"On va devoir abaisser le niveau des maths dans le supérieur" (S. Planchenault)

Thibaut Cojean
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"On va devoir abaisser le niveau des maths dans le supérieur" (S. Planchenault)
l’augmentation importante du niveau des maths dans la spécialité du bac général pourrait être préjudiciable aux profils non-scientifiques et aggraver les problèmes de parité et de diversité sociale dans les sciences. // ©  Stephane AUDRAS/REA
Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de maths de l’enseignement public (APMEP), enseigne en lycée et dans le supérieur. Du côté des mathématiques, il considère que la réforme du bac peut être profitable aux élèves scientifiques et à ceux des voies technologiques. Toutefois, l’augmentation importante du niveau des maths dans la spécialité du bac général pourrait être préjudiciable aux profils non-scientifiques et aggraver les problèmes de parité et de diversité sociale dans les sciences.

La réforme du bac fait disparaître les filières et notamment la filière S. Quelle était l'ambition de cette réforme vis-à-vis des mathématiques ?

 // © Thibaut Cojean

A l'origine, le ministère de l'Education nationale est parti du constat que, d'un côté, beaucoup d'élèves décrochent leur bac S sans avoir de résultats satisfaisants en maths. De l'autre côté, le bac ES ne préparait pas suffisamment aux écoles de commerce. D’où la volonté de proposer un programme assez dense pour rehausser le niveau en maths.

Qu’est-ce qui change avec la spécialité maths ?

Le nouveau programme est encyclopédique. Il contient énormément de notions et d’exigence par rapport à la rigueur et à la démonstration. Les élèves n’ont que quatre heures par semaine, le rythme est donc très dense : les enseignants passent rapidement sur les différentes notions, entre lesquelles il y a peu de ponts. Les élèves se retrouvent vite en grande difficulté, d’autant que leurs trois spécialités demandent une exigence et un travail personnel important.

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Le ministère a annoncé réfléchir à un aménagement de cette spécialité. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas cette année ?

On se retrouve avec des profils d’élèves très différents. Certains veulent être scientifiques et sont vraiment intéressés par les maths. Même s’ils peuvent avoir des difficultés, ils s’accrochent et ont vraiment comme projet de faire des études scientifiques.

D’autres sont là par intérêt, dans le cadre de leur poursuite d’études, et pour ne pas se fermer de portes. Ils ne présentent pas le même intérêt pour la discipline, notamment la théorie. Eux cherchent du pratique, des éléments qui vont les faire progresser, gagner en méthodologie et en efficacité. Parmi eux, on retrouve des élèves qu’on pourrait appeler des "anciens ES", qui font face à une difficulté qu’ils ne s’attendaient pas à devoir assumer.

Quelle est la proposition du ministère ?

Il compte établir des groupes de compétences. Face à une exigence ou un élément très précis, ces groupes rassembleraient des élèves qui sont en difficulté, des élèves qui s’en sortent bien et des élèves qui s’en sortent très bien. Or, cela signifie que pour chaque compétence, les groupes devront changer ce qui est complètement impossible vu la structure des établissements, qui ne peuvent déjà plus mettre en place des groupes de compétences en langues.

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Que demande l’APMEP ?

Nous demandons de mettre en place deux spécialités maths ! Attention, nous ne voulons pas retrouver une spécialité S et une spécialité ES, ou une spécialité facile et une spécialité exigeante. L’objectif, c’est de conserver la spécialité qui existe aujourd’hui, tournée vers les sciences, et de proposer une deuxième spécialité de maths ouverte sur l’ensemble des autres disciplines : la littérature, la philosophie, les arts, etc. pour recréer ces ponts qui n’existent plus dans le tronc commun. En enseignement scientifique, les élèves n'ont que 12 heures de mathématiques sur la première et la terminale, c’est comme s’il n’y en avait plus !

Avec la réforme, quel profil auront les lycéens qui font des maths ?

A l’heure actuelle, les élèves de seconde ont des échos d’une spécialité maths difficile. Beaucoup d’entre eux, ceux qui ont un profil non-scientifique, ne la choisiront pas en première. Resteront les élèves qui ont une appétence réelle pour les maths et qui veulent faire des études scientifiques.

Les très bons élèves, ceux qui s'orientent vers des études scientifiques, des prépas scientifiques ou encore des écoles d’ingénieurs, choisiront toujours la spécialité maths. En revanche, les effectifs risquent de baisser parmi les élèves non-scientifiques, ceux qui ont un profil "défavorisé" et les filles [pour cause d'autocensure et de stéréotypes, NDLR]. Les statistiques de cette année le montrent déjà. Je pense que c’est un effet pervers de la réforme qui n’a pas du tout été anticipé par le ministère.

