établissements de l’ESR dans la gestion viennent s’installer et finalement c’est une école parisienne qui va ouvrir une succursale (ISC Paris ndlr).

Classement du "Financial Times" : L'IAE d'Aix-Marseille fait un grand bond en avant

Après il y a des endroits où les IAE sont bien implantés et c’est ce vers quoi il faut tendre. A Lille par exemple, tout l’enseignement de gestion est donné à l’IAE. A Angers, l’université a choisi de créer un IAE en 2020 avec une équipe d’enseignement chercheurs et de professionnels.

Il serait bon que, dans les prochaines années, les IAE aient une structure identifiée. Il y a des endroits où on a du mal à constituer un budget parce que l’IAE est noyé dans une filière économie-gestion par exemple. Or le fait d’être noyé est un levier favorable aux écoles privées.

Vous avez essuyé un refus de la CGE quand vous avez demandé à ce que les IAE puissent l’intégrer, quels ont été les arguments ?

Je n’ai pas reçu de courrier officiel. Il y a eu une réaction par presse interposée. L’argument de la CGE était que les IAE sont très subventionnés, donc il est impossible pour nous de se porter candidat. Mais il s’agit d’une fausse excuse puisqu’on retrouve dans la CGE des écoles d’ingénieurs publiques, Sciences po Paris, le Celsa ou encore Paris-Dauphine…

E. Lamarque : "10 à 15 IAE devraient pouvoir intégrer la CGE dès maintenant"

L’autre argument était que nous ne sommes pas complètement maîtres de nos recrutements, mais là encore c’est une fausse excuse, nous procédons à une sélection. Il n’y a pas de sujet de sélectivité.

Quels sont les atouts des IAE par rapport aux écoles de commerce ?

Sur les critères d’insertion, nous sommes au même niveau que les écoles. Nous avons 75% de diplômés en poste dès le premier mois et 96% quelques mois après la sortie d’école. Les salaires sont aussi similaires que dans les écoles de commerce.

En dehors du top 5 des écoles de commerce, en matière de contenu, un étudiant est aussi bIen formé en IAE qu’en école. Il n’est donc pas nécessaire de payer 30 à 40.000€ pour une école. En revanche, dans les IAE on a moins d’associations mais nos étudiants ont des projets.

A l’international, nous avons de nombreux accords internationaux. Nous sommes sur les mêmes types de partenaires que dans les écoles de commerce. Nous offrons des activités à l’international, des possibilités d’échanges universitaires via Erasmus. Par ailleurs, via le réseau IAE France, nous arrivons à avoir des partenariats internationaux de qualité.

L’un des points sur lesquels nous devons travailler : le réseau alumni qui est plus actif dans les écoles de management.

Lire la biographie d'Eric Lamarque


Dahvia Ouadia | Publié le

Vos commentaires (5)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Gilles PELAYO.

Quelles synergies avec la filière AES ? À Montpellier par exemple (https://www.umontpellier.fr/universite/composantes), il y a trois "instituts" de management orientés public et ou privé : l'IAE, l'IPAG et "Montpellier Management" (fusion en 2017 entre la Faculté d’AES et l’ISEM-Institut des Sciences de l’Entreprise & du Management)...

Profgestion.

Un autre point obscurci dans cet entretiens: lorsque des écoles non-universitaires demandent le visa de l'état ou le grade (de master aujourd'hui ou de licence à l'avenir) pour leurs programmes elles sont soumises à des critères très strictes, portant notamment sur l'enseignement par des professeurs permanents et actifs en recherche. Connaissant les deux mondes, je pense qu'il est faux de prétendre que les formations proposées en IAE soient plus adossées à la recherche que celles des (bonnes) écoles avec visa et grade.

Coquet.

Existe t'il au Ministère une évaluation des profs et maîtres de conf. qui interviennent dans les écoles privées de gestion dans le respect des règles de cumul ? Cette tolérance des universités à admettre des écoles de gestion privées chez elles n'est elle pas significative de la tendance actuelle dénoncée dans l'article ? Les enseignants et chercheurs universitaires sont tellement mal payés qu'ils recherchent des compléments de rémunération en dehors de l'université .Réaction bien humaine en définitive .

Coquet.

Cet article me fait penser au cheval de Troie ! Il me donne l'impression que le risque constitué par les IAE et leur développement est clairement identifié par les ESC . Il met en danger le "pactole" que représente des droits de scolarité générateurs d'excellents revenus pour les dirigeants et les "vedettes " du corps enseignants .

Frédéric BOULARD.

Des propos qui se veulent évidemment fédérateurs à l'égard des IAE, quitte à être un peu "corpo" et à recourir à l'antienne de "l'enseignement privé", au mépris de certaines réalités. En premier lieu, la porosité est à l'évidence forte entre les enseignants-chercheurs qui exercent à l'université et ceux qui exercent en ESC. Par ailleurs, la collaboration des établissements sur les sites d'ESR va de soi. C'est l'inverse qui serait regrettable. En ce qui les concerne, les écoles des CCI ne sont pas stricto sensu "privées". Elles restent pour la plupart gérées directement par les CCI (établissements publics administratifs dont le statut est fixé par le code de commerce) ou dans le cadre associatif ou bien du statut d'établissement d'enseignement supérieur consulaire (EESC). A la différence des IAE, elles ne dépendent simplement pas directement d'un ministère, mais indirectement - l'actualité 2019 des CCI l'a bien montré - de Bercy. Financées pour l'essentiel hors subventions ou Loi de Finances, les ESC des CCI restent pour la plupart dans une logique non lucrative, mais doivent bien évidemment dégager de leur propre activité les financements nécessaires à leur développement.