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Afrique : seize ans après, l'Icam pérennise son implantation en République du Congo

Laura Makary
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Afrique : seize ans après, l'Icam pérennise son implantation en République du Congo
Les 1.000 m2 du campus congolais de l'Icam, à Pointe-Noire, accueillent actuellement 220 étudiants africains. // ©  Laura Makary
Installée en République du Congo depuis seize ans dans des locaux prêtés par le groupe pétrolier Total, l'Icam a inauguré début février son propre campus à Pointe-Noire. Une manière, pour l'école d'ingénieurs française, d'inscrire dans la durée sa présence sur le continent. Reportage, en amont de la conférence EducPros du 16 février 2018.

Pointe-Noire, République du Congo. Au bord de l’océan Atlantique, cette ville portuaire, à l’image du pays, vit en grande partie de l’industrie pétrolière. Les grandes compagnies du secteur, Total en tête, y ont investi massivement. Grâce à ces activités, la ville est désormais la capitale économique du pays, avec plus d’un million d’habitants. C’est ici, à plus de 6.000 kilomètres de sa maison mère lilloise, que l'Icam a décidé d’installer sa première extension à l’étranger, en 2002. Les cours dispensées par l'école d'ingénieurs privée se déroulent alors dans des locaux prêtés par le groupe pétrolier et gazier français, Total. L'objectif ? Recruter des jeunes locaux, afin de les former aux besoins industriels de leur pays.

Seize ans plus tard, l’établissement possède enfin ses propres bâtiments, ses laboratoires, ses salles de classe, ainsi que ses résidences étudiantes. Un nouveau campus inauguré en grande pompe le 1er février 2018 par la direction du groupe Icam, venue pour l'occasion accompagnée de délégations française et camerounaise, ainsi que du ministre de l’Enseignement supérieur congolais, Bruno Jean Richard Itoua.

À terme, les lieux pourront rassembler jusqu’à 400 étudiants africains, contre 220 aujourd’hui. Pour financer l'opération, qui se chiffre à plus de 4 millions d’euros, l'école française a contracté un emprunt à l’AFD (Agence française de développement), qui sera remboursé progressivement. Elle a également obtenu l'aide aide de partenaires, parmi lesquels Total. Cette initiative permet aux étudiants de disposer d’un campus de 1.000 m² dédiés à la pédagogie, au centre de Pointe-Noire.

Lire aussi. Pierre Tapie : "Les grandes écoles et universités françaises ont un coup à jouer en Afrique et en Asie"

Insérer les jeunes dans leur pays

L’origine de ce déploiement de l'Icam au Congo remonte à la fin des années 1990. L’Ucac (université catholique d’Afrique centrale), sollicite sa consœur française pour l'aider à développer une formation à l'ingénierie dans la région. Le pays, sorti récemment de la guerre civile (1993–1999), est alors en pleine reconstruction. Les deux partenaires se montrent rapidement intéressés, en particulier la ville de Pointe-Noire, riche de son tissu industriel. "Dans cette région de l'Afrique, la place accordée aux sciences humaines a toujours été importante. En revanche, au Congo comme dans les autres pays francophones de la région, il existe peu de formations qualifiantes et techniques. Il y a donc un vrai besoin", souligne Bruno Jean Richard Itoua, ministre de l'Enseignement supérieur congolais. C’est donc dans ce contexte que l'Institut Ucac-Icam voit le jour, en 2002. Deux ans après, le campus de Douala, au Cameroun, est inauguré en 2004.

Au Congo, il existe peu de formations qualifiantes et techniques. Il y a donc un vrai besoin".
(B. J. R. Itoua)

Entre ces deux campus, distants d’environ 1.000 kilomètres, pas de concurrence, mais une vraie complémentarité. Le cursus d'ingénieur se déroule entre les deux pays, les deux premières années postbac à Pointe-Noire, les trois suivantes à Douala, dont deux en alternance. À l'issue des deux premières années, les élèves peuvent devenir techniciens. Ou poursuivre jusqu'à bac + 5. Depuis la création de l'Ucac-Icam, qui regroupe ces deux campus, environ 600 nouveaux ingénieurs africains ont été diplômés. "L’objectif est de les insérer ces jeunes leur pays. Jusqu’à présent, ils ont tous trouvé un travail assez rapidement en Afrique centrale", rappelle Jean-Michel Viot, directeur général de l'Icam. Le secteur pétrolier est l'un des principaux débouchés, mais pas seulement. Le BTP, l'agroalimentaire, la logistique, l'énergie et les télécommunications recherchent également des profils de techniciens et d'ingénieurs.

Dans un premier temps, l'Icam a choisi de ne pas demander d'habilitation du cursus à la CTI (Commission des titres d’ingénieurs). "Au départ, nous ne le souhaitions pas : le but de ces formations n’était pas que nos étudiants viennent travailler en France, mais qu'ils contribuent au développement de leur pays. Aujourd’hui, nous avons fait nos preuves, nos diplômés ont de bonnes situations professionnelles, nos étudiants et les candidats peuvent facilement se projeter. Nous visons donc l’habilitation en 2019", déclare Jean-Michel Viot. Le dossier a été déposé auprès de la commission fin 2017.

