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Jean-Michel Blanquer : "Nous avons besoin d'une renaissance de la culture générale"

Sylvie Lecherbonnier
Publié le
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Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale
Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale // ©  ESSEC

Contribuer à ce que les étudiants construisent un monde meilleur. Pour Jean-Michel Blanquer, c'est l'ambition que doit se fixer l'enseignement supérieur français. Rédacteur en chef invité d'EducPros, le directeur général de l'Essec commente les articles du mois écoulé.

COP21, Attentats : "Les étudiants font partie de la solution"

"L'université n'est pas dans une position marginale mais centrale face aux questions de société. Face au réchauffement climatique, par exemple, si l'on prend l'actualité de la COP21 que vous avez traitée. Nous sommes devant des sujets par nature très pluridisciplinaires, d'une infinie complexité, qui ne peuvent se résoudre que par de l'expertise et de la recherche.

Il en va de même pour la réponse de l'enseignement supérieur face aux attentats qui ont touché Paris le 13 novembre. Lors de la minute de silence à l'école, j'ai dit aux étudiants : "vous faites tous partie de la solution !" À mes yeux, ce que nous devons faire désormais, c'est contribuer à ce que nos étudiants construisent un monde meilleur. Et ce n'est pas une formule !

Il faut s'interroger sur la manière dont notre système de formation va produire, si je puis dire, des étudiants qui savent non seulement se construire un avenir professionnel et personnel brillant mais aussi avoir le sens des responsabilités."

"Soft skills" : "Nous avons besoin d'une renaissance de la culture générale"

"Nous devons développer les "soft skills", dont vous parlez dans votre article. J'insiste beaucoup sur la question des humanités du 21e siècle pour signifier cela : nous avons besoin d'une renaissance de ce qu'on appelle encore la culture générale, de la manière de l'exprimer, de la vivre, de la traduire dans sa personnalité. La culture générale est un savoir qui se transforme en savoir-être.

Il existe aujourd'hui des savoir-être essentiels : savoir se comporter, se présenter, jouer le jeu d'équipe. Si je n'avais qu'une priorité en la matière, ce serait celle-là : le sens du collectif... Nous avons réformé la première année du programme grande école en ce sens. Nous devons donner à nos étudiants les fondamentaux mais parfois, ces enseignements manquent de sens, notamment quand vous sortez de classe prépa. Désormais, dès que les étudiants arrivent à l'école, ils sont en immersion sur le terrain. Ils reviennent forts de ces expériences, avec un appétit de savoir qui entre en résonance avec ce qu'ils viennent de vivre."

Campus à l'étranger : "être multipolaire permet d'éviter la standardisation"

"Tout le monde parle d'internationalisation et il est normal que chacun le fasse à sa façon. À l'Essec, notre stratégie internationale est multipolaire, tout comme celle des Écoles centrales qui font l'objet d'un de vos articles.

Derrière le mot multipolaire, il y a l'idée d'être à l'échelle du monde et d'exister sur chacun des continents, afin d'éviter la logique de standardisation. Le risque pour une business school de rang mondial serait d'avoir une vision uniforme de l'évolution de l'économie et de la société au 21e siècle.

Créer des campus à l'étranger adaptés à la réalité locale est d'ailleurs l'un des atouts de l'enseignement supérieur français. Nous sommes meilleurs que les Américains dans ce domaine. Le point fort des États-Unis est à trouver du côté du "soft power". Ce sont les deux grands H : Harvard et Hollywood. Pour preuve : le nombre d'étudiants étrangers ne cesse de croître aux États-Unis. Mais la France a des atouts fantastiques en termes d'attractivité. Paris reste la ville la plus attractive du monde d'un point de vue académique, en dépit des difficultés de la vie étudiante."

Si je n'avais qu'une priorité, ce serait le sens du collectif.

Palmarès : "Les écoles de commerce tirent la France vers le haut"

"Les écoles de management font partie des atouts de la France. Dans les classements de compétitivité, deux éléments tirent la France vers le haut : la qualité de ses infrastructures et celle de ses écoles de management.

Comment créer des écosystèmes favorables aux écoles de commerce ? Elles sont aujourd'hui en situation de réinventer leur business model  par le biais d'un éventail de solutions : la formation continue, le fundraising, l'international, le développement des Mooc qui peut commencer à être quelque chose de rentable quand on a un bon modèle, la production d'études de cas...

Tout ceci intervient à un moment où les écoles de commerce vont certainement être amenées à jouer un rôle social plus accentué. À partir du moment où l'on dit que l'enseignement supérieur est au cœur de l'évolution de la société au 21e siècle et qu'au sein de l'enseignement supérieur, les business schools ont un rôle pionnier, il est évident que cela doit être au service de la société dans sa diversité."

Carte blanche - Le défi de l'enseignement supérieur en Afrique

"L'Afrique est une région essentielle pour la stabilité du monde. On en parle souvent comme une nouvelle zone de croissance. Comment accompagne-t-on par le savoir ce nouveau potentiel africain qui commence à s'exprimer ? Développement des infrastructures, de la santé, de l'éducation... Rien n'est gagné en la matière. C'est par l'entrepreneuriat que l'on pourra créer de la richesse et des modes de vie appropriés.

Nous avons besoin de développer un entrepreneuriat africain, comme un entrepreneuriat asiatique ou latino-américain, qui soit en situation pionnière pour respecter les équilibres locaux, environnementaux et sociaux. Et il s'agit là avant tout de défis de formation !"


Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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Dum.

Je doute en effet que ce soient les Écoles de commerce qui tirent la culture générale et plus particulièrement la pensée réflexive qu'elle impose vers le haut. Plusieurs arguments à cela. Tout d'abord l'intérêt assez peu ouvert, novateur, pourquoi pas philanthropique même, de "l'économie" (modèles marchands, modèles d'échanges, modèles de partages) qu'elles proposent et pour lesquels il est nécessaire d'accéder à une spectre assez large, ouvert, souvent désintéressé, de la pensée intellectuelle et donc de la culture générale. Ensuite la "théorie de la reproduction" qu'elles instaurent. Une reproduction de caste mais aussi une reproduction de modèles économiques visiblement en échec. Une reproduction aussi et un renouvellement à nouveau assez peu ... renouvelés ... de ses doctrines au sen où on y retrouve souvent les mêmes "philosophies" de pensées. Enfin, le lobbying qu'elles instaurent et qui devient souvent une une image de marque professionnelle, si ce n'est une profession, n'engageant pas à penser culture, ni générale, ni ouverte, ni réellement sociale et sociétale, mettant la société et l'individu au coeur des problématiques. On attend en effet avec impatience le business model réinventé évoqué. Tout cela manque en effet "de recul". Au delà du syllogisme, j'y vois même une certain nombre de contradictions. Cela dit, la culture générale permet tout autant d'espérer ...

CROS.

Bonjour, et bonjour le maniement du syllogisme, quand les grandes écoles de commerce pour des raisons financières envoient de plus en plus leurs étudiants "sur le terrain" en leur enlevant tout moment de recul sur les savoirs et de penser, et qu'elles créent des bachelors face aux machines à culture générale que sont les prépas. Oui, Monsieur Blanquier a raison de s'inquiéter du niveau d'"honnête homme 21" de ses étudiants.