L. Ploquin : "L’Istec connaissait une sous-dotation structurelle, il fallait lui donner un nouveau souffle"

Agnès Millet
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Le campus Jemmapes de l'Istec, à Paris.
Le campus Jemmapes de l'Istec, à Paris. // ©  ISTEC
L’Istec, qui fête ses 60 ans, s’offre un nouveau modèle économique. Désormais détenue par UI investissement, elle revoit à la hausse ses ambitions de croissance et se constitue en pôle avec l’EEMI, une école des métiers du web. Le nouveau directeur de l’Istec, Laurent Ploquin, fait le point.

Vous êtes le nouveau directeur de l'Istec qui vient également d'être rachetée par UI investissement, quelles sont vos ambitions pour l'école ?

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La direction s’appuie sur un triple profil. Le mien, marqué par une expérience dans la formation professionnelle, à l’Essec ; celui d’Éric Le Deley, nommé directeur académique et doyen de la faculté. Et enfin Pierre Larrat, l’ancien directeur, désormais directeur du développement du nouveau groupe formé par l’Istec et l’École européenne des métiers de l'Internet (EEMI).

Avec cette nouvelle structuration, l’Istec va aussi disposer d’un plan stratégique, alors qu’il n’y avait avant qu’un pilotage au quotidien. Il repose sur trois piliers, incarné par notre comité de direction :

– la formation professionnelle, presque inexistante alors que nous visons 300 et 500 salariés par an. L’autre versant est le renforcement du CFA, central pour notre école qui compte 80% d’alternants ;
– l’offre pédagogique, en lien avec une recherche, qui sera musclée ;
– l'international.

Cela marque un changement de cap, initié par le nouveau propriétaire ?

Comme beaucoup de petites business schools françaises, l’Istec connaissait une sous-dotation financière structurelle. Elle était à peine à l’équilibre. Il fallait lui donner un nouveau souffle pour retenir nos étudiants.

L’association pour le développement de l’enseignement commercial et de la gestion (ADEC), composée d’alumni, était propriétaire de l’école, qu’elle gérait. Elle s’est rapprochée d’UI Investissement, une société spécialisée dans les PME non cotées, qui s’intéressait à l’enseignement.

UI Investissement a racheté l’Istec pour 3,5 millions d'euros et en détient près de 80%

En juin 2021, UI Investissement a racheté l’Istec pour 3,5 millions d'euros et en détient près de 80%. Souhaitant créer un groupe pédagogique, elle a également racheté l’EEMI, fondée en 2011 par Jacques-Antoine Granjon (veepee), Xavier Niel (Iliad) et Marc Simoncini (Meetic).

Quentin a choisi l'Istec Paris pour faire un stage dans le secteur de ses rêves

Quel sera le rôle d’UI Investissement dans la stratégie ?

Quand la finance investit le champ de l’ESR, cela inquiète. Mais l’Adec détient encore 10% du capital. Elle reste dans le conseil d'administration et garde une voix au chapitre. Et il n’est pas prévu de faire entrer d’autres investisseurs.

Quant à UI Investissement, il fournira des ressources et aura le dernier mot sur les choix de développement. Mais il s’appuiera sur le codir, qui a l’expertise métier de l’ESR.

Forte de ces moyens, quels sont les objectifs chiffrés de l’Istec ?

Nous voulons passer de 800 à 1.500 étudiants, dans cinq ans, en développant notre portefeuille de programmes. Un bachelor et un programme grande école (PGE) ne suffisent pas pour avoir une autonomie financière et une situation saine. Nous pouvons ouvrir des mastères spécialisés, des doubles diplômes, développer les MBA… en nous appuyant sur les expertises des deux écoles.

L’idée de poursuivre la croissance externe est acquise, en ciblant une école d’ingénieurs ou de design

Pour plus de complémentarité disciplinaire, l’idée de poursuivre la croissance externe est acquise, en ciblant une école privée, d’ingénieurs ou de design, en France ou à l’international. L’international est une priorité : nous voulons passer de 13% d’étudiants internationaux à 25 ou 30%, notamment en développant les ponts avec notre franchise bruxelloise.

Et quelles sont vos ambitions, côté académique ?

Le grade de master de l’Istec doit être renouvelé en 2023, et nous essayons d’aller au-delà des recommandations de la CEFDG.

Nous voulons enclencher une démarche d’accréditation EPAS, pour la décrocher d’ici trois ans. Le but est de gagner dix places dans les classements d’écoles de commerce (l’Istec est classée 36e sur 37 par l’Étudiant, NDLR).

Le classement 2021 des grandes écoles de commerce

Il faudra investir en ressources humaines…

Oui, pour croître et atteindre la stabilité financière visée par l’actionnaire, il faut recruter pour passer de 20 enseignants-chercheurs à 30 ou 35. De quoi renforcer la recherche, qui nourrit les programmes et fait la valeur d’une école. L’équipe dédiée à l’insertion professionnelle sera également musclée, et s’appuiera sur les convergences possibles entre les forces de l’EEMI et de l’Istec.

Quelles seront les autres convergences avec l’EEMI ? Vont-elles fusionner ?

Non, il n’y aura pas de fusion. Nous restons dans une logique de marque, que nous voulons renforcer en construisant des ponts entre elles, des passerelles de formation pour offrir aux étudiants la possibilité d’avoir une double compétence. Nous pourrons ainsi proposer des majeures en IA, big data à l’Istec, en profitant de l’expertise EEMI. De plus, nous voulons que l’EEMI aille chercher le grade de master. Mais cela prendra plusieurs années.

Nous restons dans une logique de marque, que nous voulons renforcer en construisant des ponts entre les deux écoles

Nous mutualiserons des services : le CFA sera commun à l’Istec et à l’EEMI, qui propose des formations aux métiers du web de bac+3 à bac+5, en initial et alternance… Cela sera facilité par le projet de déménagement de l’Istec. Pour lui permettre de croître, il faut plus de place. Ce nouveau campus pourra héberger des espaces communs aux deux écoles.


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