Comment l’enseignement supérieur s’adapte aux programmes de la spécialité maths du lycée général ?

La réforme a pour objectif l'augmentation du niveau et du bagage de nos élèves. Mais les formations, notamment les prépas, se rendent compte qu’il y aura tellement d’élèves qui vont arrêter les mathématiques en terminale qu’elles vont être obligées d’abaisser le niveau des maths dans le supérieur à celui de première.

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Au lieu d’augmenter le niveau des lycéens pour qu’ils suivent dans le supérieur, on va finalement baisser le niveau dans le supérieur, ce qui est dramatique. On n’a pas du tout réussi à obtenir les exigences que l'on souhaitait.

En prépa économique, les formations vont plutôt s’appuyer sur l’option maths complémentaires. Que peut-elle apporter aux élèves ?

Comme c’est une option, il n’y aura pas d’épreuve au bac et les enseignants ne travailleront pas de la même manière. C’est à la fois un avantage puisque les professeurs peuvent être très libres et s’adapter au niveau des élèves, mais c'est aussi un inconvénient car cela va créer de l’hétérogénéité dans le supérieur. D’autre part, dans certains lycées, il n’y aura pas assez de places et il va y avoir une sélection des élèves. Certains qui espèrent faire l’option mais qui ont un niveau trop faible prévoient soit de continuer la spécialité, soit de redoubler leur année de première.

Si bien qu’après la seconde, un élève qui veut faire une école de commerce mais qui est fragile en mathématiques, on lui conseillera de se diriger plutôt vers un bac STMG qu’un bac général. Il continuera ainsi à faire des mathématiques mais avec un accompagnement. Il vaut mieux parfois passer par une autre voie que de se retrouver face à un mur : face à une exigence très grande de la spécialité qui risque de dégoûter des maths.

Qu’en est-il des élèves en maths expertes ?

Il devrait y avoir une classe dans tous les établissements qui correspondra à la spécialité maths du bac S. Ceux-là ne vont pas bouger.


Thibaut Cojean | Publié le - Mis à jour le

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dpn.

Bonjour, je suis une lycéenne de 16 ans. Je fais parti de la première promotion du nouveau bac, et j'ai choisi le spécialité maths. J'ai consulté votre article le 11 mars, aux alentours de 10 heures et j'ai constaté qu'il y avait beaucoup de stéréotypes à l'égard des filles. En effet, Mr Planchenault a fortement incité sur le fait que les maths étaient très compliqués cette année pour "les élèves défavorisés, ceux qui ne sont pas scientifiques, et les filles." C'est le retour des stéréotypes ... Je reviens aujourd'hui consulter à nouveau votre article, et je constate avec joie que vous l'avez modifié afin de modérer les propos de votre invité. J'ai cependant un petit message pour Mr Planchenault : je suis une fille, j'ai un profil littéraire à part les maths, et cela ne m'a pas empêché d'avoir 15 de moyenne au premier trimestre, et donc de dépasser les garçons de ma classe. Tout cela alors que mes deux autres spécialités sont littéraires. Donc, désolée de vous décevoir, mais votre affirmation est fausse, les mathématiques sont abordables pour tous les sexes. Et croyez-moi, il y aura des filles non-scientifiques qui iront très loin en maths dans le supérieur.

Penhoat.

Baissez le niveau en math et en sciences en général est une faute grave qui mériterait de licencier quelques enseignants et pédagogues hasardeux. Nos besoins en maths vont être très importants dans les années à venir. De même supprimer l'électricité au lycée à été une "faute grave" à l'heure où la seule énergie que nous utiliserons dans 15 ans sera l'électricité. Il est grand temps d'affronter tous les types de raisonnement égalitaires et inclusifs qui consistent à diminuer nos exigences en terme d'apprentissage pour permettre au plus grand nombre d'obtenir un diplôme. Notre monde est inégalitaire, l'a toujours été, et nous risquons de décrocher en nivellant par le bas.

jpjohet.

Fin des années 60 il y avait plus de filles en maîtrise de maths que de garçons, elles voulaient passer le CaPES ou l'Agreg pour enseigner. En maîtrise de Physique il y avait une fille pour 100 garçons et en plus, Poupette, c'était son petit surnom, elle a épousé un chimiste!!!! Actuellement le train (l'éducation nationale) de fabrique de crétins est en marche et s'emballe même, donc le pb des maths, de la physique, de toutes les sciences dures n'est pas terminé et cela ne s'arrange pas

Sam.

En gros la spé maths c'est pour l'élite et l'élève moyen qui aime les maths ou celui qui a besoin de temps pour apprendre risque de se casser la figure?

Marie.

Andy, Anne ne fait pas d'un cas particulier une généralité... Anne utilise un contre exemple pour contredire une affirmation qui se voulait justement être une généralité...

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