Philippe Courtier : "Sorbonne Universités fait partie du destin de l'UTC"

Laura Makary
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L'UTC © Eric Nocher
L'UTC souhaite se développer à travers des partenariats, notamment en se rapprochant de Sorbonne Universités en 2018.
Directeur de l'Université de technologie de Compiègne depuis le 1er février 2017, après avoir dirigé les Ponts ParisTech et l'EM Lyon, Philippe Courtier ne voit pas l'avenir de son établissement ailleurs qu'au sein de Sorbonne Université. Une stratégie qui n'est pas antinomique, selon lui, avec d'autres partenariats forts, avec le réseau des UT notamment.

Philippe Courtier

L'UTC s'est lancé dans l'aventure Sorbonne Universités. Êtes-vous toujours prêts à faire partie intégrante de ce futur ensemble ?

Je l'ai dit à mon conseil d'administration : Sorbonne Universités est le destin de l'UTC. L'Idex a déjà permis de créer des choses très intéressantes à l'intérieur de la Comue, notamment en matière de vie étudiante et d'innovations pédagogiques.

La prochaine étape de la construction de la nouvelle structure est la fusion effective de l'université Paris-Sorbonne et de l'UPMC, au 1er janvier 2018, ainsi que l'élection officielle du président de la grande université. Nous travaillerons donc avec sa nouvelle équipe, dès janvier, afin de construire des chemins acceptables par tous. Nous devrions avoir davantage de visibilité sur le projet lors de notre conseil d'administration de mars 2018.

Le projet de rapprochement des UT (universités technologiques), notamment entre Compiègne et Troyes, revient également régulièrement. Où en est-il et comment vous positionnez-vous sur ce sujet ?

Ce n'est pas une priorité à mes yeux. Je privilégie une logique de projets à l'institutionnel. Je ne suis pas opposé intellectuellement à l'idée d'un rapprochement avec l'UTT, mais je me demande toujours : "Où est la création de valeur ?" Surtout avec plus de 2 h 30 de transport entre les deux écoles.

En revanche, nous travaillons ensemble avec les UT, notamment sur Utseus (université de technologie sino-européenne de l'université de Shanghai), que nous cherchons à développer. À terme, notre objectif serait de délivrer des diplômes CTI, comme Centrale Pékin l'expérimente déjà. C'est un sujet aujourd'hui en discussion entre les trois UT, avant de nous tourner vers la CTI. La maquette pédagogique n'est pas un problème, en revanche, la dimension politique et économique du dossier est plus complexe. Nous devons nous assurer de bâtir un projet sans créer de quiproquo entre les différents partenaires, pour nous assurer d'un avenir sur le long terme. Avec les UT, nous souhaitons donc consolider dans un premier temps l'existant.

Vous dirigez l'UTC depuis février 2017. Quels sont les autres projets de votre mandat ?

La principale ligne est l'intensification des relations avec les entreprises, un point sur lequel nous pouvons encore progresser, en utilisant le levier de la formation continue. Elle représente environ 750.000 euros de chiffre d'affaires annuel à l'UTC, et nous ne proposons que quatre mastères spécialisés. Cela ne semble pas assez élevé, malgré la concurrence forte sur ce secteur. Notre objectif est d'atteindre 5 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici à cinq ans. Face à un grand nombre de transitions, il existe un vrai besoin de renouvellement de compétences des cadres. C'est un objectif ambitieux mais réalisable.

Mon ambition est également de créer plusieurs chaires d'ici à la fin de mon mandat. Nous avons déjà signé un partenariat stratégique avec Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, concernant entre autres la création d'une chaire dédiée au vitrage du futur dans les véhicules, qui sera dotée de plus d'un million d'euros sur cinq ans.

Y a-t-il d'autres axes de développement à vos yeux ?

Oui, celui de la formation doctorale. Aujourd'hui, l'UTC rassemble 200 à 300 doctorants inscrits. L'objectif est d'arriver au double. Cela ne sera pas simple, il faudra notamment trouver des fonds publics et intensifier les partenariats avec des entreprises.

Nous souhaitons aussi ancrer l'UTC dans l'enseignement supérieur en Picardie, en développant des collaborations avec d'autres grandes écoles des environs. Je pense par exemple à UniLaSalle, qui se trouve en partie à Beauvais. Il y a beaucoup de choses à faire ensemble en termes de recherche.

Avec Kedge Business School, vous créez une formation commune. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce projet était déjà sur les rails à mon arrivée, il est très intéressant et mêle deux cultures, ce qui est toujours enrichissant pour des étudiants. J'avais déjà monté une formation commune avec HEC lorsque j'étais directeur des Ponts ParisTech, puis avec Centrale Lyon, lors de mon passage à l'EM Lyon. C'est donc une conviction personnelle et un dossier que je suis de très près.

L'idée serait de lancer, dès la rentrée 2019, un Bachelor commun, avec une orientation ingénierie ou commerce, ouvert aux bacheliers S, ES et aux L spécialité mathématiques. C'est la motivation du candidat qui primera lors du recrutement. Dans un premier temps, la formation rassemblera 24 élèves et se tiendra dans les locaux des deux écoles, puis l'étudiant choisira en dernière année sa spécialisation, avec la possibilité de poursuivre ses études ou de commencer à travailler. Ils pourront, s'ils le souhaitent, postuler ensuite à l'UTC, en admissions parallèles. Une version préliminaire du projet a été validée lors du conseil d'administration de juin. Quelques points restent encore à préciser, notamment le modèle économique et certains détails juridiques.

Dans ce cadre local, que pensez-vous du projet de l'Insa Hauts-de-France, qui doit réunir l'Esiee Amiens et l'Ensiame ?

Notre priorité est de travailler avec notre réseau, le groupe des UT. Historiquement, le réseau des UT a peu de relations avec celui des Insa. Mais j'en ai discuté avec le président de l'université, c'est un beau projet. Si des collaborations possibles apparaissent, pourquoi pas ? Nous travaillons déjà avec l'Ensiame, qui fait partie du rapprochement, nous continuerons donc à chercher des complémentarités.


Laura Makary | Publié le