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Les universités à la recherche de l'équilibre budgétaire

Morgane Taquet  |  Publié le , mis à jour le

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Vue aérienne du Campus Est - Grenoble université de l'innovation
Grenoble-Alpes fait partie des universités venant de voter un plan de retour à l'équilibre.

Hausse des effectifs et des charges, déficits qui courent depuis plusieurs années, GVT peu ou pas compensé... Les plans de retour à l'équilibre se multiplient dans les universités. A Orléans, le président de l'université veut même porter plainte contre X et vise ainsi son prédécesseur.

L'heure est à la diète dans les universités. Alors que les conseils d'administration se prononcent actuellement sur des budgets rectificatifs, des plans de retour à l'équilibre sont examinés dans plusieurs établissements. Les mêmes raisons reviennent : la hausse des effectifs étudiants (32.000 étudiants supplémentaires à la rentrée 2016), mais aussi la question toujours prégnante, depuis l'autonomie des universités, en 2007, du GVT [Glissement vieillesse technicité, soit la hausse mécanique de la masse salariale des universités, en raison de la progression des salaires des fonctionnaires avec la pyramide des âges].

Après les difficultés de l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin), à la rentrée 2016, l'université Toulouse 3 a dégainé un plan d'économies de 16 millions d'euros et, depuis, les cas se multiplient sur tout le territoire.

À GRENOBLE-Alpes, PRÈS DE 100 POSTES gelés D'ICI à 2020

Dernier exemple en date à l'université Grenoble-Alpes, établissement issu de la fusion des trois universités grenobloises début 2016. Le 14 avril 2017, un plan de retour à l'équilibre a été approuvé par le conseil d'administration à 20 voix pour, 11 contre, 5 abstentions et "ne prend pas par au vote". En cause : "des contraintes budgétaires fortes liées principalement à une évolution défavorable de la pyramide des âges (GVT non compensé) et un accroissement conjoncturel de ses charges de patrimoine", indique l'UGA.

En parallèle, les dotations d'État annuelles n'évoluent pas dans les mêmes proportions et les ressources propres ne permettent pas de couvrir le déficit généré." Résultat : "un déficit prévisionnel à fin 2020 de l'ordre de 13 millions d'euros si aucune mesure d'économie n'est mise en œuvre".

"Globalement, pour la masse salariale et le fonctionnement, les grandes cibles d'économies votées en cumulé représentent 4,2 millions d'euros en 2018, 8,6 millions d'euros en 2019, pour arriver à 13,3 millions d'euros en 2020", détaille Lise Dumasy, présidente de l'UGA. Le budget de l'université est aujourd'hui d'environ 450 millions d'euros en tout.

En termes de postes, "en coût moyen, nous avons estimé à un gel de 43 postes de personnels BIATSS [Bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniciens de service et de santé] et de 51 enseignants-chercheurs d'ici à 2020", date de la fin de mandature de l'équipe actuelle, rapporte la présidente. Mais, insiste-t-elle, "ces calculs ne sont pas du tout figés, puisqu'il s'agit de coût moyen, les discussions avec les entités et le comité technique doivent encore avoir lieu. Il est donc impossible d'en évaluer les répercussions dans la prochaine campagne de recrutement." Pour le moment, aucune aide ministérielle supplémentaire n'est prévue dans le cadre de ce plan.

Les grandes cibles d'économies votées en cumulé représentent 4,2 millions d'euros en 2018, 8,6 millions d'euros en 2019, pour arriver à 13,3 millions d'euros en 2020.
(L. Dumasy)

À ORLÉANS, une RÉDUCTION DES HEURES COMPLÉMENTAIRES...

Depuis plusieurs mois, l'université d'Orléans fait face à des difficultés financières, après un fonctionnement déficitaire, pointé notamment par l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche). Le 7 avril, le conseil d'administration a voté contre un plan d'économies 2017-2021 par 19 voix contre et 11 pour. Dans un courrier adressé début avril au président de l'université Ary Bruand, la rectrice Katia Béguin commente les actions de court et moyen termes prévues par le plan devant permettre "à l'université de sortir de sa zone de danger" et émet un avis favorable sur ce plan.

Pourtant, selon Maxime Lagrange, élu Snesup, "au conseil d'administration, l'opposition est large, la Région a voté contre, tout comme des membres de l'équipe présidentielle. Et pour cause, ce n'est pas un plan de retour à l'équilibre, mais un plan d'austérité".

... et une plainte contre X ?

D'ici 2021, le plan prévoit 41 gels de postes d'enseignants-chercheurs, d'enseignants du second degré et de personnels BIATSS, auxquels s'ajoutent 16 postes déjà gelés en 2016, et une réduction de 30.000 heures complémentaires. "Quelle est la ligne politique de ce plan? À terme, fermera-t-on certaines formations, certaines antennes ?" s'interroge l'élu.

L'université veut par ailleurs déposer une plainte contre X, qui vise la gestion de l'ancien président Youssoufi Touré, affirme France Bleu Orléans. Cette décision aurait été votée à l'unanimité par le conseil d'administration,vendredi 5 mai 2017. "C’est sur la base du non-respect du code des marchés publics que devrait s’établir cette plainte."

À LIMOGES, l'enveloppe de l'offre de formation diminuée

À Limoges aussi, l'université cherche à retrouver un équilibre budgétaire. L'établissement accusait en effet un déficit d'1,4 million d'euros en 2016, après avoir déjà affiché 412.000 euros en moins en 2015, selon le Populaire du Centre. Le 17 février 2017, le conseil d'administration a entériné, à 19 voix pour, 3 voix contre et 11 abstentions, le gel de 43 postes en 2017 et une réduction de 17 % de l'enveloppe de l'offre de formation.

L'Unef estime que "c'est la qualité des conditions d'études que la direction de l'université a décidé de rogner pour tenter le retour à l'équilibre". Des mesures qui impliquent "la suppression d'heures de TD ou la multiplication des mutualisations de cours et de la visioconférence", rapporte l'Unef dans un communiqué.

Une multiplication des cas critiques qui fait dire à Gilles Roussel, président de la CPU (Conférence des présidents d'université) : "Avec 361.000 étudiants supplémentaires d'ici à 2025, il faudra bien que l'État mette de l'argent sur la table. Si le futur président de la République ne prend pas rapidement conscience de la gravité de la situation, ça risque de craquer très vite." Et de demander une augmentation du budget de l'enseignement supérieur et de la recherche d'un milliard d'euros par an.

Morgane Taquet  |  Publié le , mis à jour le

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