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Emmanuel Zemmour (Unef) : "L'État doit flécher les moyens des universités sur la licence"

Camille Stromboni
Publié le
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Emmanuel Zemmour
Emmanuel Zemmour

Les annonces ou prises de parole de présidents d'université sur leurs difficultés budgétaires se sont multipliées. Avec des échanges parfois tendus entre ministère et établissements. Emmanuel Zemmour, président de l'Unef (Union nationale des étudiants de France), dresse sa troisième voie, refusant d'être mis dans un camp ou dans l'autre : il défend le fléchage des moyens en licence, malgré l'autonomie des universités.

La situation budgétaire des universités est difficile. Quel est l'impact sur les étudiants ?

15 universités seront en déficit en fin d'année, une quarantaine se plaint d'être en difficulté, avec un fond de roulement inférieur à un mois. C'est pourquoi plusieurs d'entre elles coupent dans les budgets, dont celui de la formation.

Pour les étudiants, cela signifie, outre des conditions d'études qui se détériorent, des enseignements en moins. Les universités ne sont plus en mesure d'assumer un certain nombre de cours, des parcours sont supprimés. Et l'annonce la plus détonnante a été la fermeture de l'antenne de Béziers – même s'il est hors de question que celle-ci ait lieu.

Êtes-vous aux côtés de la présidente montpelliéraine Anne Fraisse, qui dénonce la sous-dotation dont est victime son établissement et qui a annoncé des mesures d'économies drastiques ?

Il s'agit d'un bras de fer entre une présidente et le ministère de l'Enseignement supérieur, les étudiants n'ont pas à choisir leur camp. Il y a un vrai problème de budget pour les universités, dont Montpellier 3, mais je suis mal à l'aise car l'intérêt des étudiants ne semble pas prioritaire dans ce débat. On ne peut pas prendre en otage les étudiants de licence de la sorte.

De manière plus globale, les présidents ne sont pas les représentants de nos intérêts. Ils allouent parfois leurs moyens d'une manière qui n'est pas la plus favorable aux étudiants.

Pourquoi les universités manquent-elles selon vous de moyens ?

Il y a un manque structurel de dotations. C'est évident. Cela s'explique par la manière dont nous sommes passés à l'autonomie. Les présidents d'université doivent à ce sujet nettoyer devant leurs portes : ils étaient très contents de s'emparer de cette autonomie alors qu'elle leur a été accordée sans les moyens financiers correspondants.

La stabilisation budgétaire actuelle ne suffit pas, alors que les ressources existent. Les sommes dépensées sur le CIR (crédit d'impôt recherche) et les investissements d'avenir seraient plus utiles si elles étaient consacrées à la réussite des étudiants.

Les présidents d'université ont fait de vrais choix budgétaires. Ce sont les licences qui en paient le prix

La ministre Geneviève Fioraso évoque souvent les nécessaires structurations des masters ou les mutualisations à mettre en place dans les universités pour optimiser les moyens. Quelles solutions préconisez-vous ?

Certes, il faut faire un effort pour donner plus de cohérence pédagogique aux masters. Certains proposent dix parcours différents avec moins de cinq étudiants. C'est un surcoût qui n'a pas lieu d'être.

Mais la solution, pour l'Unef, c'est avant tout le fléchage des moyens vers le premier cycle. Les universités ne doivent pas être libres à ce niveau. Il ne s'agit pas de remettre en cause l'autonomie des facs. Il existe un arrêté "licence" qui fixe déjà un certain nombre d'heures minimum dans un cursus, mais il n'est pas toujours respecté.

Il faut aller plus loin. Depuis que les universités sont libres et qu'elles définissent leurs stratégies, les présidents ont fait de vrais choix budgétaires. Ce sont les licences qui en paient le prix. Car si les projets d'"excellence" ou les filières sélectives avec de petits effectifs sont développées et fortement financées, les licences qui accueillent le plus grand nombre d'étudiants voient, elles, leurs moyens diminuer. Les universités peuvent décider de réduire les capacités d'accueil dans certaines grandes licences, tout en conservant leurs filières à petits effectifs.

Nous ne sommes pas d'accord, d'autres choix doivent être faits. La politique de formation et de réussite des étudiants en licence doit être nationale. Le cadrage national des diplômes, instauré par la loi sur l'enseignement supérieur votée à l'été, fait partie des mesures dont nous nous sommes réjouis. La négociation est en cours, à propos des décrets qui vont en découler. Reste à savoir justement s'il sera réellement contraignant, avec les garanties que nous demandons pour un recentrage des moyens sur la licence.

Université Paris 4 Sorbonne - site Clignancourt - sept2013 © E.Vaillant et C.Stromboni

Quel bilan tirez-vous de l'action du gouvernement après cette deuxième rentrée universitaire ?

En regardant ce qui a été fait jusqu'ici, il y a du positif et du moins positif. Les 200 millions d'euros supplémentaires pour les bourses étudiantes, c'est très bien ! Nous nous sommes battus pour ce plan d'action, mais ce n'est qu'une partie du chemin pour la réussite en licence.

Nous allons suivre de près le vote du projet de loi de finances 2014 et les votes des budgets dans les universités. Nous sommes mobilisés dans plusieurs établissements, notamment à Rennes, à Montpellier ou à Paris 1, pour défendre la formation et la parole des étudiants. Nous continuons à porter nos revendications sur le budget des universités et sa répartition. Ce qui reste difficile quand le ministère se défausse sur les présidents, et inversement.

La position de La Fage
Julien Blanchet - syndicat étudiant - La FagePour Julien Blanchet, président de La Fage, les conséquences des difficultés budgétaires des universités sont multiples. "Cela touche beaucoup les politiques transversales, comme l'insertion professionnelle, les langues vivantes et l'accompagnement des étudiants", explique-t-il.

"Ce sont malheureusement très souvent les étudiants de premier cycle qui sont touchés. Ce qui constitue un choix de la part des équipes gouvernantes des universités", déplore-t-il.

Quant aux solutions, le syndicaliste étudiant s'oppose d'abord à toute forme de sélection à l'université, évoquée notamment lors du cri d'alarme de la présidente de Montpellier 3. "D'autant que la sélection existe déjà à l'université, ce qui est très grave. Nous alertons depuis longtemps le ministère sur ce problème. Geneviève Fioraso évalue ce phénomène à un quart des étudiants entrés par des voies sélectives [via les bi-licences, doubles licences] à l'université. Elle ferait bien de s'en saisir, sinon ce sera aux étudiants d'agir, en occupant les facs", estime-t-il.

Camille Stromboni | Publié le

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