Lire aussi. Écoles d'ingénieurs : la CTI accrédite pour la première fois un campus à l'étranger

Un concours simultané dans cinq pays

Outre les débouchés, les frais d’inscription sont également un sujet important. Ils s'élèvent à 2 millions de francs CFA l’année, soit environ 3.000 euros annuels, contre 6.800 euros pour le cycle ingénieur sur un campus français de l'Icam. Cela demeure une somme importante dans ce pays en développement où la pauvreté reste forte, mais nécessaire pour l'équilibre d'un établissement privé, argumente l'Icam. "Nos diplômés démarrent leurs carrières avec un salaire d’environ 5 millions de francs CFA par an [soit 7.600 euros], c’est un paramètre important pour fixer nos frais d’inscription. Les élèves peuvent aussi contracter des prêts à des taux très réduits en Afrique, d'environ 4 %, grâce à notre partenariat avec la banque française Société générale", détaille Yolande Moumpala, directrice adjointe de l'Ucac-Icam, à la tête du campus de Pointe-Noire.

L’établissement aux deux sites semble avoir trouvé sa vitesse de croisière, et vise désormais un millier d’étudiants, deux fois plus qu’aujourd’hui. Cependant, s’installer en Afrique n’a pas été toujours simple pour l'Icam.

Première difficulté : le recrutement. Un point central et complexe. "En France, nous recrutons nos étudiants sur dossier et entretien, dans un environnement stable et connu. Ici, il est compliqué de vérifier la qualité d’un dossier. D’où le choix d’un concours, se tenant conjointement au Congo, au Tchad, en Centrafrique, au Gabon et au Cameroun. À notre arrivée, il n’y avait qu’un vol par semaine entre le Congo et le Cameroun, son organisation a été très compliquée", se souvient Jean-Michel Viot. Aujourd’hui, celui-ci se tient simultanément dans 23 centres d'examen. 400 jeunes bacheliers, issus des cinq pays, tentent leur chance chaque année pour 60 places.

Faire connaître le modèle de l'alternance en Afrique

Deuxième difficulté : imposer le modèle de l’alternance, inconnu en Afrique. "Il a fallu l'expliquer aux entreprises locales, en insistant sur la différence avec un stage, qu’il faut un tuteur, des missions calibrées selon la formation du jeune, préciser que l’entreprise s'acquitte de la scolarité en plus du salaire mensuel. Cela n’a pas été simple. D’autant qu’il n’existe ici aucune disposition fiscale incitative pour les sociétés qui font le choix de l’alternance, contrairement à la France", analyse Jean-Michel Viot. Dans un premier temps, les multinationales, notamment francophones, plus familières de ce système, ont grandement aidé l’institut fraîchement installé à Pointe-Noire.

L’objectif est d’insérer ces jeunes dans leur pays. Jusqu’à présent, ils ont tous trouvé un travail assez rapidement en Afrique centrale.
(J.-M. Viot)

Autre point délicat, mais, in fine, source de richesse : l’interculturalité voulue au sein des campus. Une même promotion réunit cinq nationalités, avec des étudiants qui quittent souvent leurs parents pour la première fois. "Au départ, on observe des difficultés d’intégration, ce qui est normal, les cultures sont différentes. Il y a quelques préjugés, mais tous apprennent vite à se connaître. Nous avons instauré un système de parrainage avec les étudiants de la promotion du dessus, obligatoirement en internationalité. En quelques semaines, un vrai mélange s'opère, un brassage de cultures", se réjouit Yolande Moumpala.

Dernier défi, de taille : la connexion Internet. Malgré ses démarches, la direction de l'Icam peine à obtenir un débit suffisant sur le campus de Pointe-Noire, contrairement à celui de Douala. C'est l'une des raisons qui a poussé l’établissement à installer le cycle ingénieur au Cameroun plutôt qu’au Congo.

L'Icam, bientôt en Amérique du Sud ?

Pour l'heure dédiés aux étudiants africains de l'Ucac-Icam, les campus de l'Icam pourraient très bientôt accueillir nouveaux profils, français cette fois. L'école d'ingénieurs travaille en effet à la création d’un nouveau cursus dans l’Hexagone, un "cycle ouvert", recrutant des bacheliers S, ainsi que ES et L. La formation, dévoilée par EducPros en juin 2017, se déroulerait en six ans, avec une année obligatoirement passée sur un campus étranger de l’école, en Afrique centrale ou en Inde, pays d'Asie où l'établissement est également implanté depuis 2010. "Le projet a été validé par notre conseil d'administration le 28 octobre 2017. Le cursus devrait être lancé à la rentrée 2018, sous réserve de l’acceptation de la CTI, bien entendu", précise Jean-Michel Viot. Cette dernière se prononcera en juin.

Après l’Afrique et l’Inde, l’Icam réfléchit à une implantation brésilienne, selon les mêmes modalités. En pleine étude de faisabilité, l’établissement attend ses conclusions pour cet automne. Le campus de Pointe-Noire essaimera-t-il à l’autre bout de l'Atlantique ? Ce sera au conseil d'administration de décembre 2018 de trancher.

Conférence EducPros, vendredi 16 février 2018

Sciences, technologies, agriculture, santé… Selon la Banque mondiale, la plupart des pays africains sont aujourd'hui confrontés à une pénurie de ressources humaines dans de nombreux secteurs. Pour répondre à ces besoins, quels sont les défis que doit relever l'enseignement supérieur africain, à l’horizon des cinquante prochaines années ? Comment faire face à l’explosion démographique étudiante à venir ? Quelle place peut occuper l’enseignement supérieur français dans cette dynamique ?

Le 16 février prochain, EducPros vous propose un temps d'analyse et de débats sur les enjeux et perspectives africaines pour l’enseignement supérieur et la recherche français : de nombreux experts et établissements partageront leur expérience, ainsi que leurs solutions pour participer au développement de ce continent dont les besoins en formation sont immenses.

Informations et inscriptions


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Aboubacar Sylla.

Bonjour je suis content d'etre en contact avec ces genres de formation que j'ai tant recherché malgré ma pauvreté.

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