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Exclusif. Najat Vallaud-Belkacem : "L'enseignement supérieur sort largement gagnant des annonces du 11 avril"

Étienne Gless
Publié le
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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche // ©  Nicolas Tavernier/REA
La ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche détaille, dans un entretien exclusif à l'Étudiant-EducPros, les mesures de Manuel Valls pour calmer la colère des jeunes contre la loi Travail.

Quelles leçons le gouvernement a-t-il tiré de la mobilisation étudiante et lycéenne ?

Les organisations de jeunesse ont mis le doigt sur une réalité : pour tous les jeunes, quel que soit le diplôme, la recherche d'emploi est un parcours du combattant de plus en plus long. L'accès à l'autonomie est devenu de plus en plus compliqué et nous oblige à repenser nos politiques publiques.

Songez que nous devons créer une caution locative pour les jeunes jusqu'à l'âge de 30 ans ! Il y a quelques années, personne n'aurait imaginé qu'il faudrait attendre cet âge pour y parvenir ! Aujourd'hui, c'est une réalité. On a beaucoup demandé aux jeunes de s'adapter à la flexibilité du monde du travail. C'est au tour de l'État et des partenaires sociaux de s'adapter à leurs contraintes spécifiques.

Depuis plusieurs années, le budget des universités est serré. Comment justifiez-vous devant la communauté universitaire que vous trouvez de l'argent quand les jeunes sont dans la rue mais pas pour les enjeux de formation ?

D'abord, le monde de l'enseignement supérieur sort largement gagnant des annonces du 11 avril. Un plan pluriannuel de cinq ans, avec 2.000 créations de places de BTS par an c'est-à-dire 10.000 places au total, c'est inédit et formidable !
L'intérêt des universités, c'est que les jeunes étudient dans de bonnes conditions, afin de leur donner un maximum de chances de réussite.

Plutôt que d'y orienter des bacheliers professionnels qui vont souvent dans le mur avec un taux de réussite de 3,5%, nous créons des places de BTS pour les faire réussir. L'intérêt des universités, c'est d'avoir des étudiants qui ne soient pas obligés de travailler pour se consacrer pleinement à leurs études, et de leur assurer de bons taux de réussite.

Ces mesures vont coûter entre 450 et 500 millions d'euros. Quel budget cela représentera-t-il pour votre ministère ?

Le ministère financera l'Arpe (Aide à la recherche d'un premier emploi), les augmentations de bourse lycéennes (+ 10%), les créations d'une bourse de 1.000 euros pour 25.000 boursiers issus de la classe moyenne et d'une bourse de 1.000 euros pour les 12.500 décrocheurs âgés de 16 à 18 ans qui reprennent leurs études... Et, bien sûr, les créations de places en BTS.

La garantie locative universelle, qui sera financée pour une grande part par Action logement, se substituera à la fois à la Clé (caution locative étudiante), et à Visale, destinée aux jeunes salariés précaires. Le gouvernement financera l'ensemble de ces mesures pour l'année 2016 par exécution budgétaire. Pour 2017, nous prendrons nos responsabilités et les financerons avec des économies budgétaires faites ailleurs.

L'intérêt des universités, c'est que les jeunes étudient dans de bonnes conditions, afin de leur donner un maximum de chances de réussite.

Vous créez l'Arpe (Aide à la recherche du premier emploi) pour les jeunes diplômés qui entrent dans la vie active. Pouvez-vous nous préciser les modalités de cette nouvelle aide et quand les jeunes pourront-ils en bénéficier ?

S'agissant des jeunes diplômés du supérieur, cette aide prendra la forme de prolongation de leurs bourses étudiantes durant quatre mois. Quatre mois, c'est le temps moyen – d'après les études du Cereq – que met un jeune diplômé pour trouver un emploi. Pour les CAP et les bac pro, qui ne touchaient pas de bourse à proprement parler, nous créons une allocation spécifique de 200 euros pour les quatre mois suivant l'obtention de leur diplôme et le début de leur recherche active d'emploi.

Concrètement, comment les jeunes diplômés pourront-ils profiter de cette nouvelle aide ?

Nous sommes en train d'en finaliser les modalités techniques. Ce n'est pas une aide automatique. Il y aura des critères limitatifs : il faudra la demander, ne plus être en formation et être en recherche active d'emploi. Mais la démarche sera souple et simple. Nous travaillons à la mise en place d'une plateforme numérique afin que les jeunes perçoivent cette aide dès la rentrée, en septembre 2016.

Pensez-vous que cette aide à la recherche d'un premier emploi pourra vraiment améliorer le quotidien des étudiants les plus modestes ?

