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Les dirigeantes de l'enseignement supérieur se battent pour être plus nombreuses

Cécile Peltier
Publié le
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Brigitte Plateau, administratice générale de Grenoble INP // DR
Brigitte Plateau dirige l'INP Grenoble depuis juin 2012. // ©  Grenoble INP
Majoritaires parmi les étudiants, les femmes sont très rares dans les équipes de direction des établissements. Depuis 2014, l'Association pour les Femmes dirigeantes de l'enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation travaille à leur donner plus de place. Le point avec Brigitte Plateau, administratrice générale de Grenoble INP et présidente de l'association.

Vous avez cofondé, en 2014, l'Afdesri (Association pour les femmes dirigeantes de l'enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation) avec pour objectif de défendre la place des femmes dans l'enseignement supérieur. Deux ans et demi plus tard, où en est-on ?

À l'origine, j'avais été contactée par une association internationale de femmes présidentes d'université et j'avais constaté qu'aucune structure de ce type n'existait en France. Deux ans plus tard, le bilan est très positif : l'association existe, elle a participé à de nombreux événements, et compte autour de 70 adhérents, dont seulement quelques hommes. C'est un point sur lequel nous devons encore progresser.

Par ailleurs, nous avons signé fin 2016 une convention avec le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche qui nous financera. Grâce à cette subvention, nous devrions pouvoir employer une personne à temps partiel, qui sera chargée de mettre en place le site Internet de l'association et d'élaborer des supports de communication adaptés. Ce qui n'était pas le cas aujourd'hui, faute de temps et de moyens.

Quels sont vos combats et de quelle manière les avez-vous portés depuis deux ans ?

Notre mission n'a pas changé : il s'agit de promouvoir le rôle des femmes dans les instances dirigeantes de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à travers des actions de lobbying, de coaching, d'information et d'alerte des médias et de nos ministères de tutelle.

Nous remplissons cette mission d'interpellation, à travers notre séminaire annuel "Va, vis, deviens !", dont la deuxième édition s'est tenue fin janvier 2017. Cette rencontre a été l'occasion de débattre des problématiques d'accession des femmes aux postes à responsabilité avec des intervenants français, mais aussi étrangers.

Pour lever l'autocensure et aider les femmes à prendre des responsabilités, nous préparons, en partenariat avec la Fondation L'Oréal, des ateliers de coaching. Nous réfléchissons également à un programme de mentorat.

Nous travaillons à la création d'un annuaire des femmes ayant démontré leurs qualités et leur appétence en matière de management, qui pourrait servir de vivier à l'administration lors de ses recrutements. 

Ce type d'initiative a déjà montré son efficacité : un bilan récent a montré que beaucoup de femmes répertoriées sur le site Les Expertes avaient été contactées après s'y être inscrites.

En travaillant sur les viviers, nous militons pour que les directions soient plus représentatives de la population d'une organisation.

Il y a deux ans, vous parliez de 30 % de femmes rectrices, 11 % de présidentes d'université et de 7 % de directrices d'écoles d'ingénieurs. Depuis, les choses ont-elles bougé ?

Oui, un petit peu. À ce jour, la moitié des recteurs sont des rectrices. Cette parité est le résultat d'une politique volontariste menée ces derniers mois par le ministère. Du côté des universités, le changement est moins flagrant : les dernières statistiques faisaient état de 18 % de présidentes d'université. Et en ce qui concerne les écoles d'ingénieurs, je n'ai pas de chiffres précis, mais je ne perçois pas de grosse évolution.

En travaillant sur les viviers, nous militons pour que les directions soient plus représentatives de la population d'une organisation. Par exemple, dans un laboratoire qui comprend 30 % de femmes, nous demandons à ce que 30 % des postes d'encadrement soient occupés par des femmes. Or, croyez-moi, aujourd'hui, c'est loin d'être le cas.

La lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle que nous préparons avec d'autres associations de femmes de la fonction publique (Femmes de justice, Femmes de Bercy, Administration moderne...) devrait contenir une proposition sur ce sujet.

Quelles pourraient être les autres préconisations ?

C'est difficile à dire dans la mesure où la lettre n'est pas finalisée, mais j'identifie plusieurs points de vigilance. D'abord, dans les politiques de parité, on a tendance à s'intéresser aux "flux" – c'est-à-dire au nombre de candidates à un poste – et pas assez au "stock", c'est-à-dire au nombre de femmes déjà en fonction. Or, c'est un point qu'il faut surveiller de près.

Les nominations dans la haute fonction publique doivent être plus anticipées. Aujourd'hui, lorsque le ministère recrute un recteur ou une rectrice, l'heureux/se élu(e) doit être prêt à prendre son poste dans la semaine, ce qui peut décourager certaines femmes de candidater.

Enfin, il est important de continuer à combattre les comportements sexistes qui perdurent dans l'enseignement supérieur et la recherche, comme ailleurs. C'est un phénomène compliqué à mesurer : il est parfois difficile de savoir ce qui ressort de la phrase sortie de son contexte ou de vrais propos sexistes, mais c'est une réalité.

De même qu'il semble compliqué de régler ce type de problèmes par une loi, on pourrait cependant créer des labels de mixité, qui seraient délivrés aux établissements qui s'engagent à respecter un certain nombre de critères, comme on le fait aujourd'hui en matière de pollution, par exemple.


Cécile Peltier | Publié le

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