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Jean-Luc Dubois-Randé : "Il faut sortir du tout ECN"

Martin Rhodes
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Jean-Luc Dubois-Randé : "Il faut sortir du tout ECN"
La concertation doit aboutir à une série de propositions, qui devraient réformer en profondeur le deuxième cycle de santé. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Pour réformer le deuxième cycle des études de santé, les ministères de l'Enseignement supérieur et de la Santé ont lancé une concertation, qui doit aboutir à des propositions d'évolution à la fin de l'année. Jean-Luc Dubois-Randé, président de la Conférence des doyens de médecine, est chargé de mener à bien le projet. Il revient sur les enjeux des discussions.

Jean-Luc Dubois-Randé, Président de la Conférence des doyens de médecinePersonnaliser davantage les parcours, réfléchir aux passerelles entrantes et sortantes, valoriser l'initiation à la recherche... Votre lettre de mission dessine plusieurs pistes de réflexions pour cette réforme. Quelles seront vos priorités ?

Pour ma part, j'en vois au moins trois : mettre fin au mal-être des étudiants, revoir l'organisation des ECN (épreuves classantes nationales) et mieux accompagner l'acquisition des compétences cliniques des internes.

Vous évoquez le mal-être des étudiants : pourquoi les études de médecine sont-elles si anxiogènes ?

Le schéma d'études proposé aux étudiants est tout tracé : il commence par un concours très difficile en Paces, pour s'achever, pour ainsi dire, par le couperet des ECN. Entre les deux, les étudiants négligent les stages, trop peu valorisés, au profit des savoirs théoriques évalués par les ECN.

Ce cursus doit donc être diversifié et valorisé, et ce, notamment en favorisant les initiatives, comme l'entrepreneuriat, les doubles parcours et, surtout, la construction d'un projet professionnel susceptible d'évoluer.

De plus, beaucoup d'étudiants se sentent seuls, dans leurs révisions ou face à la souffrance à laquelle ils sont quotidiennement confrontés. Le problème n'est pas nouveau, mais il faudrait pouvoir les accompagner et les écouter, tout en créant des projets universitaires collectifs sur des sujets sensibles, comme les soins palliatifs.

Un rapport conjoint de l'Igas-IGAENR suggérait de faire évoluer le stage de deuxième cycle. Quel est votre point de vue ?

Ce stage est vecteur de frustrations : beaucoup d'étudiants ne se sentent pas pleinement encadrés et intégrés à l'équipe clinique. Les stages à temps plein, instaurés dans certaines facultés, sont un bon début.

Je suis partisan de la mise en place d'un contrôle continu des connaissances, harmonisé à l'échelle nationale.

La session 2017 des ECN a été marquée par des annulations d'épreuves, soulevant un tollé parmi les étudiants. Faut-il revoir le mode d'accès à l'internat ?

Ce qui est sûr, c'est qu'il faut sortir de ce que j'appelle "le tout ECN". Je suis favorable à ce que l'on prenne à la fois en compte le projet professionnel et les initiatives personnelles de chacun. Par initiatives personnelles, j'entends un engagement humanitaire ou une thèse en lien avec la spécialité visée.

Je suis également partisan de la mise en place d'un contrôle continu des connaissances, harmonisé à l'échelle nationale. Il serait même possible de laisser à chaque étudiant le soin de choisir le moment de cette évaluation, le but n'étant bien évidemment pas de le piéger.

D'après vous, l'évaluation des compétences cliniques (examen physique et échange verbal) est-elle satisfaisante ?

À l'heure actuelle, la validation du second cycle comporte d'ores et déjà une partie clinique : le certificat de compétences cliniques [CCC]. Or, cet examen organisé par les facultés se limite hélas bien trop souvent à une simple épreuve écrite. De plus, les examinateurs se montrent généralement très indulgents afin de ne pas empêcher les étudiants d'accéder au troisième cycle.

Je pense donc qu'il faut intégrer un examen clinique final dans les ECN, là aussi avec un référentiel national clair. Mais sur ce point, tout est à écrire.

Êtes-vous favorable à la mise en place d'une note éliminatoire aux ECN ?

Soyons francs, cette mesure concernerait peu les étudiants nationaux, ces derniers obtenant généralement la moyenne aux ECN. Concernant les quelques étudiants étrangers qui ne sont pas au niveau sur le plan clinique et linguistique, je pense qu'un filtre supplémentaire s'impose.

Cela pourrait justement être l'examen clinique final évoqué précédemment. Il serait éliminatoire et en langue française, mais les candidats recalés pourraient le repasser l'année suivante.

Des premières propositions attendues pour la fin d'année
Annoncée avant l'été, la concertation dédiée à la réforme du deuxième cycle de santé débute en cette rentrée. Deux personnalités sont chargées de mener la concertation : Jean-Luc Dubois-Randé, président de la Conférence des doyens de médecine, et Quentin Hennion-Imbault, étudiant en médecine et ancien membre du bureau de l'Anemf (Association nationale des étudiants en médecine de France).

Le duo a quatre mois pour élaborer des propositions.

Martin Rhodes | Publié le

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docteur Buresi medecin des hoptaux retraité.

Ayant passé ma thse en 1958 Je suis de la génération d’internes qui furent conformément au principe qui conduisit Napoléon à creer l’internat les médecins à temps plein de l’époque ,les externes comme les médecins hospitaliers n’exerçant qu'à temps partiel ..Les facultés assurant l'enseignement théorique il y avait donc un clivage entre ceux qui passait l'internat donnant accès au cursus honorum qui ouvrait sur les spécialités et la carrière universitaire ,les autres embrassant une carrière d'omnipraticiens .Ce n'est que dans les années 50 que furent crées les CES de spécialités L’internat ne suffisant pas au recrutement de specialistes c'est dans les années 50 que furent crées les CES de spécialités l’internat ne suffisant pas à leur recrutement bien qu'il existait à coté des concours difficiles de l’externat et de l’internat universitaires internat de hôpitaux périphériques où L'enseignement au lit du malade formait des cliniciens de valeur peuplant les cabinets de ville et de campagne Michel Debré 1er ministre crea suivant le modèle américain le temps plein hospitalier mais conserva les facultés Ces années d’après guerre connurent les progrès considérables de la médecine le clivage s'accentua entre ceux qui passait les concours et ceux qui se bornaient à suivre le cursus traditionnel d'omnipraticiens ou à passer un CES La suite était à revoir des le départ une sélection s'opérait la sécurité sociale confirma en attribuant la lettre C à l'omnipraticien et le C2 aux autres discréditant le choix de la médecine générale il est à noter que l’extensivement clinique gardait toute son importance car en 6e année trois épreuves cliniques orales (médecine ,chirurgie ,obstétrique) clôturaient le cursus On a pour des raisons de surpopulation mis à leur place un examen basé sur les QCM je vois que l'on songe à les rétablir c'est une excellent initiative Détournée de la clinique l' approche du malade devient un exercice identifiant une pathologie débouchant sur une prescription.L'intelligence artificielle progrès indéniable peut aggraver cette distanciation entre souffrant et soignant la médecine perd alors ce caractère humaniste qui fonde les vocations bien cordialement