Oui. Je pense que tous les jeunes diplômés y trouveront leur intérêt. Elle va leur permettre de chercher un emploi dans de bonnes conditions. J'étais moi-même étudiante boursière il n'y a pas si longtemps. Je connais très bien cette période où, juste après avoir obtenu votre diplôme, vous devez rechercher un emploi alors qu'en perdant votre statut étudiant, vous n'avez plus de chambre en cité U, ni d'accès au resto U, plus de mutuelle, ni de bourse...Vous êtes obligé de retourner chez vos parents. Ce ne sont pas des conditions idéales pour chercher sereinement du travail.

Mais cette aide va aussi apporter de la fluidité au marché du travail. Beaucoup de jeunes se retrouvent à devoir trouver un emploi très vite après l'obtention de leur diplôme et finissent par accepter des emplois ne correspondant pas à leur niveau de qualification ou à leurs goûts, ce qui a des effets néfastes. Si un jeune diplômé prend un poste sous-qualifié, il prend la place de quelqu'un de moins qualifié qui aurait pu y prétendre. Avec cette aide, ils auront un peu de temps pour trouver le travail qui leur correspond.

Quand la rémunération des apprentis sera-t-elle revalorisée et à quelle hauteur ?

Aujourd'hui, elle dépend du diplôme préparé, du niveau d'avancement dans le diplôme (première année, seconde année de CAP, par exemple) et de leur âge. Ces trois critères rendent son calcul compliqué : vous pouvez préparer le même niveau de diplôme, mais avoir un taux de rémunération très différent, parce que vous n'avez pas le même âge.

Pour remédier à cette injustice, il faudra une négociation entre partenaires sociaux. Mais sans attendre, l'État a voulu donner un signal : au 1er janvier 2017, nous allons relever les salaires minimaux touchés par les apprentis entre 16 et 20 ans pour qu'ils soient au même niveau de rémunération. Une mesure estimée à 80 millions d'euros.

J'étais moi-même étudiante boursière il n'y a pas si longtemps.

Pourquoi lancez-vous une négociation sur les difficultés d'insertion professionnelle des jeunes entre partenaires sociaux et organisations de jeunesse ?

L'objet de cette négociation est de faire réfléchir les partenaires sociaux (syndicats de salariés et d'employeurs) à la manière de lever les freins que rencontre la jeunesse : mobilité, logement, mutuelle, l'équipement nécessaire pour sa formation... Les branches professionnelles doivent réfléchir davantage à leur rôle sur ces sujets. Elles pourraient, par exemple, participer au financement du permis de conduire quand il est indispensable pour trouver du travail, notamment pour les apprentis.

Comment le gouvernement peut-il mieux écouter la jeunesse ?

Au-delà des 11 mesures jeunesse annoncées le 11 avril, le gouvernement va créer un conseil d'orientation de politiques pour la jeunesse, placé auprès du Premier ministre. Ce sera l'instance où nous rendrons compte de notre action et envisagerons les mesures d'amélioration de notre "Priorité jeunesse".
Enfin la "clause d'impact jeunesse" entrera en vigueur fin avril. Désormais, tout projet de loi ou de décret adopté, qu'il porte sur la famille, la retraite, le travail, devra faire l'objet d'une étude d'impact sur la jeunesse, pour évaluer s'il risque de dégrader la situation des jeunes, et, si oui, comment l'éviter.

L'Unef et les organisations lycéennes réclament à ce jour toujours le retrait de la loi Travail et se disent solidaires des organisations syndicales pour la journée du 28 avril ?

Aucune organisation étudiante ou lycéenne n'a montré d'insatisfaction après les annonces du 11 avril. Nous avons voulu dépasser notre désaccord sur le projet de loi pour avancer dans l'intérêt des jeunes. C'est ce qui m'importe. Quant à la loi Travail, c'est désormais au Parlement que les débats ont lieu.

Najat Vallaud-Belkacem face à Nuit debout
"Les revendications de Nuit debout vont bien au-delà de la contestation de la loi Travail. Ce qui mobilise les participants, c'est une appétence pour d'autres débats et formes de politique et de citoyenneté. Les sujets qu'ils pointent touchent à notre démocratie représentative bien plus qu'au texte de loi. Ce qu'ils nous disent, c'est leur envie faire de la politique autrement. Ce qui peut être très enthousiasmant, d'autant plus qu'il y a visiblement le plaisir à se retrouver ensemble, avec une dimension quasi festive, des prises de paroles régulières, la présence d'intellectuels. Mais la question de son avenir va forcément se poser. Personnellement, je ne crois pas à d'autre issue que politique et démocratique..."

Étienne Gless | Publié le

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